On a beau savoir que Paul McCartney n’est pas un homme comme les autres, il continue d’avoir cette façon très à lui de faire entrer la légende par la petite porte. Une tasse de thé, une guitare, un accord dont il ignore le nom, un souvenir d’enfance revenu de Speke, et voilà que tout le XXe siècle musical semble se remettre en mouvement sans jamais prendre la pose. Dans cette interview autour de “The Boys of Dungeon Lane”, McCartney ne cherche pas à fabriquer un monument de plus à sa propre gloire. Il retourne plutôt dans les ruelles mentales où les chansons ont commencé : Liverpool, les oiseaux, la route avec George Harrison, John Lennon dans un coin de mémoire, Ringo Starr au bout d’un FaceTime, la ferme écossaise de “Ram”, les vinyles qu’on regardait dans le bus et les albums qu’on habitait comme des mondes portatifs. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la somme des souvenirs, mais la manière dont ils restent vivants, disponibles, presque joueurs. À plus de quatre-vingts ans, Paul pourrait administrer sa légende avec la prudence d’un conservateur de musée. Il préfère encore poser les doigts sur un manche, laisser venir une bizarrerie harmonique et voir si une chanson accepte d’apparaître. C’est peut-être cela, au fond, le vrai miracle McCartney : ne jamais confondre la mémoire avec la poussière, et continuer de traiter le passé comme une réserve d’avenir.
On a connu des entrées en scène plus solennelles. Des conférences de presse avec fauteuils profonds, attachés de presse nerveux, bouteilles d’eau alignées comme des soldats et phrases définitives emballées sous cellophane. Avec Paul McCartney, l’affaire commence autrement : un café qu’il ne faut pas renverser, un téléphone à éteindre, une guitare à attraper, un accord impossible à nommer, et cette manière très maccartneyenne de désamorcer la légende par la banalité. Comme si l’un des derniers géants debout du XXe siècle musical avait compris depuis longtemps que le meilleur moyen de rester humain, quand on a écrit “Yesterday”, “Hey Jude”, “Blackbird” et la moitié du dictionnaire sentimental de la pop moderne, c’était encore de se comporter comme un type qui cherche ses doigts sur un manche.
La première grande question posée à Paul McCartney est presque enfantine, presque absurde, donc parfaite : est-il heureux ? La réponse arrive sans posture. Oui, il l’est. Il a un album qui arrive, il fait beau à Londres, il fait même chaud, ce qui, dans la bouche d’un Britannique, relève déjà du miracle météorologique. Mais il ajoute aussitôt cette petite pointe qui sauve tout : qu’on ne le mette pas en colère. Il y a dans cette réponse tout McCartney : la lumière, le sourire, puis la petite griffe. L’homme qui a toujours su écrire des mélodies d’une douceur presque insolente n’a jamais été un simple marchand de sucre. Sous le velours, il y a du nerf. Sous la politesse, un moteur. Sous le grand-père idéal de TikTok, un ancien Beatle qui a traversé les bagarres d’ego, les deuils, les procès, les renaissances, les incompréhensions critiques, les réévaluations tardives, et qui continue, à plus de quatre-vingts ans, à parler de création comme d’une chose qui se joue maintenant, pas dans les vitrines d’un musée.
Cette interview a quelque chose de profondément moderne et de profondément archaïque à la fois. Moderne parce qu’elle se déroule sur TikTok, avec questions de fans, extraits d’album joués en avant-première, noms d’utilisateurs improbables et commentaires qui défilent. Archaïque parce qu’au fond, tout y ramène à la même vieille affaire : un garçon de Liverpool, une guitare, trois accords, une route vers le sud avec George Harrison, un souvenir de John Lennon, un coup de téléphone à Ringo Starr, un oiseau qui monte à la verticale dans le ciel et une famille qui ne cesse de revenir dans les chansons. C’est peut-être cela, le secret de Paul McCartney : avoir changé de support sans changer de centre de gravité. Le vinyle, la cassette, le CD, le streaming, TikTok : peu importe le tuyau, tant que la chanson passe.
Sommaire
- “The Boys of Dungeon Lane”, ou le disque comme album de famille
- Les oiseaux, ou l’enfance comme science secrète
- Trois mots pour une vie : mémoire, famille, amour
- John Lennon, présent dans l’absence
- George Harrison, le stop, le laitier et la brûlure
- L’accord sans nom : la grande méthode McCartney
- Écrire sans forcer, attendre que ça gratte
- Ringo Starr, le country boy et l’amitié qui tient
- Les chansons du nouvel album : rock, souvenirs et parents sanctifiés
- Les malentendus de paroles, ou quand les fans écrivent aussi les chansons
- Ram, l’Écosse, Linda et la fuite hors du business
- Le rapport au temps : revivre le rooftop, revenir en 1956
- TikTok, Spotify et la chanson qui change de véhicule
- Les fans, Panama et l’incroyable durée des Beatles
- Paul Premier ministre : efficacité, justice et NHS
- Les chaussures, la couleur bleue-verte et l’art de rester trivial
- L’homme qui aurait pu être professeur d’anglais
- Conseils au jeune Paul : travailler, jouer, croire que tout est possible
- Beau en statue, vivant en mouvement
- Un album comme passage, pas comme testament
- Le miracle ordinaire de Paul McCartney
- Transcription du live TikTok
- Interview Paul McCartney — TikTok Live
- Version remise en forme en français
- Ouverture
- Questions rapides
- Une question d’Andrew Watt
- La pochette de l’album
- Composer sans plan établi
- L’accord mystérieux qui ouvre l’album
- Revenir à une journée des Beatles
- George Harrison, le stop et la voiture du laitier
- Quand les fans entendent autre chose dans les paroles
- Politique, Ringo et conseils à un jeune musicien
- La naissance de Ram
- Oiseaux, chansons préférées et vocation manquée
- Revenir dans le passé
- Du vinyle à TikTok
- La musique qui traverse les générations
- Préserver la créativité
- Conclusion du live
- Version remise en forme en français
“The Boys of Dungeon Lane”, ou le disque comme album de famille
Le cœur de l’entretien, c’est évidemment le nouvel album de Paul McCartney, présenté sous le titre “The Boys of Dungeon Lane”. Rien que ce nom ouvre une porte. Pas un titre abstrait, pas une provocation, pas une de ces formules taillées pour l’algorithme. Un lieu. Une ruelle. Un passage. Une mémoire géographique, donc affective. Chez McCartney, les lieux ne sont jamais seulement des décors. Penny Lane n’était pas une rue : c’était une méthode de remémoration. Mull of Kintyre n’était pas un paysage : c’était une idée du refuge. Dungeon Lane, dans cette interview, devient à son tour un tunnel vers l’origine, une ligne de fuite entre le béton des logements sociaux de Speke et la campagne qui commençait presque au bout de la rue.
Paul raconte que là où il vivait, à Speke, Liverpool, il y avait ces millions de maisons ouvrières, ces grands ensembles construits pour loger le peuple, et puis, presque sans transition, la nature. Il suffisait de marcher un peu pour sortir de la ville. Les accents eux-mêmes changeaient. On passait du parler de Liverpool à quelque chose de plus rural, plus Lancashire. Cette frontière minuscule et immense, Paul l’a gardée en lui. Elle est au cœur de Dungeon Lane : le passage entre deux mondes, l’enfance et l’âge adulte, la ville et les champs, le bruit humain et le chant des oiseaux.
L’objet album est pensé comme un réceptacle de cette mémoire. Paul explique que le visuel a été conçu avec David Lane, avec un portrait réalisé par sa fille Mary McCartney, puis retravaillé en sérigraphie par Kate Gibb. Son fils Josh McCartney est aussi cité pour son aide. La famille n’est pas seulement un sujet de disque : elle participe au disque. On n’est pas dans le concept froid, mais dans le geste domestique, presque artisanal, comme si l’album devait ressembler à une boîte que l’on ouvre dans un grenier. Il y a des photos d’enfance, des images de Paul, de son frère Mike, des amis, des traces de John, de George, de Hambourg, des voyages en stop, de cette préhistoire où les Beatles n’étaient pas encore les Beatles, mais des garçons affamés de musique, d’accords nouveaux, de routes et de nuits trop longues.
Paul insiste sur l’idée que l’on doit pouvoir regarder la pochette longtemps. Il se souvient de l’époque où l’on achetait un disque vinyle dans le centre de Liverpool, puis où l’on passait le trajet du retour en bus à observer chaque détail de la couverture. Cette phrase est capitale, parce qu’elle dit beaucoup de son rapport à la pop. Pour McCartney, un album n’est pas seulement une suite de chansons. C’est un monde portatif. Un objet que l’on tient, que l’on scrute, que l’on habite. Il cite naturellement “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band”, dont la pochette fut conçue comme un tableau à énigmes, une fête visuelle, une mythologie en carton-pâte devenue une icône. Avec “The Boys of Dungeon Lane”, il semble chercher non pas à refaire “Sgt. Pepper”, ce qui serait grotesque, mais à retrouver ce plaisir perdu de l’album comme territoire.
Les oiseaux, ou l’enfance comme science secrète
Parmi les motifs qui intriguent dans le visuel de l’album, il y a les oiseaux. La question tombe, et Paul répond par un souvenir d’enfant. Il avait un petit guide, “The Observer’s Book of Birds”, un livre de poche consacré aux oiseaux, qu’il emportait avec lui lorsqu’il descendait vers la Mersey. Il voyait un oiseau, le cherchait dans son livre, apprenait son nom, ses habitudes, sa manière d’exister dans le monde. On imagine le gamin, loin encore du vacarme de la Beatlemania, penché sur les plumes, les becs, les trajectoires. Avant les harmonies vocales, il y eut peut-être cela : l’attention.
Le plus beau moment de ce passage est son évocation de l’alouette. Paul demande si l’on a déjà vu une alouette des champs s’élever. Il décrit l’oiseau montant presque à la verticale, chantant jusqu’à atteindre un point haut, puis glissant ailleurs dans le champ. Il explique que ce mouvement sert à tromper l’observateur : on croit que le nid se trouve là où l’oiseau se pose, alors qu’il est ailleurs. C’est une image magnifique, presque trop parfaite pour ne pas sembler écrite par McCartney lui-même. L’oiseau chante pour détourner l’attention du trésor. Toute la pop tient peut-être là-dedans : une mélodie qui attire l’oreille pendant que le vrai secret se cache autre part.
Et bien sûr, à la question de son oiseau préféré, Paul répond “Blackbird”. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais cette réponse, que l’on pourrait croire automatique, résonne autrement après l’histoire de Dungeon Lane. “Blackbird” n’est plus seulement une chanson du White Album, un chef-d’œuvre acoustique écrit dans l’ombre des luttes pour les droits civiques. C’est aussi le prolongement naturel d’un garçon qui regardait les oiseaux dans les champs près de Liverpool. Chez McCartney, les symboles ont souvent des racines très concrètes. Le cosmique passe par le domestique. L’universel commence dans une poche de veste, avec un petit livre d’ornithologie.
Trois mots pour une vie : mémoire, famille, amour
Quand on lui demande de décrire son premier album “McCartney” en trois mots, Paul répond : “maison, famille, amour”. Pour “Dungeon Lane”, il choisit : “souvenirs, famille, amour”. La variation est minime, mais elle dit tout. La maison est devenue souvenir. Le refuge physique s’est transformé en territoire mental. La famille et l’amour, eux, restent. Deux piliers qui traversent son œuvre depuis les débuts.
Il y a chez Paul McCartney une fidélité presque têtue à ces mots-là. On les lui a parfois reprochés, comme si l’amour, la famille, la tendresse, la vie domestique étaient des sujets mineurs, bons pour les refrains de supermarché et les dimanches après-midi. C’est oublier que dans le rock, genre souvent obsédé par la fuite, la destruction, le sexe triste et la mythologie du type qui ne dort jamais deux nuits au même endroit, McCartney a toujours défendu une autre intensité : celle de l’attachement. Cela ne l’a jamais empêché d’être aventureux. Cela ne l’a jamais empêché de bricoler des collages, d’aimer l’absurde, de passer de la ballade au pastiche, du rock le plus frontal au music-hall, de l’électronique au classique. Mais au centre, il y a souvent quelqu’un que l’on aime, quelqu’un que l’on a perdu, quelqu’un que l’on attend, quelqu’un que l’on regarde dormir.
Dans cette interview, cette ligne est limpide. “Days We Left Behind”, l’une de ses chansons préférées du nouvel album, touche à John Lennon, puisque Paul dit que John y est présent. “Down South” ramène à George Harrison et à leurs voyages en stop. “Saint” semble renvoyer à ses parents. Tout revient à ceux qui ont fait de lui ce qu’il est. Le vieil homme n’écrit pas pour fuir son passé ; il écrit pour l’éclairer autrement.
John Lennon, présent dans l’absence
La question arrive sous une forme presque impossible : si John Lennon pouvait choisir une chanson du nouvel album, laquelle prendrait-il ? Paul pense qu’il choisirait “Days We Left Behind”, parce qu’il y est. La formule est simple, mais elle a cette densité étrange des phrases que l’on ne peut pas trop commenter sans les abîmer.
Depuis la mort de Lennon, Paul vit dans une conversation interrompue que le monde entier écoute malgré lui. On lui a demandé mille fois de parler de John, de raconter John, de rejouer John, de pleurer John correctement, de ne pas trop parler de John, puis d’en reparler encore. Leur relation a été transformée en monument, en procès, en roman familial planétaire. L’ami, le rival, le frère, l’adversaire, le miroir. Tout a été dit, souvent trop vite, souvent trop fort. Ce qui frappe ici, c’est la douceur de l’évocation. John n’est pas convoqué pour valider le disque depuis l’au-delà, ni pour offrir un frisson nostalgique bon marché. Il est là parce que les souvenirs ne demandent pas la permission.
On sait que McCartney a souvent parlé de Lennon comme d’une présence intérieure. Il continue parfois à se demander ce que John aurait pensé de telle phrase, de tel accord, de tel choix. Dans cette interview, cette présence se glisse dans un titre, “Days We Left Behind”, qui semble contenir tout un programme : les jours laissés derrière, mais pas abandonnés. Les jours passés, mais encore actifs. Les jours morts, mais pas muets.
Ce qui rend Paul McCartney si précieux aujourd’hui, ce n’est pas seulement qu’il ait connu John Lennon. C’est qu’il soit l’un des derniers à pouvoir parler de lui sans parler d’une statue. Il parle d’un type avec qui il a appris des accords, pris des bus, écrit des chansons, partagé des micros, construit un langage. Quand il dit que John aurait peut-être choisi cette chanson parce qu’il y est, on entend moins l’anecdote promotionnelle que la pudeur d’un survivant.
George Harrison, le stop, le laitier et la brûlure
L’un des passages les plus savoureux de l’interview concerne George Harrison. “Down South”, morceau du nouvel album, raconte un voyage en stop de Paul et George depuis Liverpool vers le sud. Là encore, tout part d’un souvenir adolescent. Un camion les emmène vers le pays de Galles, puis un laitier les prend à bord de son petit véhicule électrique. Paul rappelle avec humour que ces véhicules furent les premières voitures électriques qu’il ait vues, ce qui l’a longtemps conduit à imaginer les voitures électriques comme des engins avançant à quatre kilomètres heure, bien loin des bolides actuels.
La scène est presque burlesque. Le chauffeur conduit, George monte, Paul aussi, et les deux jeunes musiciens s’assoient sur la batterie du véhicule. George porte un jean avec une fermeture éclair sur la poche arrière. La fermeture touche les deux points de la batterie, chauffe, rougit presque, et lui brûle le derrière. Plus tard, lorsqu’ils trouvent un endroit où dormir, George montre la marque : une brûlure en forme de zip, comme un sceau ridicule imprimé par la modernité sur l’arrière-train d’un futur Beatle.
L’histoire serait déjà parfaite ainsi. Mais Paul ajoute une seconde couche, plus belle encore : il raconte qu’Olivia Harrison, la veuve de George, lui a reparlé récemment de cette anecdote en disant qu’elle aimait cette histoire où Paul s’était brûlé. Paul l’a corrigée : ce n’était pas lui, c’était George. Et il note que les souvenirs se déforment, qu’ils changent de propriétaire avec le temps. Voilà une observation immense, glissée comme une plaisanterie. La mémoire n’est pas une archive bien rangée. C’est un instrument un peu désaccordé, mais vivant. Elle mélange les visages, échange les blessures, déplace les rôles. Elle ment parfois, mais ses mensonges disent quelque chose de notre besoin de garder les morts près de nous.
Dans cette histoire de brûlure, il y a tout ce que les Beatles avant les Beatles avaient de beau : l’inconfort, la débrouille, le comique, la pauvreté relative, la route, l’amitié, l’absence totale de glamour. Pas encore les costumes, pas encore l’Amérique, pas encore les cris, pas encore Shea Stadium, pas encore les studios d’Abbey Road devenus sanctuaire. Juste deux garçons qui veulent voir ailleurs, assis sur une batterie de laitier, ignorant qu’ils deviendront bientôt l’un des centres du monde.
L’accord sans nom : la grande méthode McCartney
L’autre grand fil de l’entretien, c’est la création. Comment commence une chanson ? Paul répond comme il l’a souvent fait : il ne sait pas vraiment. Il ne part presque jamais avec une vision claire. Il pose les doigts, il cherche, il laisse quelque chose arriver. Cette fois, l’album semble être né d’une rencontre avec Andrew Watt, producteur du disque. Au départ, il ne s’agissait que d’aller boire une tasse de thé. Naturellement, chez Paul McCartney, une tasse de thé peut finir en premier accord d’album.
Andrew lui demande comment il commence à écrire. Paul explique qu’il peut simplement poser les doigts sur la guitare, trouver un accord bizarre, et se laisser inspirer par cette étrangeté. Il joue alors un accord dont il ignore le nom. Il le rejoue, cherche à l’identifier, suppose qu’il doit être lié à sol, mais ne le sait pas. Ce détail est délicieux. L’un des compositeurs les plus importants de l’histoire de la musique populaire commence son nouvel album avec un accord qu’il ne peut pas nommer. Les théoriciens viendront plus tard, comme des policiers après la fête.
Ce passage rejoint une confession plus large : Paul et Jeff Lynne ont déjà parlé du fait que les musiciens de l’invasion de Liverpool ne savaient pas lire ni écrire la musique. Ils “faisaient tout eux-mêmes”, oralement, physiquement, d’une personne à l’autre. Pour apprendre un accord, il fallait que quelqu’un le montre. Pas de papier entre les corps. Pas de notation comme médiation. La connaissance passait par les mains, par les yeux, par la mémoire musculaire. Les jeunes Beatles connaissaient trois accords de rock’n’roll, puis ils ont voulu apprendre le B7, nécessaire pour jouer en mi. Ils avaient entendu parler d’un type, quelque part à Liverpool, qui connaissait cet accord. Ils ont pris le bus, frappé à sa porte, et demandé s’il était “le gars du B7”. Il l’était. Il leur a montré.
Cette histoire est une parabole magnifique de l’apprentissage populaire. Pas d’école, pas de conservatoire, pas de méthode officielle. Une ville comme réseau électrique. Un accord comme trésor local. Un bus comme université. Un inconnu comme professeur. À partir de là, Paul raconte qu’ils ont stocké les accords au fur et à mesure, selon les besoins des chansons qu’ils écrivaient ou copiaient. C’est toute l’histoire du rock anglais des années 60 qui se trouve là : des gamins de l’après-guerre, des guitares bon marché, des disques américains, des oreilles affamées et cette conviction naïve, donc géniale, que l’on peut fabriquer sa propre langue avec trois formes de doigts.
De cet accord sans nom naît “As You Lie There”, premier titre de l’album. Paul et Andrew jouent avec trois accords, la chanson s’ouvre, l’album trouve sa porte d’entrée. C’est presque trop simple. Mais chez McCartney, la simplicité est souvent le sommet de l’art. Non pas l’absence de travail, mais l’effacement du travail dans une évidence.
Écrire sans forcer, attendre que ça gratte
Quand on lui demande comment il protège sa créativité, Paul répond sans mysticisme. Il prend des pauses. Il se repose. Il rentre à la campagne. Il oublie qu’il est auteur, musicien, artiste, entertainer, Beatle survivant, monument national, whatever. Il redevient lui-même. Puis, au bout de quelques jours, quelque chose commence à le démanger. L’envie de jouer un peu de guitare, un peu de piano. Il n’attaque pas la chanson comme un contremaître. Il attend le moment où l’esprit est disponible, où le corps est reposé, où le plaisir revient. Alors quelque chose arrive.
C’est une leçon simple et très belle. Dans une époque qui transforme la créativité en productivité, où tout le monde doit publier, poster, annoncer, relancer, documenter, teaser, performer, Paul McCartney rappelle qu’une chanson n’est pas une tâche administrative. On ne la convoque pas toujours à heure fixe. On crée aussi en ne créant pas. On prépare la chanson en allant marcher, en respirant, en quittant le bruit. Il dit qu’il ne faut pas se lasser de ce que l’on fait, qu’il faut garder la fraîcheur, éviter l’ennui. Cela pourrait passer pour une banalité de senior apaisé. C’est au contraire un conseil de vétéran absolu. Un homme qui a vécu plus de soixante ans dans la machine musicale sait que l’ennui est plus dangereux que l’échec. L’échec peut nourrir. L’ennui dessèche.
Cette manière d’attendre le désir plutôt que de le torturer explique sans doute la longévité de McCartney. Il n’a jamais cessé de multiplier les projets, de passer d’un médium à l’autre, de la scène au studio, du film à l’album, de l’apparition télévisée au séjour à la ferme, de la promotion mondiale à la vie de campagne. Il évoque Saturday Night Live, Stephen Colbert, un sketch où il joue Nigel le mécanicien, puis le retour à la ferme. La diversité le maintient vivant. Le mouvement empêche la statue de refroidir.
Ringo Starr, le country boy et l’amitié qui tient
Il y a, dans cette interview, un moment simple et touchant lorsqu’on lui demande quand il a parlé à Ringo Starr pour la dernière fois. Réponse : la semaine précédente. Ils se parlent souvent en FaceTime. Ringo vit à Los Angeles, il y a le décalage horaire, Barbara est là, on prend des nouvelles. Rien de spectaculaire. Et justement, c’est bouleversant. Deux Beatles se parlent encore par écran interposé, comme des cousins qui se donnent des nouvelles entre deux continents. Après tout ce que le monde a projeté sur eux, il reste cette chose presque domestique : “Lovely boy”, dit Paul.
Il parle aussi du succès actuel de Ringo dans la country. Il rappelle que Ringo a toujours été “le gars country” du groupe. Les autres étaient davantage rock’n’roll, mais Ringo connaissait les chanteurs country, les disques, l’esprit. Il cite “Act Naturally”, que Ringo avait chantée chez les Beatles et qui venait de cette culture-là. Paul reconnaît que Ringo en savait plus qu’eux sur ce terrain. Là encore, l’image est belle, parce qu’elle va contre la caricature qui a longtemps réduit Ringo au batteur chanceux. Dans le souvenir de Paul, Ringo est un passeur. Il apporte une couleur, un répertoire, une sensibilité. Il n’est pas simplement celui qui tient le tempo ; il est celui qui ouvre une porte vers une autre Amérique.
À la question de savoir s’il ferait lui-même un disque country, Paul esquive presque : Ringo est le country guy. Il lui laisse ce territoire. C’est une marque de respect. Chez les Beatles, chacun avait son domaine secret, son accent intérieur. John le tranchant, George le mystique-guitariste, Ringo le country boy, Paul le mélodiste omnivore. Bien sûr, la réalité est plus complexe, mais ces archétypes ont leur vérité.
Les chansons du nouvel album : rock, souvenirs et parents sanctifiés
Plusieurs titres de “The Boys of Dungeon Lane” traversent l’entretien comme des éclats. “As You Lie There” ouvre le disque, né de l’accord mystérieux. “Days We Left Behind” est l’un des favoris de Paul, notamment parce que John y est présent. “Down South” raconte le voyage en stop avec George. “Come Inside” est présenté comme un petit rocker, un morceau qui semble faire entrer un peu d’électricité directe dans cette architecture de souvenirs. “Saint” est lié à ses parents. “Life Can Be Hard” est mentionné comme une chanson plus surprenante. Il cite aussi un titre orchestral, entendu dans la transcription comme “Mama Gets B”, qu’il présente comme une pièce différente, ample, portée par un grand orchestre.
Ce qui frappe, c’est la variété annoncée. Paul insiste sur le fait que l’album contient des chansons assez différentes. Rien d’étonnant chez lui. Depuis les Beatles, McCartney a toujours refusé de rester dans un seul costume. Il peut passer du pastiche années 20 à la soul, du hard rock au folk, de l’avant-garde domestique à la ballade universelle, parfois dans le même album, parfois dans le même quart d’heure. Ce qui chez d’autres sonnerait comme une dispersion devient chez lui une signature. Il a cette oreille de caméléon, mais un caméléon qui, quoi qu’il imite, finit toujours par se trahir lui-même.
L’album, à en croire l’entretien, semble fonctionner comme une carte affective. Les chansons ne sont pas seulement des compositions ; elles sont reliées à des personnes, à des lieux, à des scènes fondatrices. John, George, les parents, Liverpool, Speke, Dungeon Lane, les oiseaux, les routes du Sud. Même lorsqu’il parle d’un rocker comme “Come Inside”, Paul ne sort pas vraiment du sujet. Il rappelle que la mémoire n’est pas uniquement lente, élégiaque, sépia. Elle peut avoir des amplis, des coups de reins, de l’humour, de l’allant. Le passé n’est pas un cimetière : chez McCartney, c’est souvent une salle de répétition.
Les malentendus de paroles, ou quand les fans écrivent aussi les chansons
Un autre passage savoureux concerne les paroles mal entendues. On lui demande si des fans ont déjà donné à une chanson un sens différent de celui d’origine. Paul répond que oui, et qu’il arrive même que les erreurs soient meilleures que les vraies paroles. Il cite “Hi, Hi, Hi” de Wings, chanson bannie par la BBC parce qu’elle était jugée trop osée. Dans cette période qu’il décrit comme plus surréaliste, Paul avait écrit une phrase où il disait en substance à une fille de s’allonger et de se préparer à son “polygon”. Un polygone, donc, terme mathématique absurde, choisi pour sa bizarrerie. Mais certains auditeurs ont compris “body gun”, une formule plus charnelle, plus rock, plus suggestive. Paul avoue qu’il aime bien cette mauvaise écoute. Elle améliore presque la chanson.
Il évoque aussi une anecdote rapportée par Elvis Costello : l’ancien manager Jake Riviera aurait compris le début de “Strawberry Fields Forever”, “Living is easy with eyes closed”, comme “Living is easy with nice clothes”. Vivre est facile avec de beaux vêtements. Mauvaise parole, mais pas mauvaise phrase. Paul s’amuse de ce déplacement. Il comprend que les chansons appartiennent en partie à ceux qui les entendent mal.
C’est un point essentiel. La pop n’est pas un texte sacré reçu dans sa pureté. C’est un art de la circulation, donc de la déformation. Les paroles passent par des radios de cuisine, des voitures, des clubs, des écouteurs défectueux, des chambres d’adolescents, des accents, des langues étrangères, des fantasmes. Les fans complètent, tordent, réinventent. Parfois ils se trompent. Parfois ils trouvent mieux. Paul, qui a écrit certaines des chansons les plus chantées de la planète, semble accepter cette perte de contrôle avec une grâce amusée. Une chanson vivante est une chanson qui échappe.
Ram, l’Écosse, Linda et la fuite hors du business
Interrogé sur “Ram”, Paul revient à un moment crucial de son histoire : l’après-Beatles, l’Écosse, Linda, la ferme, la volonté d’échapper au monde des affaires qui l’étouffait. Il raconte qu’il vivait alors en Écosse avec Linda McCartney, loin d’un environnement business qu’ils jugeaient toxique, dominé par un homme qu’ils n’aimaient pas et qu’ils considéraient comme malhonnête. La solution fut radicale : partir. Quand on les appelait pour une réunion à Londres le lendemain matin, ils pouvaient répondre qu’ils n’étaient pas là.
Ce retrait écossais est l’un des moments les plus importants de la mythologie McCartney. À l’époque, il est souvent moqué, critiqué, attaqué. On lui reproche sa ruralité, sa domesticité, Linda, les moutons, les chansons qui ne ressemblent pas à ce que l’on attend d’un ex-Beatle. “Ram”, aujourd’hui largement réhabilité, apparaît dans son récit comme le produit d’une fuite salutaire. Sur leur ferme, Paul apprend même à tondre les moutons avec Duncan, un homme qui sait le faire à l’ancienne, aux cisailles. Duncan peut tondre une centaine de moutons par jour ; Paul, dix dans une bonne journée. Il aime ce geste, cette technique, ce rapport direct à l’animal et à la matière.
Le titre “Ram” vient de là : le bélier, mais aussi l’idée de foncer, de pousser, de résister. C’est fascinant de l’entendre raconter cela aujourd’hui, car “Ram” fut longtemps regardé comme un disque bizarre, foutraque, trop personnel, avant d’être reconnu comme une matrice de pop artisanale, un disque prophétique pour des générations d’indépendants. Paul ne le présente pas comme un manifeste. Il raconte des moutons. Et c’est précisément ce qui est grand chez lui : les révolutions esthétiques commencent souvent par des détails très concrets.
Le rapport au temps : revivre le rooftop, revenir en 1956
Quand on lui demande quelle journée de l’époque Beatles il aimerait revivre, Paul choisit le concert sur le toit de Savile Row, en janvier 1969. Choix évident, mais pas paresseux. Le rooftop est devenu la dernière image publique des Beatles en tant que groupe live : quatre hommes sur un toit londonien, le froid, les amplis, les passants, la police, “Get Back”, et cette impression étrange d’un groupe qui se termine en reprenant contact avec sa forme la plus primitive : jouer ensemble, dehors, devant des gens qui ne s’y attendaient pas.
Pourquoi ce jour-là ? Peut-être parce qu’il condense tout : la tension, l’élégance, la fin, l’humour, la ville, le bruit réel du monde. Le rooftop n’est pas un concert parfait, c’est mieux que cela : un événement fissuré, vivant, chargé de mélancolie rétrospective. Paul, en le choisissant, ne réclame pas de revivre un triomphe américain ou une séance d’écriture miraculeuse. Il choisit un moment de groupe, un moment où les Beatles, malgré tout ce qui les éloignait déjà, sonnaient encore comme un groupe.
À une autre question, plus large, sur l’époque où il aimerait retourner, il refuse les fantasmes romantiques de périodes anciennes. Les temps passés, rappelle-t-il en substance, avaient leur saleté, leurs maladies, leur hygiène douteuse. Pas besoin de revenir à Dickens si c’est pour retrouver les égouts à ciel ouvert et les fenêtres douteuses. Lui choisirait plutôt 1956, l’année où Elvis Presley surgit dans le paysage. Là encore, tout est cohérent. 1956, pour Paul, c’est l’explosion fondatrice. Le moment où le monde change de rythme. Un peu plus d’hygiène que dans les siècles précédents, et Elvis en prime. On a connu pire destination temporelle.
TikTok, Spotify et la chanson qui change de véhicule
L’un des aspects les plus intéressants de l’interview est la manière dont Paul parle des supports. On lui demande ce que cela fait de voir sa musique passer de la radio, de la télévision, des clubs et des vinyles à Spotify et TikTok. Sa réponse est d’une simplicité désarmante : il aime ça. Pour lui, ce sont des moyens différents de faire circuler la musique. Il se moque, au fond, de la manière dont les gens y accèdent, tant qu’ils y accèdent.
Cette souplesse est remarquable. Beaucoup d’artistes de sa génération regardent les nouveaux supports avec suspicion, parfois à juste titre, tant l’économie du streaming a bouleversé la valeur de la musique enregistrée. Paul, lui, parle surtout de disponibilité. Il rappelle le trajet parcouru : les 45-tours, les LP, les cassettes, les CD, puis le streaming. Il utilise Spotify, apprécie de pouvoir chercher presque n’importe quelle musique et l’obtenir immédiatement : musique africaine, rock’n’roll, tout. La discothèque mondiale dans la poche.
Il y a là une forme de sagesse pop. McCartney sait que la chanson a toujours voyagé par les technologies de son temps. Les Beatles furent eux-mêmes des enfants du disque, de la radio, de la télévision. Sans la BBC, sans les 45-tours américains, sans les plateaux télé, sans les studios modernes, leur histoire aurait été différente. TikTok n’est donc pas pour lui une profanation, mais un nouveau bus. Et Paul a toujours aimé les bus : on y apprend parfois un B7, on y regarde une pochette d’album, on y transporte des rêves plus grands que soi.
Les fans, Panama et l’incroyable durée des Beatles
À la question du Beatles Fan Club du Panama sur ce que signifie, après tant de décennies, de voir sa musique conserver une telle importance dans le monde entier, Paul répond par l’émerveillement. Il rappelle qu’au début, ils étaient seulement des gamins. Le rock’n’roll venait d’arriver. Ils pensaient avoir de la chance s’ils duraient deux ans, peut-être cinq au maximum. Puis cinq sont devenus dix, dix sont devenus vingt, trente, et l’histoire continue.
Ce passage est bouleversant parce qu’il rappelle une vérité souvent oubliée : les Beatles n’ont pas commencé comme des classiques. Ils ont commencé comme une bande de jeunes musiciens dans une musique considérée par beaucoup comme passagère. Le rock était une mode, une crise hormonale, une nuisance sonore. Personne ne pensait sérieusement que ces chansons seraient encore transmises de parents à enfants, puis à petits-enfants, puis à des adolescents découvrant “Here Comes the Sun” ou “Let It Be” sur une plateforme numérique. Paul souligne que les enfants ne peuvent pas être endoctrinés : ils aiment ou ils n’aiment pas. S’ils aiment encore les Beatles, c’est que quelque chose dans ces chansons continue de fonctionner sans explication.
Et puis il lâche cette phrase, avec un mélange de fierté et de candeur : il pense que les Beatles étaient le plus grand groupe de tous les temps, et il en est fan. Il faut mesurer ce que cette phrase a de merveilleux. Paul McCartney, membre des Beatles, dit qu’il est fan des Beatles. Non pas gardien de musée, non pas propriétaire de catalogue sentimental, mais fan. Comme si, avec le temps, il pouvait enfin écouter ce groupe presque de l’extérieur, entendre ce que nous entendons, s’étonner lui-même de cette chose à laquelle il a participé.
Paul Premier ministre : efficacité, justice et NHS
L’interview ne reste pas uniquement musicale. On lui demande ce qu’il changerait s’il était Premier ministre du Royaume-Uni. Paul répond qu’il voudrait que les choses fonctionnent efficacement, pour une fois. Il parle des impôts, de l’argent confié au gouvernement, des systèmes qui dysfonctionnent, des routes, des nids-de-poule, du service public, du National Health Service. Il dit ne pas trop se plaindre de payer beaucoup d’impôts, parce qu’il voit cela comme une manière de rendre. Mais il s’inquiète des gens qui ont peu et se font “ripped off”, qui se font avoir par le système. Il voudrait corriger cela.
Ce n’est pas un programme politique détaillé, évidemment. Mais c’est révélateur d’une sensibilité. McCartney n’a jamais été un idéologue de tribune. Même dans ses engagements, il a souvent préféré les causes concrètes : le végétarisme, les animaux, la paix, certaines campagnes sociales. Ici, son imaginaire politique est celui du bon fonctionnement et de la décence. Que l’argent public serve vraiment. Que les gens vivent un peu mieux. Que les infrastructures ne tombent pas en miettes. Que le service de santé soit réparé. C’est du McCartney politique : moins flamboyant qu’un slogan lennonien, mais enraciné dans une idée très britannique de justice pratique.
Les chaussures, la couleur bleue-verte et l’art de rester trivial
Il serait dommage d’oublier les questions apparemment idiotes, parce qu’elles participent pleinement au charme de l’entretien. Sa couleur préférée ? Le bleu lui vient d’abord à l’esprit, puis le vert, parce que sa mère, d’origine irlandaise, aimait cette couleur. Il finit par proposer un bleu-vert, couleur de terre, de planète, de souvenir maternel et de ciel humide. Ses chaussures préférées ? Des slip-ons noirs, pratiques dans les aéroports quand il faut se déchausser. La question est bête, il le dit, mais il répond.
Ces détails comptent. Ils empêchent le monument de devenir ennuyeux. Paul McCartney parlant de ses slip-ons à l’aéroport, c’est presque aussi précieux que Paul McCartney parlant de l’accord de “As You Lie There”, parce que les deux appartiennent au même homme. Une légende qui se déchausse plus vite à la sécurité. Un compositeur génial qui choisit une couleur parce qu’elle lui rappelle sa mère. Un Beatle sur TikTok, mais avec la mémoire pleine de Liverpool.
L’homme qui aurait pu être professeur d’anglais
Que serait-il devenu s’il n’avait pas été célèbre, s’il n’avait jamais été dans les Beatles ? Paul répond qu’à la sortie de l’école, le conseiller d’orientation lui avait laissé entendre qu’il pourrait peut-être devenir professeur d’anglais. Il imagine alors ce qu’il aurait pu être : un sympathique professeur d’anglais. Il ajoute qu’il aurait probablement aimé cela, parce qu’il aimait cette matière, la littérature, les mots.
Cette réponse est plus importante qu’elle n’en a l’air. Paul McCartney professeur d’anglais : l’image amuse, mais elle éclaire son œuvre. On a souvent insisté sur le mélodiste, le musicien instinctif, le bassiste inventif, l’arrangeur, l’homme de studio. On oublie parfois son rapport aux mots. Pas toujours comme poète au sens noble, mais comme artisan de la langue chantée. McCartney aime les sonorités, les personnages, les petits récits, les noms propres, les phrases qui semblent sorties d’une conversation ou d’un rêve. De “Eleanor Rigby” à “Penny Lane”, de “Lovely Rita” à “Uncle Albert”, il a toujours eu une imagination littéraire populaire, une manière de faire entrer des vies entières en quelques lignes.
Professeur d’anglais, il aurait peut-être expliqué Dickens, Shakespeare, la poésie romantique. À la place, il a écrit une part du programme sentimental de millions de gens. Ce n’est pas une mauvaise reconversion.
Conseils au jeune Paul : travailler, jouer, croire que tout est possible
À la question de savoir quel conseil il donnerait à un Paul de vingt ans, il hésite. Puis vient une réponse simple : croire que tout est possible, s’appliquer, travailler. Et si c’est de la musique, jouer. Le mot est important. Travailler, oui, mais jouer. Faire beaucoup. Répéter. S’améliorer. Gagner en confiance. C’est ainsi que lui-même, les Beatles et Wings ont avancé : en faisant, encore et encore.
Il y a dans cette réponse une anti-mystique de la réussite. Pas de secret cosmique, pas de formule magique. La confiance vient par la pratique. La pratique vient par le plaisir. Le plaisir survit si l’on ne tue pas la musique en la transformant uniquement en ambition. McCartney, qui fut pourtant l’un des musiciens les plus ambitieux de sa génération, n’a jamais cessé de parler de musique comme d’un jeu sérieux. On “play” music en anglais, et ce verbe lui va parfaitement. Jouer, c’est être enfant et artisan à la fois.
Beau en statue, vivant en mouvement
La question vidéo d’Andrew Watt est une plaisanterie : pourquoi Paul est-il si beau ? Paul évite la flatterie en parlant d’une statue d’Orphée qu’Andrew aurait découverte en Italie et qui ressemblait étrangement à son visage, au point de finir dans son jardin. Là encore, l’anecdote est drôle, presque absurde. Paul McCartney statufié en Orphée dans le jardin de son producteur : on croirait une scène écrite par un fan sous acide léger.
Mais le symbole est irrésistible. Orphée, le musicien mythologique capable de charmer les vivants, les morts, les animaux, les pierres. Paul pourrait être écrasé par une telle image. Il la transforme en blague. C’est sa manière de survivre à sa propre mythologie. Chaque fois que le monde essaie de le figer, il bouge. Chaque fois qu’on veut en faire une statue, il demande pourquoi il y a un type bizarre dans le jardin.
Un album comme passage, pas comme testament
Le piège, avec un nouvel album de Paul McCartney à cet âge, serait d’y voir automatiquement un testament. C’est la maladie critique habituelle : dès qu’un grand ancien sort un disque, on cherche le dernier mot, l’adieu, le bilan crépusculaire. Cette interview suggère autre chose. “The Boys of Dungeon Lane” semble moins un testament qu’un passage. Un disque sur la mémoire, oui, mais une mémoire active, joueuse, habitée par des chansons qui rockent, des accords sans nom, des oiseaux, des blagues, des erreurs de paroles, des amis morts, des amis vivants, des parents, des enfants, des pochettes à regarder longtemps.
Paul McCartney n’y apparaît pas comme un homme qui ferme la porte. Il est plutôt celui qui retourne dans une ruelle pour voir où elle mène encore. Dungeon Lane n’est pas seulement derrière lui. C’est un chemin qu’il peut reprendre maintenant, avec Andrew Watt, avec Mary, avec Josh, avec David Lane, avec Kate Gibb, avec les fans de TikTok, avec Ringo sur FaceTime, avec John dans une chanson, avec George sur une route galloise, avec l’alouette dans le ciel.
Il y a quelque chose de presque insolent dans cette vitalité. Paul pourrait se contenter d’être Paul McCartney. Ce serait déjà un métier à plein temps. Il pourrait administrer sa légende, rééditer les coffrets, saluer les foules, raconter encore Hambourg et Ed Sullivan jusqu’à ce que les anecdotes deviennent des meubles. Au lieu de cela, il cherche un accord bizarre dont il ignore le nom. C’est peut-être la plus belle nouvelle de cette interview. Tant que Paul McCartney ne sait pas exactement ce qu’il joue, il reste capable de commencer une chanson.
Le miracle ordinaire de Paul McCartney
À la fin, il faut revenir à cette image : un homme à Londres, heureux parce qu’il fait beau, branché sur TikTok, un album à promouvoir, une guitare à portée de main. Autour de lui, toute l’histoire du rock semble tourner en orbite. Liverpool, les Beatles, John Lennon, George Harrison, Ringo Starr, Wings, Ram, Sgt. Pepper, Blackbird, le rooftop, Elvis en 1956, les vinyles dans le bus, Spotify dans la poche. Tout est là, mais rien n’est pesant. Paul ne donne pas l’impression de porter l’histoire ; il donne l’impression de s’y promener.
C’est sa force et, parfois, ce qui l’a rendu moins immédiatement romantique que Lennon aux yeux de certains. McCartney n’a pas toujours la dramaturgie du martyr, ni la noirceur commode des artistes que la mort fige jeunes. Il a eu l’indécence de durer, de changer, de se tromper, de revenir, d’aimer la ferme, les enfants, les chansons idiotes, les grandes mélodies, les expérimentations, les refrains qui collent, les projets trop nombreux, les pochettes pleines de détails, les oiseaux, les slip-ons et les accords sans nom. Il a eu l’indécence magnifique de survivre à son propre mythe sans devenir complètement prisonnier de lui.
Cette interview le montre tel qu’on aime le retrouver : drôle, précis, sentimental sans être mièvre, nostalgique sans être mortifère, capable de parler d’un souvenir d’enfance comme d’une technologie moderne, d’un ami disparu comme d’une chanson nouvelle, d’un vieux voyage en stop comme d’un morceau à venir. Paul McCartney n’est pas seulement un survivant des années 60. Il est l’un des rares artistes de cette époque à avoir compris que la fidélité au passé ne consiste pas à le momifier, mais à continuer de l’utiliser comme combustible.
Et c’est peut-être cela, “The Boys of Dungeon Lane” : non pas un retour en arrière, mais une manière de prouver que l’enfance n’est jamais terminée quand elle a été assez forte pour devenir musique. Dans la ruelle de Speke, un garçon regardait les oiseaux, descendait vers la Mersey, apprenait le monde en marchant. Plus tard, il prendrait le bus pour apprendre un B7, le stop avec George, le micro avec John, l’avion avec les Beatles, la fuite en Écosse avec Linda, le deuil, la scène, les studios, les modes, les supports, les décennies. Et le voilà encore ici, à poser ses doigts sur une guitare, à sourire devant un accord qu’il ne comprend pas tout à fait.
Le reste, comme toujours chez McCartney, tient dans cette évidence désarmante : une chanson peut commencer là.
Transcription du live TikTok
Interview Paul McCartney — TikTok Live
Version remise en forme en français
Participants : Paul McCartney et Ross
Ouverture
Paul McCartney : Je n’ai pas besoin de renverser du café là-dessus non plus… Bon. Éteins ton téléphone.
Ross : D’accord, je vais le faire.
Paul McCartney : Voilà, c’est mieux. Et prends ta guitare. Essaie de travailler cet accord un peu renégat. Voyons… ça fait… Oui, c’est ça. Je veux dire, je ne sais pas vraiment quel est cet accord.
Ross : C’est bon, on y est.
Paul McCartney : On est en direct ?
Ross : On est en direct.
Paul McCartney : Super.
Ross : Bonjour Paul.
Paul McCartney : Bonjour Ross.
Ross : Bonjour à tous, bienvenue à notre tout premier TikTok Live avec Paul. On va attendre quelques instants que les gens nous rejoignent. Nous venons tout juste de lancer le direct. N’hésitez pas à écrire dans les commentaires d’où vous nous regardez.
Moi, je suis à Londres. Et vous, vous êtes où ? On devrait commencer à voir les premiers commentaires arriver… Très bien, je pense qu’on peut accueillir tout le monde et commencer. J’ai une première question absolument essentielle, parce que TikTok ne nous pardonnerait pas de ne pas la poser.
Paul McCartney est-il heureux ?
Paul McCartney : Oui, je le suis, en fait. J’ai un album qui arrive, et c’est une magnifique journée ici à Londres, où nous sommes en train de suffoquer sous la chaleur. Pour la Grande-Bretagne, c’est assez rare. Donc oui, je suis heureux. Mais ne me mettez pas en colère.
Ross : Vous avez entendu, ne mettez pas Paul en colère. On commence par quelques questions rapides pour se chauffer ?
Paul McCartney : Oui.
Questions rapides
Ross : Cette question vient de l’utilisateur Vampire Oreo : quelle est votre couleur préférée ?
Paul McCartney : Le bleu m’est venu spontanément à l’esprit, donc c’est probablement ma couleur préférée. Mais je me souviens aussi que, lorsque j’étais enfant, la couleur préférée de ma mère était le vert. J’ai toujours pensé que c’était parce qu’elle venait d’Irlande, ou plutôt parce que la famille venait d’Irlande. Alors disons : bleu-vert.
Ross : Ça évoque la Terre.
Paul McCartney : La Terre, oui.
Ross : Jolie réponse. Une autre question, de Daisy Cakes 4 : quelle est votre paire de chaussures préférée ?
Paul McCartney : C’est une question très idiote, Ross, mais j’aime bien les chaussures sans lacets. Je m’y suis mis. Quand on passe dans les aéroports et qu’on vous demande d’enlever vos chaussures, si vous avez des lacets, c’est : cinq minutes plus tard, vous êtes encore en train de les retirer. Avec des slip-ons, ça va vite. J’ai une paire de slip-ons noirs que j’aime beaucoup en ce moment.
Ross : Très bien. La question suivante vient d’un nom d’utilisateur composé uniquement de chiffres, donc je ne vais pas le lire à voix haute. On va parler un peu de l’album. Vous avez décrit McCartney en trois mots : maison, famille et amour. Comment décririez-vous Dungeon Lane en trois mots ?
Paul McCartney : Souvenirs, famille et amour.
Ross : Il y a un lien avec votre premier album.
Paul McCartney : Oui.
Ross : Miguel / Miko demande : si John pouvait choisir une chanson du nouvel album, laquelle choisirait-il selon vous ?
Paul McCartney : C’est une bonne question. Je pense qu’il choisirait peut-être Days We Left Behind, parce qu’il est dedans.
Une question d’Andrew Watt
Ross : J’ai une dernière question pour cette première série, et elle vient d’un invité spécial. Je vais vous la montrer. Ceux qui nous regardent sur TikTok ne pourront pas voir l’image, mais ils pourront entendre la question. Elle vient d’Andrew Watt, le producteur de l’album.
Andrew Watt : Salut Paul.
Paul McCartney : Salut Andrew.
Andrew Watt : Comment ça va ? Tout le monde va enfin pouvoir entendre ce disque. Ma question est : pourquoi diable es-tu si beau ?
Paul McCartney : Eh bien, pourquoi diable as-tu une statue d’un type bizarre dans ton jardin ? Andrew était en vacances en Italie, je crois, et quelqu’un avait fait une statue appelée Orphée. Mais c’était clairement mon visage. Alors Andrew l’a récupérée, et maintenant elle est dans son jardin. Je crois que je vais éviter la question en répondant ça.
Ross : Vous êtes immortalisé dans la pierre. Très bien. Nous avons justement un exemplaire de l’album ici. Je me disais que nous pourrions faire un petit déballage.
Paul McCartney : Oui.
La pochette de l’album
Ross : L’album a été conçu avec vous et David Lane. À l’intérieur, on trouve un collage sérigraphié par Kate Gibb, avec une contribution de Josh McCartney et un portrait réalisé par votre fille Mary.
Paul McCartney : Oui, c’est agréable de voir comment tout cela s’est assemblé. J’ai demandé à Mary si elle accepterait de faire un portrait de moi que nous pourrions utiliser. Nous savions que Kate, qui avait réalisé toute la sérigraphie, prendrait cette image prise par Mary et la transformerait. J’adore le traitement qu’elle lui a donné.
Ensuite, j’en ai parlé à David, qui devait aider à concevoir toute la pochette, tout l’artwork. Je lui ai montré quelques vieilles photographies que j’avais prises quand j’étais adolescent, à Liverpool. Et nous nous sommes dit qu’il fallait les utiliser. Qu’il fallait demander à Kate de les sérigraphier toutes.
Ce que j’aime dans cette idée, c’est qu’on peut regarder cette pochette indéfiniment. Nous avions essayé de faire cela avec la pochette de Sgt. Pepper. Nous voulions qu’on puisse la scruter dans les moindres détails. Je me souvenais de l’époque où j’allais dans le centre de Liverpool acheter un disque. À l’époque, c’était du vinyle. Puis, pendant le trajet d’une demi-heure en bus pour rentrer, on restait assis à observer chaque détail de la pochette.
Il y a beaucoup de choses à regarder ici : des images de mon enfance, mon frère Mike, des amis, John, George, nos voyages en stop. L’une des chansons de l’album s’appelle Down South, et elle parle de George et moi partant en stop de Liverpool vers le sud. J’en garde beaucoup de très beaux souvenirs, et tout cela est intégré dans la pochette. Il y a aussi des images de Hambourg.
Ross : J’ai une question très importante : que viennent faire les oiseaux là-dedans ?
Paul McCartney : Les oiseaux, oui. Dungeon Lane… J’en parlais avec David, et il m’a demandé : “Mais qu’est-ce que c’est, Dungeon Lane ?” Je lui ai expliqué que nous vivions à Speke, à Liverpool, dans une zone avec des millions et des millions de maisons municipales. C’était un immense ensemble de logements sociaux. Et juste à côté, comme nous étions vraiment à la limite de Liverpool, il suffisait de marcher un peu pour se retrouver dans la campagne profonde. Même les accents changeaient : ça devenait un peu plus Lancashire. Puis vous reveniez à Liverpool, et c’était un autre accent.
Il y avait une voie qui permettait de sortir de notre quartier et qui descendait vers la rive de la Mersey. J’y allais souvent. J’avais un petit livre sur les oiseaux, The Observer’s Book of Birds. C’était un livre de poche avec tous les oiseaux. Quand j’en voyais un, je le cherchais dans le livre et je lisais des choses à son sujet.
J’ai gardé un souvenir magnifique de cette époque. Chaque fois que j’y pense, je revois une alouette des champs s’élever au-dessus d’un champ. Je demande parfois aux gens : “Avez-vous déjà vu une alouette monter dans le ciel ?” C’est un spectacle formidable. Elles montent presque à la verticale, en chantant, jusqu’à une certaine hauteur. Puis elles s’arrêtent et planent vers une autre partie du champ. On pourrait penser : “Ah, le nid est là-bas.” Mais en réalité, apparemment, c’est l’inverse. Le nid est ailleurs, et l’oiseau vous attire à l’opposé pour vous en éloigner.
Ross : Incroyable. Je peux reprendre l’album si vous voulez.
Paul McCartney : Oui, bien sûr.
Composer sans plan établi
Ross : Nous avons d’autres questions de fans. Certaines avaient été envoyées avant le live. Celle-ci vient de Malin : qu’est-ce qui vous semble le plus différent dans ce nouvel album par rapport aux précédents ? Aviez-vous une vision claire en entrant en studio, ou l’album a-t-il évolué au fur et à mesure de l’écriture ?
Paul McCartney : Pour être honnête, je n’entre presque jamais dans quoi que ce soit avec une vision claire. Je peux tout inventer. Je parlais un jour avec Jeff Lynne, et nous évoquions le fait que nous n’avions jamais appris à lire ou écrire la musique, nous, les groupes venus de Liverpool et de cette génération-là. Je lui disais : “Nous n’avons jamais appris.” Et Jeff a répondu : “Non. Nous avons tout inventé.” C’est exactement ça. Nous inventions tout.
Nous n’aurions même pas pu l’écrire, parce que nous ne comprenions pas vraiment la notation musicale. Je ne veux surtout pas décourager les jeunes d’apprendre la musique correctement, mais dans notre cas, c’était une bonne chose. Tout passait de personne à personne. Il n’y avait pas de feuille de papier entre nous.
Si vous deviez apprendre un accord, quelqu’un vous montrait simplement : “Voilà comment ça se joue.” Au début, nous connaissions trois accords de rock’n’roll de base : A, D et E. Beaucoup de blues repose sur ces accords. Nous les connaissions, puis nous avons voulu apprendre B7, parce qu’il nous le fallait dans la tonalité de E. Nous connaissions E et A, mais pas B7.
On avait entendu dire qu’un type, quelque part à Liverpool, connaissait B7. Alors nous avons pris le bus, nous sommes allés chez lui, nous avons frappé à la porte et demandé : “Excusez-nous, c’est vous le type qui connaît B7 ?” Il a dit oui. Nous lui avons demandé s’il pouvait nous l’apprendre, et il l’a fait.
C’est ainsi que nous avons continué. Petit à petit, nous avons accumulé les accords dont nous avions besoin, pour les chansons que nous écrivions ou celles que nous reprenions.
L’accord mystérieux qui ouvre l’album
Ross : Puisque nous parlons d’accords, il faut parler de la façon dont cet album a commencé, parce que c’est une très belle histoire.
Paul McCartney : Oui. Je suis allé voir Andrew Watt. À l’origine, je devais simplement passer prendre une tasse de thé avec lui. Nous étions assis, nous avons commencé à parler d’écriture de chansons. Il m’a demandé : “Comment commences-tu une chanson ?” Je lui ai répondu que je ne savais pas vraiment, qu’il y avait différentes façons de faire. Parfois, je pose simplement mes doigts sur la guitare et je vois ce qui sort, même si c’est un accord bizarre. Je me suis dit : “Celui-là est assez étrange.” Je l’ai aimé. Et je me suis dit que cela pourrait être le début d’une chanson.
En fait, c’est le premier accord de l’album. Puis j’ai changé une note, seulement les notes aiguës. Mais le plus drôle, c’est qu’à ce jour, je n’ai aucune idée du nom de cet accord.
Ross : Peut-être que certains d’entre vous, sur TikTok Live, peuvent nous aider à déterminer de quel accord il s’agit.
Paul McCartney : Oui, allez-y. Quelqu’un doit savoir. Regardez, je le rejoue. Ça doit être lié à G, parce qu’il y a un G. Je n’ai pas besoin de savoir comment il s’appelle, mais c’est cet accord qui nous a lancés.
Andrew et moi avons commencé à jouer avec ces trois accords, et cela nous a inspiré la première chanson de l’album, As You Lie There.
Ross : Comme nous sommes sur TikTok Live, on pourrait jouer les trente premières secondes du morceau, avant la sortie de l’album, pour que tout le monde entende comment il commence.
[Extrait musical : “As You Lie There”]
Paul McCartney : Voilà. C’était ça. Et c’était très amusant. L’idée qu’un accord un peu étrange puisse m’inspirer s’est réellement vérifiée.
Ross : Et le reste appartient à l’histoire.
Paul McCartney : Ou dans deux jours, peut-être, quand tout le monde pourra l’entendre.
Revenir à une journée des Beatles
Ross : J’ai une très bonne question de XO Annie : si vous pouviez revivre une journée de l’époque des Beatles, laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?
Paul McCartney : C’est difficile, parce qu’il y a eu tellement de grandes journées. Et cela dépend de ce que l’on entend par là. Cela pourrait être une toute petite journée, ou une journée énormément importante. Ce qui me vient à l’esprit, c’est le concert sur le toit, à Savile Row. Ce serait assez formidable de le revivre. Je vais choisir ça. Réponse définitive.
Ross : Très bien, c’est verrouillé. Vous ne pouvez plus changer.
Paul McCartney : C’est verrouillé.
Ross : Et puisque nous parlons de souvenirs et des Beatles, cela nous mène à l’autre extrait que nous pourrions faire écouter. Vous l’avez mentionné plus tôt : Down South. C’est la chanson sur vous et George partant en stop. Vous avez une histoire assez drôle sur George qui se fait électrocuter.
George Harrison, le stop et la voiture du laitier
Paul McCartney : Oui. Nous faisions du stop depuis Chester. La chanson raconte à peu près notre itinéraire. Un camion nous avait pris pour nous emmener vers le pays de Galles. Nous cherchions ensuite un autre véhicule, et un petit milk float est arrivé : le véhicule du laitier, avec les bouteilles de lait à l’arrière. C’étaient des véhicules électriques, les premiers que nous avions vus.
Pendant longtemps, quand les voitures électriques ont commencé à devenir sérieuses, je pensais qu’elles roulaient toutes à environ six kilomètres à l’heure, comme ces petits véhicules de laitier. Ce n’est pas le cas : maintenant, elles filent à toute vitesse.
Nous avons donc obtenu un trajet avec ce laitier. George est monté, puis nous avons dû nous asseoir sur la batterie du véhicule, au milieu, près du conducteur. Nous roulions, nous discutions, tout allait bien. Puis soudain, George a bondi : “Whoa !” Il avait un jean avec une fermeture éclair sur une poche arrière. Cette fermeture avait connecté deux points de la batterie. Elle est devenue brûlante et l’a brûlé.
Plus tard, quand nous avons trouvé un endroit où dormir, il m’a montré la marque. C’était comme une brûlure en forme de fermeture éclair.
Le plus drôle, avec la mémoire, c’est que je parlais récemment avec Olivia Harrison, la femme de George. Elle m’a dit : “J’adore cette histoire où vous vous êtes brûlés, toi et George.” Je lui ai répondu : “Ce n’était pas moi, c’était George.” Les souvenirs se transforment légèrement. Dans son esprit, et probablement dans celui de George, c’était moi qui m’étais brûlé les fesses.
Ross : Je suppose que vous n’avez pas de marque.
Paul McCartney : Pas sur TikTok Live, en tout cas.
Ross : On écoute un extrait de Down South.
[Extrait musical : “Down South”]
Ross : Très bien. Nous parlons de guitares et de rock’n’roll. Je vais demander aux fans de choisir le troisième extrait que nous écouterons. Ceux qui nous regardent sur TikTok Live : préférez-vous entendre Come Inside ou Salesman Saint ? Dites-le-nous dans les commentaires, et nous le diffuserons plus tard.
Quand les fans entendent autre chose dans les paroles
Ross : Nous avons encore reçu des questions. Celle-ci vient d’Éloïse Marie : y a-t-il une chanson à laquelle les fans ont donné un sens différent de celui que vous aviez prévu ?
Paul McCartney : Oui. Les gens entendent parfois autre chose, et parfois j’aime même mieux leur erreur que la vraie parole. Avec Wings, nous avions une chanson appelée Hi, Hi, Hi, qui a été interdite par la BBC parce qu’elle était jugée trop suggestive.
Dans cette chanson, il y a une ligne. J’étais dans ma période de paroles un peu surréalistes, où les mots n’avaient pas besoin de signifier grand-chose. Je disais à la fille dans la chanson : “Allonge-toi sur le lit et prépare-toi pour mon polygone.” Qu’est-ce qu’un polygone ? Je n’en sais rien. C’est un truc mathématique. C’était juste une plaisanterie.
Mais certaines personnes ont commencé à entendre : “Prépare-toi pour mon body gun.” Je me suis dit que c’était peut-être mieux. Alors oui, elles ont transformé le polygone en body gun, mais je dois admettre que cela m’a plu.
Ross : C’est drôle. J’entends souvent mal les paroles, jusqu’à ce que je les voie écrites.
Paul McCartney : Oui. Elvis Costello m’a raconté que son ancien manager, Jake Riviera, pensait que le début de Strawberry Fields Forever — “Living is easy with eyes closed” — disait : “Living is easy with nice clothes.”
Ross : Ce n’est pas faux.
Paul McCartney : Ce n’est pas faux. C’est même assez joli.
Politique, Ringo et conseils à un jeune musicien
Ross : Danny fête son anniversaire aujourd’hui. On lui envoie beaucoup d’amour. Joyeux anniversaire, Danny. Question de Carla Mara : si vous étiez Premier ministre du Royaume-Uni, que voudriez-vous changer ?
Paul McCartney : C’est une grande question. J’aimerais essayer de faire fonctionner les choses efficacement, pour une fois. Les gens paient leurs impôts et versent de l’argent au gouvernement, et je ne suis pas sûr que ceux qui sont là sachent vraiment comment s’y prendre.
J’aimerais donc réunir un groupe de personnes pour tout revoir, afin que les gens aient une vie plus heureuse, que les systèmes fonctionnent mieux : les routes, les nids-de-poule, les impôts. Les gens devraient avoir le sentiment qu’ils peuvent gagner de l’argent et en garder davantage. Personnellement, je suis taxé à un taux élevé, et cela ne me dérange pas trop. J’estime que je rends quelque chose. Mais les gens qui n’ont pas beaucoup d’argent se font avoir. Il faudrait réparer cela. Il faudrait réparer le National Health Service et beaucoup d’autres choses.
Ross : Une question de The Real Kane : quand avez-vous parlé à Ringo pour la dernière fois ?
Paul McCartney : La semaine dernière. Nous nous appelons souvent en FaceTime. Il vit à Los Angeles, donc quand je suis en Angleterre, il a huit heures de décalage. C’est agréable de prendre des nouvelles de lui et de Barbara, sa femme, de voir ce qu’il fait.
Il connaît beaucoup de succès en ce moment avec sa musique country. Il a sorti un album — Look Up, je crois — et il est vraiment bon. C’est formidable.
Ross : Est-ce que vous feriez un jour de la country ?
Paul McCartney : Ringo est le gars country. Il l’a toujours été dans le groupe. Nous étions davantage rock’n’roll, mais lui a toujours été country. Il connaissait tous les bons chanteurs country et pouvait nous faire découvrir ce genre de choses. Son premier morceau chanté sur un album des Beatles était Act Naturally, qu’il connaissait grâce à cette culture country. Nous n’en savions jamais autant que lui. Je discute donc avec lui assez régulièrement. C’est un garçon adorable.
Ross : Question d’Enzo : quel conseil donneriez-vous à un Paul de vingt ans, après avoir fait cet album ? Ou à un Paul plus jeune, dans la vie ou dans la musique ?
Paul McCartney : Je ne sais pas vraiment. J’essaierais de lui dire de croire que tout est possible. Toutes les choses sont possibles. Quand vous choisissez quelque chose, appliquez-vous, travaillez-le. Mais si c’est de la musique, jouez-la.
Avec beaucoup de gens que j’ai connus, et avec moi-même, les Beatles ou Wings, il s’agissait surtout de le faire beaucoup. Plus vous le faites, meilleur vous devenez. Vous entrez davantage dans la chose, votre confiance grandit. Voilà le conseil que je donnerais à un Paul de vingt ans.
La naissance de Ram
Ross : Une jolie question de Jaket. Vous l’avez inspiré à devenir végétarien, et il voudrait savoir ce qui vous a inspiré pour faire l’album Ram.
Paul McCartney : Je vivais en Écosse à l’époque. Linda et moi étions partis là-bas pour échapper au monde des affaires dans lequel nous nous étions retrouvés, et qui n’était pas très sain. Il y avait un homme que nous n’aimions pas, qui dirigeait les choses, et nous pensions que c’était un escroc. Nous avons donc décidé de partir.
Quand on nous appelait pour nous dire qu’il y avait une réunion d’affaires à Londres le lendemain à 10 heures, nous pouvions répondre : “Désolés, nous ne sommes pas là.” C’était formidable.
Nous vivions donc en Écosse, dans une ferme avec des moutons. Je me suis intéressé à la tonte des moutons avec un ami, Duncan, qui travaillait pour nous. Lui savait vraiment le faire. Il utilisait des cisailles, pas des tondeuses électriques : des cisailles à l’ancienne. C’est une vraie compétence. Il m’a montré comment faire. Lui pouvait tondre environ cent moutons dans une journée. Moi, si j’en faisais dix, j’avais de la chance.
Quand j’ai cherché un titre pour l’album, le mot Ram m’est venu à l’esprit, parce que nous travaillions avec des moutons. J’aimais aussi le fait que le mot ait plusieurs sens : foncer, pousser, en plus de l’image de l’animal fort. Cela semblait fonctionner.
Oiseaux, chansons préférées et vocation manquée
Ross : Andrew the Derek King demande : quel est votre oiseau préféré ?
Paul McCartney : Le merle noir. Blackbird.
Ross : Pas très difficile à choisir.
Paul McCartney : Non.
Ross : Jamie demande : quelle est votre chanson préférée sur le nouvel album ?
Paul McCartney : C’est toujours difficile, parce que cela change. Je dirais que Days We Left Behind est l’une de mes grandes favorites. Mais il y en a une autre, Life Can Be Hard, qui est un peu plus surprenante. Ensuite, évidemment, je pense à Salesman Saint, parce qu’elle parle de mes parents. Puis à Mama Gets By, qui est une grande chose orchestrale différente. Mais si je dois répondre, ce serait probablement Days We Left Behind.
Ross : Sophia pose une question que quelqu’un d’autre a aussi envoyée : que pensez-vous que vous feriez si vous n’aviez jamais été célèbre ou si vous n’aviez jamais été dans les Beatles ?
Paul McCartney : Quand j’ai quitté l’école, il y avait toujours un conseiller d’orientation pour vous dire que vous n’étiez bon à rien et qu’il ne voyait pas d’avenir pour vous. Je n’avais pas très bien réussi mes examens, mais j’avais quelques qualifications. On m’a dit que je pourrais peut-être devenir professeur d’anglais.
Ross : Ah !
Paul McCartney : J’aurais donc pu être votre sympathique professeur d’anglais. J’aurais probablement aimé cela, parce que j’aimais cette matière. J’aimais la littérature anglaise. C’était donc ma solution de repli.
Ross : D’après les commentaires, je crois que nous avons choisi le dernier extrait : ce sera Come Inside. On l’écoute, puis on en parle.
[Extrait musical : “Come Inside”]
Ross : C’est un morceau assez rock.
Paul McCartney : Oui, un petit rocker.
Revenir dans le passé
Ross : Il y a encore beaucoup de questions, donc nous allons essayer d’en prendre quelques-unes avant de conclure. Celle-ci vient de Sheil : si vous pouviez revenir dans le temps — pas forcément à l’époque des Beatles, mais à n’importe quelle période — où iriez-vous ?
Paul McCartney : C’est une question un peu étrange, parce que les périodes auxquelles on pense semblent souvent romantiques, magnifiques, à la Dickens, mais en réalité, c’était probablement terrible. L’hygiène, tout ça… Donc je n’irais pas trop loin. Je retournerais simplement dans les années 50, en 1956, quand Elvis est arrivé.
Ross : Très bon choix.
Paul McCartney : C’est un peu plus propre.
Ross : Moins de peste.
Paul McCartney : Moins de peste, et moins de gens qui jettent des choses par les fenêtres.
Du vinyle à TikTok
Ross : Oscar demande : qu’est-ce que cela fait de voir votre musique passer de la radio, de la télévision, des clubs et du vinyle à Spotify et TikTok ? Vous avez traversé de nombreuses époques musicales. Comment vivez-vous cette évolution permanente ?
Paul McCartney : C’est formidable. J’adore ça. Nous avons commencé avec les 45-tours, puis les 33-tours, les albums vinyles. Ensuite il y a eu les cassettes, les CD, et maintenant le streaming. Pour moi, c’est très bien, parce que c’est une autre manière de faire connaître sa musique.
Je ne me soucie pas tellement de la façon dont les gens choisissent d’y accéder, tant qu’ils y accèdent. C’est tout ce qui m’intéresse.
Ross : Avant, les gens ne recevaient pas la musique partout au même moment. Même il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas le cas. Maintenant, la musique sort dans le monde entier le même jour. Cela devient quelque chose de beaucoup plus vaste.
Paul McCartney : Oui, c’est immense. Et c’est si simple. J’utilise Spotify. On cherche quelque chose, et le voilà. On peut écouter de la musique africaine, du rock’n’roll, tout ce qu’on veut. Toute la bibliothèque musicale est dans votre poche, dans votre main.
La musique qui traverse les générations
Ross : Je vais probablement poser encore trois questions. Celle-ci vient du Beatles Fan Club de Panama : après tant de décennies, que ressentez-vous en voyant l’importance que votre musique a toujours pour les fans du monde entier ?
Paul McCartney : C’est phénoménal. Vraiment phénoménal. Quand nous avons commencé, nous étions simplement des gamins, et le rock’n’roll arrivait tout juste. Nous pensions que, si nous avions de la chance, nous aurions deux ans. C’était à peu près la durée pendant laquelle les gens tenaient normalement. Ils ne pouvaient pas vraiment continuer beaucoup plus longtemps.
Nous pensions donc : peut-être cinq ans maximum. Puis cinq ans sont devenus dix. Et nous étions toujours là, la scène existait toujours. Puis c’est devenu vingt, trente ans, et maintenant cela continue encore. C’est une sensation magnifique de voir que la musique dont nous pensions qu’elle durerait seulement quelques années a tenu si longtemps.
Des gens viennent me voir et me disent : “Mes enfants adorent votre musique.” C’est quelque chose, parce qu’on ne peut pas endoctriner les enfants. Ils aiment ou ils n’aiment pas. Donc c’est une bonne chose. Je pense que les Beatles étaient le plus grand groupe de tous les temps. Je suis fan.
Ross : Je suis heureux de l’entendre.
Préserver la créativité
Ross : Cette question tombe très bien, puisque vous faites de la musique depuis un moment. Comment faites-vous pour préserver votre créativité et rester créatif ?
Paul McCartney : Je pense qu’il faut s’assurer de prendre des pauses et de se reposer de tout ce que l’on fait. J’ai eu une période très chargée en Amérique. J’ai fait Saturday Night Live, puis Stephen Colbert. C’était une semaine très dense. Ensuite, je suis rentré en Angleterre et j’ai passé du temps à la campagne.
C’est agréable, parce qu’on oublie qu’on est auteur-compositeur, artiste, ou quel que soit le mot que l’on veut employer. On redevient simplement soi-même. Après deux ou trois jours comme ça, je commence à avoir des fourmis dans les doigts. J’ai envie de jouer un peu de guitare ou de piano. Alors j’attends. Je ne me précipite pas. Je ne m’assois pas en me disant : “Il faut que je fasse ça.” J’attends le moment où j’ai assez de temps, où je me sens reposé. Et quelque chose arrive.
Ross : Si vous êtes créatif, cela ne disparaît jamais vraiment. Et parfois, il faut une pause pour être à nouveau inspiré.
Paul McCartney : Oui. C’est ce qui rend la chose plus agréable. Il ne faut pas essayer de le faire tout le temps. Il faut prendre une petite pause, quel que soit ce que vous faites, sinon cela devient ennuyeux. Et vous ne voulez pas vous ennuyer vous-même avec ce que vous faites. Vous voulez que cela reste frais.
Ross : Cette année seulement, il y a ce nouvel album, le projet Man on the Run… Vous faites toujours des choses très différentes. Cela doit être rafraîchissant de passer du film à la musique. Y a-t-il un projet que vous n’avez pas encore fait et que vous aimeriez tenter ? Un autre monde créatif dans lequel vous aimeriez plonger ?
Paul McCartney : Je ne crois pas. Il y a déjà tellement de choses en cours, dans différents médias, que je suis assez heureux comme ça. Je ne vois pas vraiment. Je pourrais penser à la peinture, parce que j’avais autrefois beaucoup de temps pour peindre. Je n’en ai plus beaucoup maintenant, parce qu’il y a beaucoup de musique.
Mais il se passe déjà énormément de choses, sans parler de la sortie d’un nouvel album. Il y a toujours quelque chose d’intéressant, et j’aime cela. Cela ne devient pas ennuyeux. Un jour, vous faites un sketch pour Saturday Night Live en Amérique, en prétendant être Nigel le mécanicien ; le lendemain, vous êtes à la ferme. Cette diversité aide vraiment.
Conclusion du live
Paul McCartney : Au fait, Ross, je trouve que tu as fait du très bon travail.
Ross : Merci. C’était justement notre dernière question. Il nous reste à dire au revoir à tout le monde sur TikTok Live et à rappeler ce qui arrive cette semaine avec un certain album.
Paul McCartney : Ross m’a aidé ici, il a fait un très bon travail. Et la réponse à ce qui arrive cette semaine, c’est Dungeon Lane. L’album s’appelle The Boys of Dungeon Lane. C’est mon nouvel album. Il contient plusieurs chansons, assez différentes les unes des autres. Je l’aime bien, alors j’espère que vous lui donnerez une écoute. Comment c’était, comme promo ?
Ross : Merci à tous. C’est la fin de notre TikTok Live.
Paul McCartney : Live amusant sur TikTok. Oui, monsieur.