La Toscane, a cette époque, est un secteur en ébullition, une sorte de foyer d'agitation. Les conditions de travail sont misérables, les bas salaires et l'absence de droits poussent Bresci vers l'anarchisme. Ses activités politiques et sa participation à des grèves attirent rapidement l'attention des autorités italiennes. Classé alors comme "subversif" il ne le sera jamais assez pour prévenir avec succès ce qui finira par arriver. Il subit quelques périodes d'arrestations, et d'exil intérieur, ce qui renforce sa rancoeur face à l'État. L'exil intérieur désigne la situation d'une personne contrainte de vivre isolée, ostracisée, dans une région éloignée, ou sous surveillance stricte au sein de son propre pays, plutôt que d'être bannie à l'étranger.
À Paterson, Bresci mène une vie en apparence tranquille. Il épouse Sophie Kniel, une immigrée aussi, mais d'origine irlandaise, avec laquelle il a une fille. Ses employeurs le décrivent comme un ouvrier sobre, rigoureux et sans histoires. Pourtant, son engagement politique reste total. Il investit son temps libre et ses maigres économies dans l'action militante. Il devient l'un des fondateurs et des principaux soutiens financiers du journal anarchiste de langue italienne La Questione Sociale. C'est dans ce milieu qu'il côtoie de grandes figures du mouvement libertaire, comme Errico Malatesta.
Le général
Le général ordonne de tirer au canon et au fusil sur la foule désarmée pour un message clair. Ce carnage reste dans l'histoire de l'Italie connu sous le nom de massacre de Bava Beccaris ou de Fatti di Maggio. Il fera plus de 100 mort(e)s et plus de 100 blessé(e)s. Au lieu de condamner ce geste impulsif mal réfléchi, le roi Umberto choisit de personnellement décorer et récompenser son général d'avoir maté la révolte en cours. Il le fait très publiquement et le décore de la Grande Croix de l'Ordre de Savoie pour avoir "sauvé l'ordre public".Le roi
Pour Bresci, c'est un outrage majeur. Une honte. Une hérésie. Il reste profondément attaché à son pays natal et cette décoration royale est une insulte insupportable envers le peuple opprimé. Dès lors, il considère le roi Umberto comme personnellement responsable du massacre et choisit de vouloir l'exécuter.En mai 1900, Bresci réclame brusquement le remboursement d'un prêt de 150$ (autour de 5950$ de nos jours) qu'il avait accordé au journal La Questione Sociale. Sans dévoiler ses intentions réelles à ses camarades.. Il achète en secret un revolver et s'embarque pour l'Europe.
Arrivé en Italie, il étudie le quotidien du roi et le suit quelques jours. Attendant son moment. Il suit discrètement les déplacements du souverain, déjouant les regards amateurs de la sécurité de son entourage qui ne le remarque en rien. L'occasion se présente le dimanche 29 juillet 1900, à Monza.
Umberto assiste à une compétition d'athlétisme. Vers 22h, il se lève pour saluer la foule. Gaetano Bresci saisi son moment. Il s'en approche et lui tire 4 balles de son revolver, dont une qui le touche gravement au thorax et une autre, fatalement au cou. Immédiatement arrêté par les forces de l'ordre, Bresci est battu par la foule en délire. Il déclare quand même calmement, peut-être avec un peu moins de dents, qu'il n'a pas tué un homme, mais un principe. Celui de la tyrannie.
En cour, il revendique pleinement son acte disant qu'il a agi seul, pour venger les victimes de Milan. L'Italie vient tout juste d'abolir la peine de mort, 11 ans, avant. Mais voilà un fier candidat. Il est condamné à la peine maximale: les travaux forcés à perpétuité, assortis d'une longue période d'isolement cellulaire strict.
Le 22 mai 1901, on le retrouve pendu dans sa cellule. Moins d'un an après le début de son incarcération. Le "suicide" aura ce parfum Epstein puisque les gardiens l'avaient souvent battu afin de venger le roi. Peut-être cette fois, pour la dernière fois. À 31 ans.
Maquillée.
Le geste de Bresci a une portée internationale et s'inscrit dans une période ensuite baptisée "propagande par le fait". Une stratégie prônée par une frange du mouvement anarchiste mondial consistant à commettre des attentats ciblés contre des dirigeants pour éveiller les consciences. Son action inspire entre autre Leon Czolgosz, anarchiste Étatsunien qui assassinera le 25e président des États-Unis William McKinley, le 14 septembre suivant. Cédant sa place d'urgence à un certain Théodore Roosevelt, qui revient d'urgence (à cheval!) à Buffalo où McKinley meurt à 58 ans, où il prête serment l'après-midi même. En costume plus ou moins formels.
Si la presse bourgeoise le décrit comme un fanatique fou furieux, Gaetano Bresci est perçu comme un héros pour de nombreux militants libertaires et républicains, symbole du sacrifice individuel contre l'arbitraire et la violence de l'État.