Des micro-organismes terrestres, dont des pathogènes humains comme Klebsiella pneumoniae, survivent à des conditions spatiales simulées, reproduisant les conditions sur Mars, sur la Lune ou encore Jupiter et Saturne. Les cellules immunitaires humaines répondent moins efficacement à ces pathogènes ayant subi ce voyage, révèle également, la thèse d’un chercheur de l’Université Radboudumc (Nimègue, Pays-Bas), développée en collaboration avec le German Aerospace Center (DLR). Des conclusions ayant des implications pour la santé des astronautes, pour la vie extra-terrestre mais qui ouvrent aussi des perspectives sur le vieillissement immunitaire sur Terre.
Si les missions spatiales se sont longtemps préoccupées du risque de ramener des dangers extraterrestres sur Terre, la question inverse ne doit pas être négligée. Les premières missions sur la Lune ont aussi laissé leurs déchets biologiques terrestres sur la Lune, et les protocoles de stérilisation des sondes spatiales des années 1970 étaient bien moins rigoureux qu’aujourd’hui.
Mars présente des conditions potentiellement favorables à la survie microbienne :
des preuves d’anciennes sources hydrothermales de la présence d’acides aminés et de composés carbonés ont été retrouvées et les températures atteignent localement 20°C dans certaines zones. De plus, on sait aujourd’hui que les astronautes font face à un déclin immunitaire dans l’espace dû au manque de rythme circadien, à une alimentation dégradée, à des perturbations intestinales, aux dommages ADN liés aux radiations, à l’isolement social et au confinement.
L’auteur de cette thèse, Tommaso Zaccaria, chercheur au Radboudumc, explique : « Il y a des preuves que des sources chaudes ont existé sur Mars, et que des acides aminés et des composés carbonés sont également présents. Dans certains endroits, les températures peuvent être favorables à cette vie biologique ».
Le chercheur ajoute, que : « au-delà de l’âge biologique et chronologique, nous voyons
de plus en plus de preuves d’un âge immunologique,
avec de grandes différences entre les individus. La recherche spatiale fournit progressivement des indices que nous pourrions traduire en bénéfices pour les patients sur Terre ».
L’étude a consisté à exposer des micro-organismes d’environnements extrêmes terrestres, volcans et Antarctique, ainsi que des pathogènes humains connus, à des conditions simulées de l’espace, hautes doses de radiations, déshydratation et congélation. Des expériences avec des poussières simulant les surfaces lunaire et martienne ont permis de compléter l’analyse. Ces travaux révèlent que :
- de nombreux micro-organismes issus d’environnements extrêmes terrestres survivent aux conditions spatiales simulées ;
- les levures affichent les meilleures performances de survie via l’activation de mécanismes de réparation de l’ADN et de protection cellulaire ;
- des pathogènes humains comme Klebsiella pneumoniae survivent à un voyage simulé vers Mars, en réduisant leur taille ;
- les cellules immunitaires humaines répondent moins efficacement à ces pathogènes rétrécis après exposition aux conditions martiennes simulées ;
- la poussière simulant la surface lunaire et, dans une moindre mesure martienne, endommage la couche protectrice des poumons et provoque des infections, contrairement au sable terrestre ;
- enfin, ces observations sur une immunosuppression des astronautes ouvrent une perspective sur le vieillissement immunitaire en médecine terrestre, avec de grandes variations interindividuelles de cet âge immunologique.
Quelles implications ? Ces résultats ont des implications directes pour la conception des protocoles de santé dans les missions spatiales longue durée, notamment vers Mars, et pour la sélection et le suivi médical des astronautes.
Mais ils ouvrent également une fenêtre sur la biologie du vieillissement immunitaire applicable à la médecine terrestre.
Source : Thèse de doctorat de Tommaso Zaccaria, Radboud University Medical Center (Radboudumc), Nimègue, Pays-Bas, juin 2026, en collaboration avec le German Aerospace Center (DLR) Pathogens survive conditions on extraterrestrial locations
Équipe de rédaction Santélog Juin 21, 2026Admin