Sur l’île

Publié le 16 juin 2026 par Adtraviata

Quatrième de couverture :

« Elle me raconte qu’elle rêvait d’un endroit sauvage, où les gens sont comme des fleurs des champs. Il faudrait que je lui dise qu’au printemps, quand on récupère la laine des moutons pour la filer, des brins flottent dans l’air comme des ailes de fées. »
  1938. Manod, dix-huit ans, vit sur une petite île battue par les tempêtes au large du pays de Galles avec sa sœur cadette et son père, pêcheur de homards. Elle rêve de partir sur le continent et de devenir institutrice. Un jour, une baleine s’échoue sur la plage et deux ethnologues débarquent d’Angleterre pour étudier le mode de vie et le folklore des habitants. Soudain, les rêves de Manod semblent réalisables. Un monde s’ouvre à elle.

Dans ce premier roman très réussi, Elizabeth O’Connor nous emmène le temps d’une automne sur une petite île imaginaire au large du Pays de Galles. La vie y est monotone, rythmée par les marées et les tempêtes, par la pêche, activité principale de la poignée d’habitants dont beaucoup sont partis sur le continent, en quête d’une vie meilleure. On est en 1938 et les rumeurs de guerre peinent à atteindre l’île, qui paraît éloignée géographiquement et socialement du reste du monde. Manod, 18 ans, y vit avec son père Tad, pêcheur de homards, et sa soeur Llinos, attachée à l’île et à sa soeur depuis la mort de leur mère, et qui ne parle que le gallois. Manod parle le gallois mais aussi l’anglais, appris à l’école en lisant la Bible. Cet automne-là, deux événements bouleversent la vie des îliens : une baleine s’échoue sur la plage et deux ethnologues d’Oxford débarquent pour étudier les habitants et leurs moeurs. La curiosité de Manod et sa connaissance de l’anglais la lient au travail des deux Anglais, qui l’emploient à des traductions et lui ouvrent un univers attrayant qui relance les rêves de la jeune fille de quitter l’île pour aller étudier en Angleterre. Elle raconte dans des chapitres courts la vie sur l’île, les observations de Joan et Edward sur l’île, leur romantisme idéalisé autour de ce territoire, leur mise en scène éloignée de la réalité des coutumes locales, leur utilisation des habitants pour forger leur vision.

Il ressort de ce livre un sentiment de nostalgie sur un art de vivre rude qui se perd et paraît en même temps si éloigné du bruit du monde, nostalgie sur les rêves de quitter ce mode vie, de l’amertume face à l’attitude des deux ethnologues, un sentiment aussi de soumission à la nature qui règle la vie des îliens au fil des saisons. Le tout est écrit dans un style sobre et sensoriel, qui nous lie à l’intimité de Manod et nous la rend particulièrement attachante.

« Je suis née sur l’île le 20 janvier 1920. Sur mon acte de naissance, il est écrit 30 janvier 1920 parce que mon père n’avait pas pu me déclarer avant au bureau d’état civil : à cause d’une grosse tempête d’hiver, aucun bateau ne pouvait sortir. Ma mère me racontait que, lorsqu’on avait enfin pu traverser, la plage était couverte de méduses, comme un chemin de glace argentée. Elle avait survécu à l’accouchement, grâce à Dieu, sinon personne n’aurait pu venir l’aider. »

« Une tempête est arrivée. Nuages noirs, chants d’oiseaux assourdissants, puis le silence. Les pièces sont remplies d’une nouvelle ombre, les araignées se sont réfugiées dans la maison. Le matin, Llinos et moi, on s’assied au pied du lit et on prie, les mains à plat sur le matelas. Tad enfile ses grandes bottes en caoutchouc et rejoint les autres hommes pour aider à faire marcher le phare. Je déteste ces bottes qui l’entraîneront au fond s’il tombe à l’eau. »

« Chacun des habitants de l’île possède une graine de sagesse, une affinité avec la terre. Comme si l’eau contenue dans leur corps s’était déversée pour créer la mer, tant elle leur est familière. »

« Personne ne sait nager sur l’île. Les hommes n’apprennent pas et les femmes non plus. La mer est dangereuse. Je suppose qu’on vit depuis trop longtemps avec ce danger. Les gens d’ici ont l’habitude de dire : Tomber à la mer, c’est tomber de la poêle dans la braise. Tu tombes à l’eau et à la grâce de Dieu. »

Elizabeth O’CONNOR, sur l’île, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Claire Desserrey, Le Livre de poche, 2025 (Editions Jean-Claude Lattès, 2024)

Une lecture pour le projet de Cléanthe Escapades en Europe, sur le thème des îles en ce mois de juin (désolée, je publie avec un jour de retard) et pour le Mois anglais. Et aussi pour le Book Trip en mer de Fanja !