Rien ne compte plus que les promesses que nous nous étions faites durant l'enfance. On aimerait se dérober? Le pire de tout serait de ne rien dire. Aucun secret ne résiste au coeur de la forêt. L'heure est venue de se souvenir, de revenir, de devenir.
Dans le prologue du livre, fin décembre, un soir, un homme solitaire s'apprête à se remémorer un vendredi de Pentecôte, sept mois plus tôt.
Ce jour-là il éprouve le besoin de retourner dans la forêt de [son] père.
Parce que, explique-t-il, dès que j'entre dans une forêt, tout s'arrange. Cette explication est partielle. Elle ne sera complète qu'à la fin du récit.
En attendant, le lecteur apprend que le narrateur part ce jour-là de chez lui en emportant un sac à dos et qu'il gare sa voiture loin de la forêt.
Le mouvement était la raison de vivre du narrateur, qui avait l'intime conviction que le voyage rendait libre. Ce jour-là il favorise ses souvenirs:
Nous croyons sélectionner nos souvenirs, alors que ce sont eux qui s'imposent à nous, qui resurgissent là où ne ne les attendons pas.
Ainsi se rappelle-t-il, sans chronologie, les moments passés dans cette plaine légèrement vallonnée alternant champs et forêts, mais également:
- La cabane dans les arbres de son enfance.
- La naissance de sa fille.
- La rencontre à Berlin d'une serveuse espagnole.
- L'université de Kyoto, où il était boursier pendant un an.
- La place du marché à Aix-la-Chapelle.
- Les falaises de Brighton.
- Les rives du Neckar, à Heidelberg.
- Le Glen Canyon en Arizona.
- Les berges de Pescara dans les Abruzzes.
Etc.
Chemin faisant, tout en cherchant celui qui le mènera à la forêt de son père, le narrateur ne peut s'empêcher de réfléchir à l'humaine condition:
Une bonne partie de nos vies est un récit, une fiction, un mensonge qu'il nous semble doux de remâcher comme un chewing-gum.
[...]
Qu'est-ce que la beauté? Le dernier rempart contre l'horreur? Sa manifestation est la lueur des cabossés de la vie, des passagers de la nuit, c'est-à-dire de chacun d'entre nous, un jour ou l'autre.
Pourquoi a-t-il éprouvé le besoin de Revenir en forêt? Le lecteur se souvient alors de la première phrase de ce récit: Maintenant, tout est terminé.
Le narrateur la répète en fin de récit en l'explicitant. Quand, finalement, il atteint le but de sa quête, il sait qu'il peut repartir de là, sans s'en éloigner:
Ici, je peux reprendre espoir, envisager l'avenir, raccommoder le texte de mon existence, retisser le fil des choses.
Francis Richard
Revenir en forêt, Édouard Choffat, 116 pages, Éditions de l'Aire