Trois poèmes de Valérie Rouzeau

Par Etcetera

J’avais déjà lu deux livres de la poète Valérie Rouzeau (née en 1967) : « Pas revoir » (suivi de « Neige rien« ) ainsi que « Va où« . J’ai acheté récemment celui-ci, « Vrouz« , qui date des années 2010 et qui nous propose des poèmes de quatorze vers, sortes de sonnets modernes qui ne riment presque jamais, dont la métrique n’est pas souvent régulière et qui ont des hémistiches très souples… mais il ne faut pas s’attacher à ce genre de détails, l’essentiel étant l’expressivité et l’originalité des textes, ce qui est le cas.
Aparté en forme de parenthèse personnelle : Je trouve que le respect des règles strictes de prosodie est aujourd’hui une chose surannée et que l’on ne devrait pas être plus regardant, par exemple, avec les haïkus français contemporains qu’avec ces sortes de « sonnets » libérés, auxquels nul ne trouverait jamais à redire, avec raison.
Le titre « Vrouz » est une abréviation des prénom et nom de la poète, plaçant le recueil sous le signe de l’autobiographie, des sujets très personnels, et nous orientant vers une humeur facétieuse, ludique, peut-être un peu enfantine. De fait, la poète transforme les menus événements du quotidien, même les plus prosaïques, en rythmes et en jeux de mots savoureux. Ses textes sur l’enfance m’ont particulièrement plu et réjouie. Ceux qui évoquent la mort d’amis m’ont également touchée, dans un registre opposé.

Présentation de l’éditeur

Avec Vrouz, Valérie Rouzeau, voilà quelque quatorze ans, se frottait au sonnet pour la première fois. Du crépitement de ses vers très libres jaillit une tristesse allègre ou une drôlerie rêveuse. Elle se tient au cœur du monde, en même temps qu’à sa marge. Sa vie chahute entre les lignes. Elle dit le plafond qui grince, le jeune homme pâle dans le métro, la visite chez le gynéco, les nuits blanches et les nuits noires. Elle s’empare du quotidien et fait violon de tout bois.
(Source : Site internet de l’éditeur)

Note pratique sur le livre

Éditeur : la table ronde, collection petite vermillon
Année de publication : 2012, réédition en 2025
Nombre de pages : 170

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(Page 11)

Bonne qu’à ça ou rien
Je ne sais pas nager pas danser pas conduire
De voiture même petite
Pas coudre pas compter pas me battre pas baiser
Je ne sais pas non plus manger ni cuisiner
(Vais me faire cuire un œuf)
Quant à boire c’est déboires
Mourir impossible présentement
Incapable de jouer ni flûte ni violon dingue
De me coiffer pétard de revendre la mèche
De converser longtemps
De poireauter beaucoup d’attendre un seul enfant
Pas fichue d’interrompre la rumeur qui se prend
Dans mes feuilles de saison.

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(Page 45)

À grosses joues pétantes bébé joueur
Joufflu à faire joujou toujours
Bien le bonjour bouille jouissive j’ouvre
Comme à de la joie sapajou
Bouille toute de bouillie barbouillée
S’ajoute s’ajuste à une gaîté
De lumière brute sans abat-jour
Loin des bajoues nonagénaires
On en pince pour le rebondi
Des fesses des petites pommes pommettes
Avec parfois deux trous fossettes
Petites fosses l’enfant a paru
Rond presque lunaire ingénu
Mouchoirs bouilloires eau pure alarme

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(Page 121)

On me demande de rédiger une note de frais
Et moi je pense au fond de l’air
Je sonde ma personne facture donc
Ma crève et mon temps de parole
Tant de paroles pour une intro
Vertie comme moi il faut tenir
Vertie convertie à mourir
De trac de trouille tracasserie
À sonner mots justes et injustes
Palabres graves ou devinettes
Sornettes voire onomatopées
Le palpitant au maximum
Du nombre de ses coups minute
Boum j’ai écrit et j’ai signé ma note de frais.

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