Abandon

Publié le 28 mai 2026 par Eric Acouphene
un tout jeune hommeblancvoûté propretcouloir de la station La Motte Piquet Grenellegobelet de carton souillé au bout de sa main tenduefils petit frèreque fais-tu làavec ton sweat tes lunettestes cheveux courts d’étudiant sageoù sont les tiens que t’a-t-on faitqu’as-tu connupour passer ainsi les jours de ta jeunessevoûtécouloir de la station La Motte Piquet Grenellequelle main ne t’a-t-on pas tenduepour que tu tendes ainsi la tiennede quel sanctuaire t’a-t-on chasséde quelle patrie t’a-t-on banniquel droit t’a-t-on déniéde quel dû t’a-t-on spoliéquel regard a-t-on porté et quel regard n’a t on pas portésur ta frêle personnede quelles images t’a-t-on nourriquelles chansons t’a-t-on chantéquels mots t’a-t-on dit quels mots ne t’a-t-on pas dittoicroisé icidepuis des moisque ne puis jete bercerte redresserte recueillirque ne puis jet’emmener marcherport droittête relevéetout ce que je puislaisser tomber deux ou trois pièces dans ton gobelet de carton souillét’adresser un « bonne soirée »en retour de ce merci rabougri que tu me jettes assorti d’un regard défaitseras tu le fils prodigueau bout du couloir de la station La Motte Piquet Grenelle y aura-t-il une demeureou l’on tuera le veau grastoutes tes fautes effacéesou erreras-tu en ce couloirvoûtépour l’éternitéque nous dis-tude nos manquementsde nos insensibilitésque fais-tu làqu’avons nous faitpourquoi t’avons nous abandonné
Gilles Farcet
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