« Un Poète » de Simon Mesa Soto (cinéma)

Par Etcetera

Il me semble n’avoir jamais vu de film colombien avant celui-ci, mais le titre m’a tout naturellement attirée. Le fait qu’il ait été présenté à Cannes était également de bon augure : il a reçu le prix du jury de la section Un certain regard lors de ce festival.
Cette chronique entre dans le cadre du Printemps des Artistes puisque le héros est un poète évoluant dans le milieu poétique colombien. La poésie – ses échecs, ses succès, ses vicissitudes – en est le thème principal.

Note technique sur le film

Nationalité : Colombienne
Date de sortie en salles : (France) automne 2025
Couleur, Version espagnole sous-titrée
Distribution : Ubeimar Rios (Oscar Restrepo), Rebeca Andrade (Yurlady), Allison Correa (Daniela)
Durée : 120 minutes

Mon avis

C’est un film très réjouissant, drôle et caustique : à la fois une satire du milieu poétique, le portrait d’un homme bourré de défauts mais doté d’un bon cœur et, aussi, une présentation de la société colombienne, dans ses réalités sociales et culturelles.
On pourrait peut-être reprocher au film de donner une image stéréotypée du poète : inadapté, fantasque, alcoolique, capricieux, peu conscient de ses responsabilités… mais on pourra rétorquer que nombre de stéréotypes ont, dans quelques cas, un fond de vérité et notamment celui-là.
Une idée intéressante du film est que le talent ne germe pas forcément sur la volonté. En effet, Oscar, notre héros, est dévoré par le désir de devenir un grand poète reconnu mais il n’y parvient pas, malgré tous ses efforts, tandis que la jeune fille, Yurlady, n’a aucun désir de devenir poète (elle rêve de travailler plus tard comme maquilleuse ou coiffeuse) mais elle est cependant une grande poète, de façon naturelle pourrait-on dire, simplement parce qu’elle aime « noter ce qu’elle ressent », sans autre ambition. Et c’est une grande ironie du sort si la jeune fille semble pouvoir récolter tous les honneurs, dans une complète indifférence de sa part, tandis qu’Oscar court après une reconnaissance qui lui est obstinément refusée.
Les relations compliquées d’Oscar avec sa fille (il l’aime énormément mais elle a pitié de lui et ne veut pas le voir trop souvent) sont le fil conducteur de l’histoire. On peut penser qu’Oscar se met tout à coup à aider Yurlady et la prend sous son aile parce que, précisément, il cherche une sorte de compensation affective ou qu’il identifie plus ou moins cette jeune poète talentueuse à sa fille du même âge. Peut-être aussi que, comprenant qu’il a lui-même échoué en poésie, il voit dans cette jeune fille l’occasion d’un succès, par une voie indirecte.
Les membres dirigeants de la maison de la poésie, organisateurs de prix et distribuant des bourses, sont présentés comme opportunistes, hypocrites, irresponsables. Ils surfent sur la mode woke pour orienter la poésie vers des voies victimaires douteuses : poésie féministe, poésie des minorités ethniques, poésie des classes défavorisées, avec le calcul d’attirer un large public, dans un souci de pur marketing, qu’il y ait ou non de la sincérité dans ces écrits.
J’étais étonnée qu’une telle situation existe en Colombie, ce qui tendrait à prouver qu’elle est largement répandue, même en dehors de l’Occident.
Les scènes à propos des accusations d’agression sexuelle, qui touchent notre pauvre héros poète, m’ont paru un peu moins réussies que le reste, on n’y croit pas tellement et cela s’éternise un chouïa – ce n’est pas cet épisode dont on se souvient, à la sortie de la séance ou les jours suivants.
Un bon film, d’un comique pour le moins pessimiste, d’un caractère réaliste plutôt que poétique – bien que parlant de poètes. Un film qui m’a amusée et intéressée !

** 

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