Suiza

Publié le 05 juillet 2026 par Lorraine De Chezlo
de Bénédicte Belpois

Roman - 250 pages

Editions Gallimard - janvier 2019

Editions poche Folio - septembre 2020

Tomás est un vieux célibataire bourru de Galice. Veuf depuis des années, il vient d’apprendre qu’il a un cancer. Mais l’obsession de ses jours, depuis qu’il l’a croisée, c’est le corps de Suiza, la jeune fille mutique qui vient de Suisse. Elle déclenche les passions et, chez Tomás, des envies de sexe violent. Échappée d’un foyer, violée pendant lors de son voyage en stop par les camionneurs, elle se retrouve donc en Galice, aux proies de Tomás, qui ne résistera pas à son désir de la posséder…

Comment un violeur va devenir l’homme adoré de Suiza, comment la violence va laisser place à une histoire d'amour. Ce roman est très dérangeant, il choque, il interroge, il ravit, et pour finir, il nous achève….

L’autrice nous embarque dans ce village perdu de Galice, entre ces types taiseux, alcooliques et travailleurs. Au milieu d’eux, une jeune femme au teint blanc, à la chevelure étrangère, à la langue inconnue, à l'âge incertain mais probablement jeune. Elle ne parle pas, et c’est donc son corps juvénile qui parle pour elle, elle à qui on n'attribue pas beaucoup de cervelle. Pas de vrai nom, on la surnomme Suiza, pas d'âge connu, de famille, d'histoire. Une bombe chosifiée.

Extrait : 

"De savoir qu’en rentrant elle serait là.... Sa façon de marcher, légèrement sautillante, sa blancheur, sa jeunesse me perfusaient d’un concentré de vie. Je me faisais l’effet d’être un vieux vampire faisandé buvant à la source la force nécessaire pour vivre. "

Le roman est choquant car d’une agression sexuelle sur une femme dont on ne sait pas si elle est mineure, va suivre une histoire charnelle et tendre, profonde et attachante, entre deux cabossés de la vie. Une relation d’emprise et d’attention, de passion et de quotidien. La vampirisation par le personnage principal de la jeunesse et de la beauté, lorsque lui glisse vers l'inéluctable maladie, nous fait revenir vers la tragédie, la violence, et la masculinité toxique.

Un roman très bien écrit, prenant, qui ne laisse pas indifférent.