J’ai lu il y a quelques jours un article écrit par une personne autiste et il m’a énormément touchée.
C’est un article publié par la revue du CLE Autistes, Neurostyles. Un texte de Lysican, qui s’élève contre l’opposition faite entre les autistes, les dits de haut niveau et les dits de bas niveau. Les premiers qui ne seraient pas légitimes à s’exprimer pour les seconds et qui prendraient trop de place. Les seconds qui seraient trop atteints pour s’exprimer correctement et être écoutés et ne pourraient être représentés que par leurs parents ou leurs éducateurs.
Ce texte m’a touchée car l’auteur exprime sa vulnérabilité mais aussi sa colère face à la silenciation.
J’y vois un peu un parallèle avec la situation politique actuelle et la façon dont je me positionne.
Je soutiens les manifestants à 100% mais je ne peux pas les rejoindre car mon état de burnout rend le bruit et la foule insupportables, en plus du fait que je ne tiens pas debout très longtemps. Je ne suis pas non plus en état psychique de supporter des violences policières. Je ne suis même plus en état de suivre l’actualité comme je le faisais avant, ni même de trop m’exprimer sur internet et les réseaux sociaux tant tout cela me blesse. Alors, comme l’auteur de l’article, la plupart du temps je me tais, publiquement en tout cas, et je reste chez moi. Ça ne veut pas dire que je suis d’accord, ça veut dire que je suis trop blessée. Mais je refuse qu’on prenne mon silence pour de l’approbation envers des mesures inhumaines.
L’article, que je vous invite vraiment à lire entièrement, se conclut de cette façon :
« Les autistes de haut niveau qui se battent pour mes droits sont, eux, mes porte-paroles.
Quand je ne peux me défendre, ils se battent pour moi.
Dans les endroits où je ne peux aller à cause de mes peurs, ils me défendent.
Dans les groupes qui me terrifient, ils nettoient pour moi le désordre engendré et me défendent.
Vous, qui n’êtes pas autiste, ne vous levez pas pour moi. Ne dites pas que ceux qui sont capables de combattre votre haine qu’ils ne parlent pas pour moi. Ils le font. »
Cet article, il est pour moi un immense réconfort. Il veut dire qu’on peut se soutenir entre autistes, malgré les divisions qu’on veut nous imposer. Il veut dire que notre parole peut être un encouragement et une consolation pour d’autres. Il veut dire qu’écrire compte, même quand on se tait, même quand on est enfermé chez soi. Il veut dire que chaque action, si petite soit-elle, a de l’importance, qu’il n’y a pas que la lutte visible, que la solidarité va bien au-delà.
Les autistes qui ont besoin de moins de soutien se voient régulièrement reprocher (par des gens qui ne sont pas autistes) de ne pas prendre la mesure des difficultés de ceux qui ont des niveaux de soutien plus importants, de ne pas se rendre compte de ce que c’est d’être vraiment autiste, comme si on était fondamentalement différents.
Et pourtant, les mots qui m’ont le plus touchée et réconfortée, qui ont le plus résonné en moi depuis longtemps, viennent d’une personne autiste dite de « bas niveau ». Parce que je me sens bien plus proche d’elle que des allistes, quoi que ceux-ci en pensent.
Ces mots m’ont rappelée que même quand on se sent très vulnérable, notre vie compte. Dans un monde qui nous répète sans arrêt que ça fait de nous des profiteurs et des poids pour la société, ce sont des mots très réparateurs. Ce sont des mots qui donnent de la force.