Le ski de montagne féminin prend de la hauteur

Publié le 11 juin 2026 par Liliouns @Ski_Libre

Début mai 2026, vingt femmes se retrouvent dans les Alpes de Lyngen, en Norvège. Pas pour une séance photo. Pour skier des couloirs, parcourir le terrain varié norvégien, et parler sérieusement de ce que c’est d’être une femme dans le monde du ski de montagne. C’est l’événement Amplify, organisé par Sister Summit, une association à but non lucratif fondée par deux skieuses américaines.

Le nom de l’événement n’est pas anodin. Amplifier signifie faire entendre ce qui existe déjà, mais reste inaudible. C’est exactement ce que tente de faire Sister Summit depuis sa création.

Un collectif, pas un camp de communication

Sister Summit, c’est trois types d’événements selon le niveau. Symposium pour le grand public, mais aussi un cercle pour les pratiquantes amateurs avec une vision. Amplify, le plus engagé, pour les athlètes professionnelles qui veulent aller plus loin, techniquement et humainement.

À l’origine, Sister Summit est clairement porté par des athlètes nord‑américaines et s’est structuré autour d’événements au Canada (à Revelstoke notamment). Mais très vite, l’initiative a pris une dimension internationale assumée.

Dans les Alpes de Lyngen, le groupe réunissait ce printemps des guides de haute montagne, des skieuses professionnelles, une psychologue du sport, une spécialiste en nutrition. Les ateliers couvraient la sécurité avalanche, le sauvetage en crevasse, et l’équipement en terrain engagé, autrement dit : les fondamentaux du ski de montagne. 

Le fond du problème : une industrie encore masculine

Lexi Dupont, fondatrice du mouvement, l’a dit sans détour lors d’un panel de discussion : les marques mettaient les femmes en compétition pour un seul poste sur les équipes. Une seule place, comme si l’espace était limité. Résultat : isolement, méfiance, frein à la progression collective.

Ce n’est pas une observation anecdotique. Sister Summit mène actuellement une étude de fond qui est en cours de rédaction, sur les inégalités de genre dans l’industrie du ski et du outdoor.

Le constat de terrain est connu des pratiquantes expérimentées : les femmes qui évoluent en ski de rando et en freeride engagé sont souvent invisibilisées dans les médias spécialisés, y compris francophones. Les sorties à haut niveau existent. La couverture, moins.

Lyngen comme terrain, pas comme décor

Les Alpes de Lyngen ne sont pas choisies par hasard. Terrain alpin, pentes raides, crevasses sur certains secteurs glaciaires, neige de printemps transformée. C’est un terrain de jeu sérieux, pas une toile de fond Instagram.

Le groupe s’est confronté à des conditions typiquement norvégiennes avec du temps tempétueux, des éclaircies au sommet, des couloirs à skier et du ski de rando plus classique, dans des conditions très variées, bref typique des alpes Lyngen. L’idée était de pouvoir se rassembler tout en pouvant échanger sur l’évolution de la pratique féminine dans le monde de la montagne et leur rapport avec l’industrie du ski pour les athlètes professionnelles.

crédit : Aurelie Morrison Gonin

Ce que cela change, ou pas

Sister Summit revendique un impact réel sur la progression des athlètes et sur la dynamique du milieu. Les formats existent, la communauté grandit, les sponsors commencent à entendre le discours.

Mais une semaine en Norvège ne restructure pas une industrie. La question de fond reste entière : le ski de montagne expert féminin dispose-t-il, en France et en Europe, d’une visibilité proportionnelle à son niveau réel ?

Les guides de haute montagne femmes existent. Les skieuses qui enchaînent les 4000 à ski existent. Les couloirs nord exposés l’hiver existent. Ce qui manque, ce sont souvent les récits.

Et en France ? 

En France, le sujet n’est pas vierge non plus. Il avance, parfois de manière plus discrète, mais avec les mêmes ressorts. Femmes en montagnes, d’abord, qui s’est imposée à Annecy comme une plateforme hybride entre festival et réseau, avec cette idée simple : remettre des images et des récits féminins là où ils manquent.

Dans un registre plus terrain, Girls to the Top continue d’emmener des groupes en ski de rando, en alpi ou en escalade, avec une approche très directe : progresser entre femmes pour gagner en autonomie et en légitimité. Dans la trame du projet Sister Summit de l’autre coté de l’atlantique, on peut aussi citer Mountain Sisters, plus récent et moins exposé médiatiquement, mais intéressant dans son positionnement. Là où d’autres mettent l’accent sur la pratique ou la progression technique, le collectif travaille davantage sur la mise en lumière : rendre visibles les parcours, les compétences et les projets portés par des femmes en montagne. Réseautage, échanges, prises de parole… l’objectif est clair : donner du poids à des trajectoires encore trop peu entendues, et créer des ponts entre celles qui font la montagne au quotidien : guides, professionnelles, pratiquantes engagées,  sans forcément passer par le filtre habituel des médias ou des marques.

Et puis il y a toute la structure fédérale, moins visible mais essentielle, avec les groupes féminins de la FFCAM qui forment, saison après saison, des cordées entières capables de tracer, d’ouvrir et de décider. Trois approches différentes, mais un même point commun : créer des espaces où la pratique ne se justifie pas, elle s’exprime.

Reste, comme souvent, à faire remonter ces histoires à la surface.

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