— J’ai mis le temps mais j’ai compris le sens de cette sourdine des fonds sonores de caboche lorsque je m’ensauvage: je suis l’homme des allers simples.Meaux H: 12.00 Je suis au parvis de la cathédrale, un troquet, une mousse bien tirée on annonce de la canicule je me pose pour grignoter un truc après tout ce n’est pas d’hier que j’ai cessé de faire contenir un max d’espace dans un minimum de temps et 50 bornes entreront dans une unité de temps inconnue quand il sera bien temps de rentrer à ParisLa semaine passée j’avais eu des mots avec Meaux. Parti de Paris à l’heure de l’apéro je n’avais franchi que la moitié de la distance et subi la pluie le lendemain. Cette fois j’ai mis le cap sur la gare de l’Est et le biclou dans le RER.Le chemin de halage le long du canal de l’Ourq est assez ombragé, pas de revêtement lisse ou très peu ça gratte pas mal dans les poignets et résonnent dans les épaules mais le plaisir est dans le paysage de Seine & Marne. En revanche pour la machine à souvenirs c’est l’épreuve du disque dur saturé. Je pense à ma fillote et à mon fils sur un Bordeaux/Lacanau/Bordeaux à vélo avec un groupe de copains au temps de l’insouciance. On en a chié tout ce que l’on peut morfler sur une selle de vélo. Ensuite, avec un autre groupe nous l’avons refait à roller cette fois. D’autres amis, d’autres parcours, d’autres efforts, d’autres genre de souffrances. “Que sont mes amis devenus, que j’avais de si prés tenus et tant aimé, ils ont été trop clairsemés, je crois le vent les a ôtés, l’amour est morte… ce sont amis que vent emporte…*“ Je sais que dans le groupe la plupart ont été mordu par la vie et ont morflé bien plus que sur une selle de vélo. Certains sont déjà morts socialement ou “pour de vrai“, maladies, divorces, faillites et autres vacheries. Les miens n’ont pas été épargné mais sont à l’abri désormais. Voilà où je voulais aboutir: sans solidité émotionnelle il ne faut pas trop s’aventurer au delà du premier cercle. Je ne suis pas assez costaud pour avoir des amis. Je suis un roquet qui mord la main tendue. “ ll y aura toujours des moments dans notre vie où ceux que nous aimons, amis, enfants, parents, amants, n'auront plus envie ou besoin de nous serrer contre eux - Au propre, au sale et au figuré.La gêne, la peur, la rancune, la fatigue ou la peur des effusions prendront le dessus parce que l'équation interne se sera modifiée, nous n'en saurons pas plus.Sur nos épaules et dans nos neurones ce “plus jamais“ pèsera un âne mort. Et nous ruminerons à l'infini ce dépit mêlé d'incertitude, nous estimant possiblement coupables de cette absence de présence.J'avais une amie, une amie de toujours qui a choisi un jour de ne plus répondre au téléphone ni à quoi que ce soit émanant de moi. Ce fut une blessure absolue. Pendant les mois qui suivirent cette constatation, la douleur se glissait dans tous mes recoins, surgissant sans prévenir dans n'importe quelle situation. Une obsession un mur. Un deuil avant l'heure.Pourtant, à coup de secondes, le temps, balayeur infatigable, a joué les nettoyeurs, on peut lui faire confiance pour ça.On apprend de tout, surtout du malheur. Si ceux que je veux encore aimer n'en veulent plus, qu'ils aillent se faire "cuire un œuf ou deux. Anne C."De cette expérience moi aussi je pratique le ghosting comme Mr Jourdain usait de prose sans le savoir. A quoi bon batailler quand une décision est prise? Je prête à l’alter la force d’évacuer et l'intelligence de comprendre. Le “je suis venu te dire que je m’en vais“ ça ne marche pas! Cela ressemble à une tentative de négo pitoyable. On ne ne négocie pas avec l’irréconciliable, sans doute par lâcheté, histoire d’éviter les portes qui claquent ou les assiettes qui volent. L’autre soir un hurluberlu a tenté une accroche avec des compliments bien lubrifiés. J’ai écouté patiemment couler ce miel dans les oreilles de ma vanité puis j’ai décliné son invitation à se rencontrer. Un appel WhatsApp d’un “ami“ selon la terminologie FB qui s’est cru autorisé à franchir la frontière de l’intime par le “J’aime beaucoup ce que vous faites“. J’ai décroché à force d’insistance, j’ai écouté poliment et j’ai bloqué l’individu détaché de l’intérêt pour ses traumas infantiles mal résolus dont on constate la résurgence chez les vieux de mon âge. Au delà de Villeparisis et à partir d’Aulnay-sous-bois, ça s’urbanise. La fatigue mentale alourdit les douleurs physiques bien que le bitume soit mieux carrossable. A Pantin j’ai mis pieds à terre à cause, ou grâce, au “km de la danse“ une fête de la musique locale avant l’heure avec podiums et DJ, terrasses privées sur des péniches et groupes d’amis étirés sur une borne. De Pantin jusqu’à La Villette impossible d’approcher une buvette pour boire un coup sans une demie-heure d’attente. À Magenta j’ai opté pour la rue La Fayette où j’ai pris sur les endosses en toute inconscience les souvenirs d’enfance d’une amie qui a quitté Paris — il ne peut y avoir pire déchirure que le déracinement —. Épuisement mystique, j’ai pris ma part de douleur sur des souvenirs qui ne m’appartenaient pas. A l’angle de la rue le Pelletier j’ai pris un double café, un grand verre d’eau et la vérité frontale lancée avec la brutalité d’un TGV. Je venais de comprendre la puissance du subliminal sur l’oubli. “l’amie de toujours qui a choisi un jour de ne plus répondre au téléphone ni à quoi que ce soit émanant de moi“ me hantait.Ce n’est pas Paris qui change c’est nous qui ne changeons pas. Même si un gouffre béant s’est ouvert soudain dans ma poitrine je sais que je dois m’écarter du vide. Est-elle vive et en bonne santé dans l’ici ou l’ailleurs? Je suis un fantôme qui n’a aucun droit sur le présent et nulle préemption sur les survivantes désignées. Je suis reparti à pieds oubliant que j’étais à vélo, la serveuse m’avisa que j’oubliais un truc, je me suis remis en selle au propre, au sale et au figuré. De la symbolique des odonymes, avenue de l’Opéra, j’ai enquillé vers le Louvre plutôt que La Concorde et j’ai traversé la Seine sur le pont du Carrousel. “Il suffit de passer le pont“ et c’est aussitôt le détachement! Ou l’arrachement, l’autotomie, l’impression de s’amputer du plus précieux du soi, la mémoire et l’acquit. Rive gauche je me suis senti chez moi à des années lumièresdes années sombresJe crois que l’empathie est une variante extrême de l’ego, on se sent concerné par la peine, réelle ou fantasmée, de ceux que l’on aime et de celles que l’on a aimé. Plus que jamais je ne prends que des allers simples. J’ignore si et quand je reviendrai* Pauvre Rutebeuf
— J’ai mis le temps mais j’ai compris le sens de cette sourdine des fonds sonores de caboche lorsque je m’ensauvage: je suis l’homme des allers simples.Meaux H: 12.00 Je suis au parvis de la cathédrale, un troquet, une mousse bien tirée on annonce de la canicule je me pose pour grignoter un truc après tout ce n’est pas d’hier que j’ai cessé de faire contenir un max d’espace dans un minimum de temps et 50 bornes entreront dans une unité de temps inconnue quand il sera bien temps de rentrer à ParisLa semaine passée j’avais eu des mots avec Meaux. Parti de Paris à l’heure de l’apéro je n’avais franchi que la moitié de la distance et subi la pluie le lendemain. Cette fois j’ai mis le cap sur la gare de l’Est et le biclou dans le RER.Le chemin de halage le long du canal de l’Ourq est assez ombragé, pas de revêtement lisse ou très peu ça gratte pas mal dans les poignets et résonnent dans les épaules mais le plaisir est dans le paysage de Seine & Marne. En revanche pour la machine à souvenirs c’est l’épreuve du disque dur saturé. Je pense à ma fillote et à mon fils sur un Bordeaux/Lacanau/Bordeaux à vélo avec un groupe de copains au temps de l’insouciance. On en a chié tout ce que l’on peut morfler sur une selle de vélo. Ensuite, avec un autre groupe nous l’avons refait à roller cette fois. D’autres amis, d’autres parcours, d’autres efforts, d’autres genre de souffrances. “Que sont mes amis devenus, que j’avais de si prés tenus et tant aimé, ils ont été trop clairsemés, je crois le vent les a ôtés, l’amour est morte… ce sont amis que vent emporte…*“ Je sais que dans le groupe la plupart ont été mordu par la vie et ont morflé bien plus que sur une selle de vélo. Certains sont déjà morts socialement ou “pour de vrai“, maladies, divorces, faillites et autres vacheries. Les miens n’ont pas été épargné mais sont à l’abri désormais. Voilà où je voulais aboutir: sans solidité émotionnelle il ne faut pas trop s’aventurer au delà du premier cercle. Je ne suis pas assez costaud pour avoir des amis. Je suis un roquet qui mord la main tendue. “ ll y aura toujours des moments dans notre vie où ceux que nous aimons, amis, enfants, parents, amants, n'auront plus envie ou besoin de nous serrer contre eux - Au propre, au sale et au figuré.La gêne, la peur, la rancune, la fatigue ou la peur des effusions prendront le dessus parce que l'équation interne se sera modifiée, nous n'en saurons pas plus.Sur nos épaules et dans nos neurones ce “plus jamais“ pèsera un âne mort. Et nous ruminerons à l'infini ce dépit mêlé d'incertitude, nous estimant possiblement coupables de cette absence de présence.J'avais une amie, une amie de toujours qui a choisi un jour de ne plus répondre au téléphone ni à quoi que ce soit émanant de moi. Ce fut une blessure absolue. Pendant les mois qui suivirent cette constatation, la douleur se glissait dans tous mes recoins, surgissant sans prévenir dans n'importe quelle situation. Une obsession un mur. Un deuil avant l'heure.Pourtant, à coup de secondes, le temps, balayeur infatigable, a joué les nettoyeurs, on peut lui faire confiance pour ça.On apprend de tout, surtout du malheur. Si ceux que je veux encore aimer n'en veulent plus, qu'ils aillent se faire "cuire un œuf ou deux. Anne C."De cette expérience moi aussi je pratique le ghosting comme Mr Jourdain usait de prose sans le savoir. A quoi bon batailler quand une décision est prise? Je prête à l’alter la force d’évacuer et l'intelligence de comprendre. Le “je suis venu te dire que je m’en vais“ ça ne marche pas! Cela ressemble à une tentative de négo pitoyable. On ne ne négocie pas avec l’irréconciliable, sans doute par lâcheté, histoire d’éviter les portes qui claquent ou les assiettes qui volent. L’autre soir un hurluberlu a tenté une accroche avec des compliments bien lubrifiés. J’ai écouté patiemment couler ce miel dans les oreilles de ma vanité puis j’ai décliné son invitation à se rencontrer. Un appel WhatsApp d’un “ami“ selon la terminologie FB qui s’est cru autorisé à franchir la frontière de l’intime par le “J’aime beaucoup ce que vous faites“. J’ai décroché à force d’insistance, j’ai écouté poliment et j’ai bloqué l’individu détaché de l’intérêt pour ses traumas infantiles mal résolus dont on constate la résurgence chez les vieux de mon âge. Au delà de Villeparisis et à partir d’Aulnay-sous-bois, ça s’urbanise. La fatigue mentale alourdit les douleurs physiques bien que le bitume soit mieux carrossable. A Pantin j’ai mis pieds à terre à cause, ou grâce, au “km de la danse“ une fête de la musique locale avant l’heure avec podiums et DJ, terrasses privées sur des péniches et groupes d’amis étirés sur une borne. De Pantin jusqu’à La Villette impossible d’approcher une buvette pour boire un coup sans une demie-heure d’attente. À Magenta j’ai opté pour la rue La Fayette où j’ai pris sur les endosses en toute inconscience les souvenirs d’enfance d’une amie qui a quitté Paris — il ne peut y avoir pire déchirure que le déracinement —. Épuisement mystique, j’ai pris ma part de douleur sur des souvenirs qui ne m’appartenaient pas. A l’angle de la rue le Pelletier j’ai pris un double café, un grand verre d’eau et la vérité frontale lancée avec la brutalité d’un TGV. Je venais de comprendre la puissance du subliminal sur l’oubli. “l’amie de toujours qui a choisi un jour de ne plus répondre au téléphone ni à quoi que ce soit émanant de moi“ me hantait.Ce n’est pas Paris qui change c’est nous qui ne changeons pas. Même si un gouffre béant s’est ouvert soudain dans ma poitrine je sais que je dois m’écarter du vide. Est-elle vive et en bonne santé dans l’ici ou l’ailleurs? Je suis un fantôme qui n’a aucun droit sur le présent et nulle préemption sur les survivantes désignées. Je suis reparti à pieds oubliant que j’étais à vélo, la serveuse m’avisa que j’oubliais un truc, je me suis remis en selle au propre, au sale et au figuré. De la symbolique des odonymes, avenue de l’Opéra, j’ai enquillé vers le Louvre plutôt que La Concorde et j’ai traversé la Seine sur le pont du Carrousel. “Il suffit de passer le pont“ et c’est aussitôt le détachement! Ou l’arrachement, l’autotomie, l’impression de s’amputer du plus précieux du soi, la mémoire et l’acquit. Rive gauche je me suis senti chez moi à des années lumièresdes années sombresJe crois que l’empathie est une variante extrême de l’ego, on se sent concerné par la peine, réelle ou fantasmée, de ceux que l’on aime et de celles que l’on a aimé. Plus que jamais je ne prends que des allers simples. J’ignore si et quand je reviendrai* Pauvre Rutebeuf