Matteo Ivan Rašić (Alfredo Germont), Juan Carlos Falcón (Gastone de Létorières),
Jennifer O'Loughlin (Violetta Valéry), choeur du théâtre.
Munich. Vingt-cinq ans après sa dernière production de La Traviata, à l'époque chantée en allemand, le Staatstheater am Gärtnerplatz redonne vie au chef-d’œuvre de Giuseppe Verdi dans une nouvelle mise en scène signée Isabel Ostermann, qui préside aux destinées du Théâtre d'État de Braunschweig, sa ville natale. Très attendue, la nouvelle production n'a pas vraiment répondu aux attentes sur le plan scénique, mais la musique et le chant ont fait oublier le décor endeuillé et lugubre et quelques-unes des curieuses trouvailles d'une mise en scène délibérément épurée. Isabel Ostermann a doublé le personnage de Violetta Valéry en la flanquant d'une petite fille tout de blanc vêtue, une jeune Violetta que les vicissitudes de l'existence vont conduire à la prostitution de haute volée, une situation moralement misérable qui n'est confortable qu'en apparence.Les décors de Stephan von Wedel où prévaut la couleur noire privilégient l’espace vide et les lignes austères. Le caisson de scène figure une grande salle dont la noirceur a la couleur de l'âme des richissimes parisiens qui entretiennent des courtisanes et passent leurs nuits à festoyer dans une triste ambiance de pompes funèbres qui préfigure dès l'ouverture la mort de Violetta Valéry, une demi-mondaine très prisée, atteinte de phtisie. Au cours d'une soirée libidineuse arrosée au champagne apparaissent aussi des paparazzi qui photographient Violetta sans vergogne. Un gros projecteur descend des cintres pour illuminer la demi-mondaine la plus courtisée de Paris. Plus loin descend un néon, une barre lumineuse dont la fonction nous a échappé.
Jennifer O'Loughlin (Violetta Valéry), Matija Meić (Giorgio Germont)
Les premières scènes dans le jardin de la villa à la campagne tranchent sur l'alarmante noirceur. Ce sont les quelques jours du bonheur du couple amoureux. Deux arbres, une pelouse synthétique et deux authentiques faons en peluche forcément immobiles agrémentent un décor d'un kitsch désolant. Alfredo a préparé un pique-nique que l'on distingue mal du parterre. Les époques se mêlent : les hommes de la première scène sont en frac, les femmes apparaissent en robes de bal noires aux jupes en forme de cloche dont le premier jupon est coloré, des robes qui rappellent l'époque de l'action et celle de la création de l'opéra ; pour les scènes à la campagne, les vêtements sont contemporains ; le projecteur, le néon, les appareils photo sont bien sûr anachroniques par rapport au temps de l'action, peut-être pour souligner que le commerce des jolies femmes est intemporel. Le troisième acte nous a paru scéniquement le plus réussi. Les feux de la scène totalement dépouillée concentrent leurs effets sur une Violetta confrontée aux affres de la solitude, épuisée, hagarde et chancelante, vêtue d'une robe blanche qu'une fleur de sang a souillée. L'extraordinaire travail de la maquilleuse ou du maquilleur est à l'aune du jeu théâtral sublime de Jennifer O'Loughlin et de son chant, d'une authenticité qui noue les gorges et fait couler les larmes.
Matteo Ivan Rašić (Alfredo Germont), Jennifer O'Loughlin (Violetta Valéry)
Violetta Valéry Jennifer O'LoughlinFlora Bervoix Anna TetruashviliAnnina Ann-Katrin NaiduAlfredo Germont Matteo Ivan RašićGiorgio Germont Matija MeićVicomte Gastone de Létorières Juan Carlos FalcónBaron Douphol Thomas McGowanMarquis d'Obigny Juho SténDocteur Grenvil Lukas Enoch LemckeGiuseppe Algin ÖzcanServante de Flora Aran MatsudaUn messager Robson Bueno Tavares
Chœur, figurants et figurants d'enfants du Staatstheater am GärtnerplatzOrchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz
Crédit photographique @ Anna Schnauss