« Nouvelles nocturnes » de Bernard Quiriny

Par Etcetera

Il y a quelques mois, comme je discutais avec le poète et écrivain Thierry Roquet, il m’a parlé des nouvelles de Bernard Quiriny, ce qui m’a donné envie de découvrir cet écrivain belge. J’ai donc acheté son tout dernier livre, paru en 2025, « Nouvelles nocturnes« , qui en rassemble 25.

Note pratique sur le livre

Editeur : Rivages
Année de publication : 2025
Genre : Recueil de vingt-cinq nouvelles
Nombre de pages : 224

Note biographique sur l’auteur

Né en Belgique en 1978, auteur de romans, Bernard Quiriny est également un maître de la nouvelle dont il renouvelle le genre, entre fantastique et humour noir. Il a notamment publié L’angoisse de la première phrase, Contes carnivores (prix Victor Rossel), Une collection très particulière (Grand Prix de l’imaginaire), Histoires assassines et Vies conjugales.
(Source : éditeur)

Quatrième de Couverture (extrait)

Tout le monde devrait avoir le droit de vivre dans une nouvelle de Bernard Quiriny. Un univers imprévisible et loufoque, peuplé de personnages étonnants : un suicidaire immortel, un garçon qui se dédouble la nuit, un brillant étudiant qui prépare une thèse sur rien, un Sherlock Holmes interlope… Mais aussi des maisons hantées, des musées farfelus, des coutumes locales improbables, des cadavres à la dérive. 

Mon Avis

Selon la quatrième de couverture « tout le monde devrait avoir le droit de vivre dans une nouvelle de Bernard Quiriny » mais, pour ma part, c’est un univers que je trouve plutôt cauchemardesque et qu’il ne me plairait pas du tout de côtoyer en dehors de la littérature. Cela n’empêche pas, bien sûr, que j’aie pu apprécier certaines de ces nouvelles, que cet humour noir et ces situations cruelles m’aient tenue bien en éveil, l’attention aiguisée par la curiosité, en me demandant comment ces histoires bizarres pouvaient bien se terminer. Il m’a semblé déceler, dans trois ou quatre de ces nouvelles, une critique acerbe de nos sociétés : ainsi, les médias sont brocardés dans « Trompe-la-mort« , l’université et ses prestigieux diplômes sont tournés en dérision dans « Le gai savoir« , l’esprit corporatiste et clanique des professions culturelles est moqué dans « Les Gendrault« , et on peut voir dans « Le barrage sur la Rustule » une critique à peine voilée des grandes entreprises occidentales dépourvues d’éthique. J’ai été sensible à certaines histoires, peut-être plus absurdes ou plus franchement marquées par le fantastique, auxquelles on ne cherche pas d’explication, comme « L’injoignable » ou « Hamelin » qui explore les mondes parallèles. Une série de petites proses intitulée « Amusants musées » passe en revue diverses sortes de musées loufoques et étranges inventés par l’auteur, qui sont très agréables et parfois poétiques (musée de la pluie, de la solitude, des gardiens,…). Les nouvelles plus sanglantes, où il est question d’assassinats et/ou de boucherie (« Le Puits« , « Flambeaux dans la nuit« ), peuvent évoquer vaguement des films comme « Delicatessen » ou « L’auberge rouge » et je dois reconnaître que ce genre d’histoire n’est pas ma tasse de thé, quoiqu’il puisse certainement plaire à d’autres lecteurs. Dans la série de trois textes sur les « Professeurs« , que j’ai bien aimée, on s’éloigne du fantastique ou de l’irrationnel pour entrer dans un monde plus proche de notre réalité quotidienne et plausible, même si ces trois professeurs ne manquent pas d’originalité et de personnalité. La nouvelle ironique sur Sherlock Holmes m’a semblé bien imaginée, sympathique, mais elle ressemble un peu trop à une plaisanterie à mon goût.
Vous l’aurez compris, ce sont de bonnes nouvelles, où chacun trouvera ses préférences selon ses goûts.
Si j’ai apprécié le côté divertissant et imaginatif du livre, qui m’a bien changé les idées et fait sourire plusieurs fois, je dirais cependant qu’il ne m’a pas tellement émue, mais ce n’est sans doute pas le registre de l’auteur. 

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Deux Extraits

(Pages 20-21)
Dans la nouvelle « Trompe-la-mort« 

Sorti de son bain, il passa une soirée normale. Il dormit bien, et se réveilla en pleine forme, malgré la quantité de sang qu’il avait perdue. Il prit tout de même rendez-vous chez son médecin, par acquit de conscience.
Le docteur Mendes le reçut à onze heures. Il écouta ses explications et blêmit quand Lelong exhiba ses plaies, toujours à vif.
– Combien de temps avez-vous passé dans votre baignoire ?
– Une heure, je dirais.
Le docteur le fit déshabiller et l’ausculta. Lui qui d’ordinaire était si gai, prenant tout à la plaisanterie («un petit cancer de rien du tout, vous verrez »), avait pour une fois l’air soucieux.
Il fit monter Lelong sur la balance. Soixante kilos, contre soixante-cinq habituellement.
– Et vous dites que vous vous sentez bien ? demanda-t-il.
– Tout à fait bien.
– Des vertiges ?
– Non.
– Somnolences, céphalées ?
– Rien. J’ai bien dormi. Et j’ai mangé deux croissants.
Le docteur le considéra un moment. L’éclat du teint de Lelong, l’énergie qu’il dégageait n’étaient pas normaux, compte tenu des circonstances. Mendes l’expédia à l’hôpital, pour des examens. Il l’y ferait conduire en ambulance. Lelong aurait préféré marcher, mais Mendes avait déjà décroché son téléphone.
– C’est qu’en théorie, voyez-vous, vous êtes mort.

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(Page 75)
Dans la nouvelle « Amusants musées« 

Musée des gardiens. Ce musée ne comporte qu’un tableau dans chaque salle, surveillé par au moins dix gardiens, comme si les tableaux étaient exceptionnellement précieux, et le risque de vol très élevé. Certains spectateurs comprennent que c’est un musée à l’envers : les œuvres sont les gardiens, mis sous la surveillance d’un tableau discret qui patiente sur son mur en attendant la pause.

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