Pour Gorillaz, le concert est monté progressivement en puissance. On ne va pas se le cacher, le dernier "The Mountain" n’est quand même pas au niveau de leurs trois premiers albums "Gorillaz", "Demon Days" et "Plastic Beach", trois classiques du rock melting-pop du vingt-et-unième siècle, qui n’ont toujours pas pris une ride, ce qui ne semblait pourtant pas évident à leur sortie. C’est un des nombreux talents de Damon Albarn, celui de surfer sur l’ère du temps, tout en faisant une musique intemporelle. Un autre est celui de rassembler les cultures : qui actuellement peut se targuer d’inviter sur une même scène l’américaine Kara Jackson, la malienne Fatoumata Diawara, les rappeurs Bootie Brown (The Pharcyde) et Posdnuos (De La Soul) et le syrien Omar Souleymane ? Même si les chants des autres invités sur disque non présents sur scène sont enregistrés - une pensée pour le défunt et immortel Mark E. Smith dont l’image jeune est diffusée sur grand écran, le temps du percutant "Delirium" - les magnifiques effets visuels permettent d’emporter l’adhésion. Et finir avec leur plus grand tube "Clint Eastwood" dont l’essentiel n’est pas chanté in situ ne diminue en rien l’enthousiasme général. "The Mountain", c’est aussi un hommage à l’Inde et sa célèbre chanteuse Asha Boshle récemment disparue - "Brimful of Asha" de Cornershop sorti en 1997, c’était aussi pour elle - avec un musicien local parmi les nombreux intervenants. Albarn s’essaie au français et j’avoue n'avoir rien compris. Pas de message direct pour la Palestine cette fois-ci mais la musique de Gorillaz est une telle ode implicite, parfois naïve donc maladroite, à la fraternité, au mélange des cultures, à la bienveillance malgré les tenues militaires - la paix n'est-elle pas elle-même une guerre à mener ? -, que tout discours devient superflu. Change rien Damon et merci. Ce fut un grand show.
Pour enchainer après ça, il a bien fallu une pause. Pas de Dijon pour nous : la fameuse scène sous chapiteau et la musique insipide - à peine acceptable comme musique d’ambiance, désolé pour les fans - nous permettent de manger, enfin. Et ce fut enfin Little Simz sur la grande scène avec beaucoup moins de musiciens que Gorillaz : une troupe restreinte mais classe - mention spéciale au look terrible de la bassiste - et efficace. L’anglaise d’origine nigériane à l’improbable blouse d’écolière, est une vraie bête de scène et sa musique bien plus complexe que la soupe habituelle autotunée des rappeurs "mainstream", prend encore plus d’ampleur en live. Si j’avais un peu d’appréhension à assister à un concert de rap - vous savez que je ne suis pas vraiment un amateur du genre - j’ai vite été embarqué et pris plaisir à cette prestation enjouée et dynamique. La chanteuse se transforme même en DJ au beau milieu du set, histoire de réveiller davantage un public conquis mais malheureusement plus clairsemé que devant Gorillaz, horaire tardif oblige. Tant pis pour les couches tôt ou les lointains banlieusards, Little Simz fut pour moi une sacrée confirmation. Bref, si la prochaine édition est encore meilleure, on a déjà hâte d’être à We Love Green 2027.
PS : Désolé, je n'ai pas mis de vidéos de We Love Green mais d'autres prestations live de meilleure qualité visuelle et enregistrés de manière plus professionnelle pour le son, ce qui devrait davantage vous donner envie d'aller les voir live.