Cette équipe de biologistes de l’Université hébraïque de Jérusalem propose une nouvelle vision du vieillissement pathologique associé à certaines maladies rares dont la l’ataxie-télangiectasie (A-T) et le syndrome de Bloom : la recherche, publiée dans la revue Genes & Development, montre que la réduction de l’activité d’un capteur immunitaire hyperactif peut restaurer la santé des tissus dans les cas de ces maladies génétiques rares et graves. Au-delà, cette découverte modifie drastiquement la façon dont les scientifiques doivent envisager le vieillissement et les dommages à l’ADN.
Le système immunitaire humain est finement réglé pour détecter et détruire les menaces virales. Mais ce même système de défense peut se dérégler. Lorsque des fragments d’ADN endommagé sont confondus avec des virus, il en résulte
une forte réaction inflammatoire inappropriée qui nuit à l’organisme qu’elle est censée protéger.
L’étude identifie, décrypte et décrit
cette réaction immunitaire inappropriée comme un facteur clé de la dégénérescence tissulaire dans les maladies graves caractérisées par un vieillissement accéléré.
Les chercheurs suggèrent qu’en réduisant cette fausse alerte du système immunitaire, il devient possible de restaurer le fonctionnement de plusieurs systèmes biologiques.
Mais quelles maladies précisément ? Ces résultats concernent des syndromes rares de réparation des lésions de l’ADN (DDR), tels que l’ataxie–télangiectasie (A-T) et le syndrome de Bloom. Dans ces pathologies, les mécanismes de réparation de l’ADN, normalement responsables des dommages quotidiens, sont altérés, entraînant une instabilité génomique généralisée, une neurodégénérescence, une prédisposition au cancer et un vieillissement prématuré.
Une réponse immunitaire extrême en cause : ainsi, si depuis des décennies, les scientifiques pensent que l’accumulation d’ADN non réparé est la cause principale du déclin cellulaire, cette étude remet en question cette théorie en démontrant que c’est la réponse de l’organisme à ces dommages, une réaction inflammatoire chronique et excessive, qui est à l’origine d’une grande partie de la dégénérescence.
Quel mécanisme ? Lorsque la réparation de l’ADN échoue, des fragments d’ADN peuvent s’échapper dans le cytosol cellulaire, où ils activent un capteur moléculaire appelé cGAS. Cette voie détecte généralement l’ADN viral, mais elle ne peut pas distinguer avec certitude les fragments étrangers des fragments endogènes. Il en résulte une réponse inflammatoire persistante qui endommage les tissus.
Une molécule clé : outre son rôle dans le déclenchement de l’inflammation, cGAS peut pénétrer dans le noyau cellulaire et interférer directement avec les processus de réparation de l’ADN. Cette double fonction en fait à la fois un acteur protecteur dans des conditions normales et un puissant facteur de dommages lorsque le système est déréglé.
Quelle implication ? Pour tester si la modulation de cette réponse permet de modifier la progression de la maladie, l’équipe utilise un animal modèle à vieillissement accéléré permettant une évaluation rapide des processus liés au vieillissement. Lorsque l’activité de cGAS est réduite chez ce modèle, des caractéristiques clés de la maladie, notamment la neuro inflammation, la dégénérescence tissulaire et la perte de la capacité reproductive sont considérablement réduites.
-
Ralentir le déclin cellulaire
« En ciblant CGAS, nous observons une restauration globale de la fonction tissulaire. Cela suggère que
l’organisme peut supporter davantage de dommages à l’ADN que nous le pensions, si la réponse inflammatoire est maîtrisée »
Ces observations suggèrent que plutôt que de tenter de réparer chaque lésion de l’ADN, les thérapies pourraient se concentrer sur la modulation de la façon dont l’organisme réagit aux dommages.
Au-delà des maladies génétiques rares, ces découvertes pourraient avoir une portée plus large pour les maladies liées à l’âge, où l’inflammation chronique et l’instabilité génomique coexistent souvent.
Les chercheurs soulignent cependant que ce mode d’inversion des processus pathologiques graves ne revient pas à ralentir le rythme intrinsèque du vieillissement. Néanmoins, en identifiant comment les systèmes d’alarme de l’organisme contribuent au déclin, cette étude ouvre une nouvelle voie prometteuse pour le traitement de certaines des affections dégénératives les plus difficiles à traiter.
Source: Genes & Development 14 April, 2026 DOI:10.1101/gad.352760.125 A dual role for cGAS in shaping cellular and organismal responses to genomic instability
Équipe de rédaction Santélog Juil 9, 2026Admin