Chroniques d’un anthropologue au Japon (84)

Publié le 14 juin 2026 par Antropologia

Apres m’être fait traité de « trumpiste » par C. (dans la chronique 48 du 9 août 2021) il y a quelques années, lorsque je proclamais qu’il valait mieux se préoccuper des choses réelles plutôt que de maladies fabriquées par les médias, je me suis mis à m’intéresser plus au personnage politique.

Je relève souvent les termes suivant lorsque je lis des articles, ou écoute les journalistes à propos de Trump : fou, menteur, mégalomane.

J’ai commencé à regarder ses discours, non coupés par les journalistes, en anglais, des discours qui dépassent souvent une heure, au siège de l’ONU, ou au parlement américain. 

On peut être d’accord ou non avec le contenu, mais il faut être sourd ou vraiment de mauvaise foi pour ne pas remarquer à quel point le vocabulaire, l’humour, la gesture, sont extrêmement bien maitrisés par le président américain.

Traiter Trump de fou ou de menteur, c’est un peu comme de qualifier le catch de sport de combat truqué. Les mères rassurent leurs enfants. Ne t’inquiète pas, ce n’est pas vrai, c’est juste un jeu, le Monsieur n’a pas vraiment mal. Oui, le catch est une mise en scène, avec de l’humour, du scénario, des choses simulées. Mais ces mises en scènes ont de réels enjeux et répercussions sur la fierté et le corps des athlètes. Un peu à la manière des joutes de langage à la cour du roi dans le film Ridicule. On peut mourir d’avoir perdu la face.

Pour comprendre la politique de Trump, il faut comprendre le catch. Trump a d’ailleurs toujours été un grand admirateur de catch. Il a sponsorisé des catcheurs et il a lui-même participé à des joutes physiques et orales avec un autre sponsor, Vince McMahon, qui mettaient en jeu l’honneur des deux hommes d’affaire. McMahon a même dû se raser publiquement après sa défaite.

Trump joue avec les mots, mais il ne rigole pas. Il mène sa politique comme un match de catch. Et les spectateurs qui regardent réellement ses discours, moi compris, ne se lassent pas de voir comment il s’y prendra à chaque nouvel adversaire. La dernière joute en date était celle qui l’opposait à Macron à DAVOS. Macron est parti dans un discours ennuyeux sur les devoirs moraux des Européens face à la politique américaine. Trump l’a détruit en deux phrases : Ho.. Macron, you had so beautiful sunglasses yesterday ! What the hell happened ?

Rémi Brun