Deux Poèmes de Marie-Claire Bancquart

Par Etcetera

En avril dernier, lors du « Printemps des artistes« , j’avais parlé d’un des recueils les plus connus de la poète française Marie-Claire Bancquart (1932-2019), « Opportunité des oiseaux« , qui date des années 80.
Il s’agit d’un des premiers livres de poésie contemporaine que j’ai lus dans ma vie, au tout début des années 90 : il me fit une grande impression, sans que je sache vraiment si l’effet était bon ou mauvais.
Aussi, ma curiosité était vive, cette année, à l’idée de le relire, après plus de trente ans ! Allais-je retrouver les mêmes impressions ou pas du tout ?

J’ai choisi deux poèmes qui me plaisent tout particulièrement. Ils évoquent les mots, l’écriture, les signes et leurs connotations… tout en regardant leur rapport avec le corps, avec les organes, avec la mort.
On voit bien, dans ces deux textes, que le monde des mots et de la littérature est en dehors du monde sensible, corporel, vivant, mortel, puisque le sang de la poète est « non atteint par le stylo », puisqu’on « rêve un régime indivis » entre le langage humain et le chant du merle mais, précisément, ce n’est qu’un rêve.
La poète semble désirer une proximité accrue avec la nature, elle cherche les analogies entre notre corps et les formes végétales (arbre, bronches) par le biais des mots.

Note pratique sur le livre

Éditeur : Belfond
Année de publication : 1986
Nombre de pages : 125

Quatrième de couverture

Opportunité des oiseaux dit l’obsession de la mort pour l’homme (la femme) qui la pense comme un terme, ne parvenant pas à croire en la survie. L’absence d’un dieu pourtant désiré s’inscrit en creux dans le texte. Il est construit en «négatif» comme un oratorio sacré, évoquant – non sans humour parfois – Jonas, Ulysse, Noé, les chercheurs de destin.
Mais, à travers violences et implorations, se marque aussi l’attachement charnel à la terre, dans son humilité comme dans sa gloire : les brocolis, le vin de noix, l’amour… L’homme proclame «l’opportunité des oiseaux». L’éphémère est sa raison d’être, et le justifie peut-être devant le monde. Les sous-titres de ce recueil sont les jalons de son itinéraire : «Journal des eaux», «Exils», «Célébrations», «A l’enseigne du monde», «Inclusions», «Habitations du désir », «Alliance ».

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(Page 80)
Dans la partie du recueil intitulée « Inclusions« 

Mers

Le crustacé la pomme
mots très compacts.

Mot coupant :
le diaphragme qui nous divise
tout debout
en deux : songe et tripaille.

Mots qui lacèrent :
abîme
énigme.

Machines comme on voit
dans les champs
pour avaler l’herbe et parfois les petits des bêtes.

On n’en rêve pas moins un régime graphique
indivis
avec les mots du merle

régime qu’on suivrait
pour écrire en captivité de soi
le rapport tout de même
entre l’arbre et les bronches.

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(Page 98)
Dans la partie intitulée « Habitations« 

Écrit

Pour la première fois j’écris le nom du térébinthe
imaginant sa stèle
avec son feuillage furtif.

Je les annule tous les deux.

Pas absolument.

Leur ombre
échange une alliance très serrée
mort et sèves en équilibre
dans la presqu’île de ma main :
sous la peau
là où c’est
bleu et fragile
et non atteint par le stylo.

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