Valérie Canat de Chizy est une poète que j’apprécie particulièrement et dont je suis régulièrement les publications, depuis plusieurs années.
J’ai déjà chroniqué ici quelques uns de ses livres, poésies en vers libres ou récits en proses.
Note pratique sur le livre
Genre : Poésie
Editeur : Jacques André éditeur
Année de publication : 2025
Nombre de pages : 56
Extrait de la Quatrième de couverture
Avec une grammaire différente, que l’on pourrait croire déstructurée, mais qui traduit si bien la réalité, chaque poème devient un voyage, au bout du monde ou en bas de chez elle, sans oublier cette terrible exploration au fond d’elle-même. Elle les retranscrit par de petites aquarelles qui racontent chacune une histoire, jolie ou dramatique, à la façon de ces cartes postales que nos aïeux recouvraient d’une fine écriture relatant brièvement de tout petits événements, de tendres rencontres, et tout ce qui marquera ou embellira nos vies.
Adam Katzmann
Mon avis
Le dernier livre de Valérie Canat de Chizy dont j’avais parlé ici, Après l’averse, publié en 2024 dans la collection Duo L des éditions de la Lune bleue, en duo avec Morgan Riet, explorait le thème des liens. Il m’a semblé que, de nouveau, dans ce livre-ci, la poète s’intéressait aux liens, et plus particulièrement à ses propres liens avec ses proches, aux relations interpersonnelles, qu’elles soient amicales, familiales, avec un collègue ou le voisinage, ou encore avec le petit chat qui partage sa vie. Dans ce recueil, plus que dans d’autres, Valérie Canat de Chizy nous ouvre les portes de son univers familier, de ses préoccupations, de l’alternance de ses joies et de ses peines. Elle nous laisse partager ses promenades à travers sa ville de Lyon, dans la campagne ou encore à Paris. Ce sont des poèmes sans titres, sans ponctuation, des vers libres qui présentent quelques enjambements et syncopes, un rythme qui entrecoupe et relie les significations, tout en préservant la fluidité d’ensemble. Dans ce recueil, la poète approfondit des thèmes personnels qu’elle avait déjà évoqués plus allusivement dans des recueils précédents, dévoilant une sensibilité aiguë, une conscience accrue, qui nous émeut et nous remue. Son regard est également ouvert sur les problèmes du vaste monde, qu’il s’agisse de guerres lointaines, de la pandémie, de la misère dans le métro.
Un très beau livre, qui sait happer le lecteur et créer une connivence avec lui. Je l’ai lu deux fois de suite et l’ai encore préféré la deuxième fois.
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Choix de deux Poèmes
(Page 12)
Je n’avais jamais tenu compte
de mon quartier des liens pouvant
s’y tisser je sortais de chez moi les
écoutilles fermées à l’intérieur de ma bulle
je croisais des gens qui n’étaient que
des silhouettes inconnues jamais je ne
disais bonjour mis à part au gardien
de l’immeuble or voilà un regard deux
regards trois regards m’ont happée
que faire de tout cela moi je ne sais pas
dire bonjour aux voisins de mon quartier
je ne les connais pas ce sont des inconnus
comment changer mes habitudes ouvrir
mes écoutilles petit à petit j’ose chercher
les yeux tisser un lien par-delà la limite
de la bulle la peur du regard d’autrui
ne pas savoir y faire
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(Page 34)
Je la voyais de loin la guerre
drapeau bleu ciel et jaune
myosotis pas de mots pour
en parler juste une menace
invisible sont venues les
images de saccage de boue
lui l’homme encore à vélo
fauché en pleine course cet
autre avec sa parka beige
et ses baskets allongé sur
le sol j’ai vu cette femme
pleurer son mari tué dans
une cave sont-ce des mots
à écrire dans un poème
ils disent l’envers du décor
nient l’idée même de poésie
l’autre jour au cours de cette
exposition une œuvre
représentant un oiseau
et en-dessous écrit
« Je désire la paix »
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