Au mois d’avril dernier, une chronique de Prince Ecran Noir du blog Le Tour d’Ecran avait attiré mon attention sur ce nouveau film du réalisateur américain Gus Van Sant (né en 1952), actif depuis la fin des années 80 et qui s’est particulièrement illustré avec des œuvres comme Elephant (2003, Palme d’or à Cannes), Will hunting (1997), Prête à tout (1995), ou encore Gerry (2002).
Vous pouvez retrouver l’article de Prince Ecran Noir ici.
Note technique sur le film
Nationalité : américaine
Date de sortie en salles : janvier 2026 (Etats-Unis) ;
Thriller, Film noir
Acteurs : Bill Skarsgard (Tony Kritisis, le kidnappeur) ; Dacre Montgomery (Richard Hall, l’otage) ; Al Pacino (M.L. Hall, le père de l’otage) ; Colman Domingo (Fred Temple, l’animateur de radio)
Durée : 1h45
Résumé du début de l’histoire
Cette histoire est inspirée d’un fait divers réel, qui s’était produit en février 1977 à Indianapolis. Tony Kritisis, ruiné par le prêteur sur gages M. L. Hall, décide de prendre en otage le fils de cet homme, Richard (Dick) Hall, et le ramène chez lui, sous la menace d’un fusil attaché à son cou. Il réclame cinq millions de dollars et des excuses publiques de la part de M. L. Hall. Des pourparlers s’engagent entre le ravisseur et la police. Très rapidement, les journalistes se montrent également fort intéressés par cette affaire.
Mon avis
La reconstitution des années soixante-dix est ici très convaincante, très soignée, jusqu’au moindre détail. Vêtements, coiffures, voitures de police, ustensiles divers, téléphones, postes de télévision, etc. La musique est également fidèle à l’ambiance très soul de ces années, avec des chansons de Donna Summer, Barry White, Roberta Flack, … sans oublier la musique punk, dont nous n’aurons que quelques secondes d’écoute car cela ne semble pas être la tasse de thé des personnages. Les couleurs, souvent beigeâtres ou verdâtres, des images m’ont paru refléter les archives des seventies ou rappeler les vieux feuilletons diffusés en ce temps.
L’histoire en elle-même, à travers un fait divers somme toute assez banal, pose certaines questions pertinentes : peut-on se faire justice soi-même ? la violence est-elle légitime pour faire respecter son droit ? La frontière entre le bien et le mal n’est-elle pas plus poreuse qu’on ne le croit ?
En effet, dans le face à face entre les deux hommes – le preneur d’otage et le kidnappé – le rôle de victime et celui de malfaiteur semblent souvent intervertis – tout du moins, le doute s’insinue plusieurs fois dans l’esprit du spectateur.
Le syndrome de Stockholm est cité dans le film et, en effet, il y a parfois quelque sympathie apparente du kidnappé pour son ravisseur. Symétriquement, Tony semble quelquefois prendre en pitié sa victime, vouloir être gentil avec lui pendant de brèves périodes. Les deux hommes se font des confidences sur l’enfance difficile qu’ils ont vécue : bien que Tony soit issu d’un milieu défavorisé et que Richard (surnommé Dick) soit au contraire d’un milieu riche, ils ont ce point communs d’avoir subi un père pénible et dur, fréquemment injuste. Naturellement, le rapprochement entre les deux hommes ne peut pas durer longtemps, de par le contexte, de par les rôles que l’existence leur a donnés.
J’ai particulièrement apprécié la scène téléphonique entre les deux hommes et le père de Dick, admirablement joué par Al Pacino, car on se rend compte à ce moment-là que le kidnappé et son ravisseur sont probablement tous les deux des victimes de cet affreux vieillard et toute l’histoire semble prendre une autre signification.
Le rôle des médias est également bien mis en évidence. Tony, le preneur d’otage, essaye d’utiliser les médias pour rallier l’opinion publique à sa cause. On a même l’impression qu’il attache plus de prix à ses discussions avec un animateur très populaire de la radio locale qu’aux pourparlers avec la police. Preuve que l’homme est astucieux et habile – Preuve aussi que, déjà, dans les années 70, le poids des médias était extrêmement fort.
Un bon film, intéressant de par les questions qu’il pose, dans un contexte très américain. Mais sans doute pas parmi les tout meilleurs de Gus Van Sant.
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