Données personnelles : le pillage de votre intimité, mode d'emploi

Publié le 19 juillet 2026 par Guy Deridet

Imaginez un instant : vous éteignez votre téléphone, vous le rangez dans un tiroir, et vous vous sentez enfin tranquille. Sauf que, non. Pendant ce temps, votre pharmacien transmet vos achats de médocs à une multinationale américaine, votre application de grossesse envoie vos contractions à des régies publicitaires, et un site louche vend le numéro de portable de votre député pour 60 centimes. Vous trouvez ça flippant ? Moi aussi



 Bienvenue dans le monde merveilleux des data brokers, ces courtiers en données qui vous connaissent mieux que votre mère.

Leur marché pèse
400 milliards d’euros rien qu’en Europe. Et devinez quoi ? Vous êtes le produit.

Dans cet article, on va décortiquer leur modèle économique en trois étapes :

 

🔶 comment ils vous pistent, 

🔶 comment ils vous revendent et 

🔶 comment (essayer ) de leur échapper.


Révélation : ce n’est pas sorcier, mais c’est un peu déprimant.
 

 


 

Partie 1 : Le problème – vous êtes un livre ouvert, et ils lisent par-dessus votre épaule

 

Les courtiers de données sont les nouveaux rois du monde. Ils s’appellent IQVIA, Experian, Axium ou Cold CRM. Leur credo ? "Je collecte, donc je vends." Et ils le font avec une efficacité redoutable, parce que vous leur tendez la perche.
 

Exemple choc : Romain Cochard, un entrepreneur, a réussi à obtenir le numéro de portable d’un ministre en moins de deux minutes. Comment ? En s’inscrivant sur un site américain appelé Loucha, qui revend les contacts de 100 millions de personnes. Soixante centimes l’info, et le tour est joué.
 

Autre exemple : Le site Cold CRM se vante d’avoir 320 millions de contacts. Il y a même le téléphone du directeur central de la sécurité publique. Oui, celui qui est censé être secret. Et tout ça sans votre consentement, bien sûr.
 

Le pire ? Vous n’êtes pas à l’abri même en mode avion. Les sites comme Doctissimo, Marmiton ou l’application "Ma grossesse" envoient vos données de santé à des partenaires commerciaux. Poids, taille, date d’accouchement, contractions... tout y passe. Et tout ça, c’est illégal selon la CNIL, mais ça ne les arrête pas.
 

 


 

Partie 2 : Les concepts clés – comment on vous découpe en tranches

1. Le courtier de données : le piranha des données
 

 🔷Définition : Un courtier qui achète et revend vos informations personnelles (âge, religion, santé, politique) sans vous demander votre avis.
 

 🔷Métaphore : C’est comme si votre voisin fouillait vos poubelles tous les matins, notait tout ce qu’il trouve (bouteilles de vin, factures, médicaments) et le revendait à des supermarchés pour qu’ils vous envoient des publicités ciblées.
 

2. Le profilage prédictif : le voyant extralucide boosté à l’IA
 

Vous avez une montre connectée ? Une Fitbit, par exemple ? Des chercheurs suisses ont montré qu’en 30 jours de données, ils pouvaient prédire votre personnalité (introverti, stressé, extraverti) avec une précision de 30%. Et ce n’est que le début. Avec vos likes Facebook, vos playlists Spotify et vos trajets GPS, les algorithmes peuvent même deviner votre orientation sexuelle, votre QI, ou votre religion
 

Exemple : Cambridge Analytica (souvenez-vous, le scandale Trump) a utilisé cette méthode pour cibler des électeurs avec des pubs sur mesure. Résultat : une élection présidentielle gagnée grâce à vos données.
 

3. L’anonymisation : le mensonge le plus rentable du monde
 

Les courtier en données jurent que vos données sont "anonymes". Mais une équipe de l’Imperial College de Londres a prouvé le contraire : avec seulement 6 informations basiques (sexe, date de naissance, code postal, etc.), ils ont réussi à identifier 99% des profils dans une base de 66 millions de Français.

L’anonymisation, c’est un peu comme peindre des rayures sur un zèbre : ça ne trompe personne.

 

 


 

Partie 3 : Le pire est à venir, et vous ne pouvez pas vous dissimuler


Le cas IQVIA : le cheval de Troie dans votre pharmacie
 

IQVIA, c’est le leader mondial des données de santé. Ils récupèrent les infos de vos médicaments via les logiciels de pharmacie. En échange, le pharmacien touche 6€ par mois. 6€ pour votre dossier médical complet. Et devinez quoi ? Les patients ne sont jamais informés. Aucune affiche dans les 200 pharmacies visitées par une équipe de journalistes. Rien.
 

Le projet "Health Data Hub" : un cas d’école de conflit d’intérêts
 

Le gouvernement français a confié à Jean-Marc Aubert, haut cadre d’IQVIA, la mission de créer un hub centralisant 12 ans de données de santé de tous les Français. Il a quitté son poste… pour y revenir une semaine après le lancement du projet. Normal, non ?
 

Le futur : des montres qui lisent dans vos pensées
 

Les courtiers en données ne s’arrêtent pas là. Ils veulent maintenant utiliser vos données pour prédire vos comportements. Donald Trump avait déjà proposé d’utiliser les Fitbit pour repérer les futurs criminels. Aux États-Unis, les compagnies d’assurance et les banques utilisent déjà les données de réseaux sociaux pour ajuster leurs tarifs ou refuser des prêts. En France, ce n’est plus qu’une question de temps.
 

 


 

Conclusion : comment (essayer) de survivre

 

Le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) est censé nous protéger. Mais en pratique, c’est un tigre de papier : sur 40 entreprises contactées pour récupérer leurs données, seules 13 ont répondu dans les délais. Et Google a écopé d’une amende de 50 millions d’euros… ce qui représente 4 heures de son chiffre d’affaires 


 🔷Limiter au maximum les permissions des applications, 

 🔷utiliser des bloqueurs de traceurs, 

 🔷demander à une IA de lire les CGU (Conditions Générales d'Utilisation)

 

Et surtout, ne jamais faire confiance à une application gratuite.

Si le produit est gratuit, c’est que
vous êtes le produit

 

 


 

Glossaire

 

🔶Data broker : courtier en données personnelles.
🔶 Profilage prédictif : technique consistant à utiliser des données (comme les likes ou les pas) pour prédire la personnalité et les comportements.
🔶 Anonymisation : processus visant à retirer les identifiants directs (nom, prénom) des données. Mais attention : elle est souvent insuffisante, et les données peuvent être "ré-identifiées".
🔷 RGPD : Règlement Général sur la Protection des Données (Europe, 2018). Donne aux citoyens le droit de savoir quelles données sont collectées et de demander leur suppression.
🔷 Health Data Hub : projet français visant à centraliser les données de santé de tous les Français (12 ans) sur une plateforme unique.
🔷 CNIL : Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés – le gendarme français des données personnelles.
🔶 IQVIA : plus grande entreprise de courtier en données de données médicales au monde (chiffre d’affaires : 10 milliards d’euros/an).

     

 


 

Sources 👍

Cash investigation : nos données valent de l’or

https://youtu.be/s6gRBDz2Zd0?si=JQmo8I7V-WvElHBY

N.B

Jusqu'à présent, lorsque je me servais d'une vidéo (généralement de la chaîne YouTube) comme base d’un article, je prenais la peine de créer un paragraphe spécial et d'écrire quelques lignes de code pour permettre à mes lecteurs d'afficher la vidéo directement à partir de l’article.

Depuis très peu de temps, les concepteurs des vidéos interdisent cette pratique. C’est leur droit.

 

Donc, à partir de maintenant et jusqu'à dorénavant, je citerai mes sources, comme je le fais depuis toujours, mais, avec une simple URL. Cela ne me gêne pas du tout. Au contraire, cela simplifie et accélère mon travail.

À l'attention éventuelle des concepteurs de vidéos qui utilisent cette pratique  

 

Personnellement, je ne tire aucun bénéfice des vidéos que je cite. En effet, ce site, qui comporte désormais plus de 8 100 articles, est entièrement dépourvu de toute publicité rémunératrice.  
 

C'est mon plaisir, depuis 26 ans, de partager, résumer et commenter les nombreuses vidéos, articles et PDF qui m’ont intéressé. Toujours, à titre entièrement gratuit. Je fais tout cela, jamais pour augmenter mes revenus, mais pour partager mes découvertes, mes enthousiasmes et mes déconvenues ( * ).
 

 À l’approche de mes 80 ans, je ne perds presque jamais mon temps sur des contenus qui ne me convainquent pas. À moins qu’ils aient valeur d’exemples de ce, qu'à mon avis, il conviendrait de ne pas faire. Ce qui, comme les louanges, est (encore) le droit de tous ceux qui accèdent à des contenus publics.
 

À condition, bien sûr, de signer et de sourcer ses contenus. Ce qui est toujours le cas en ce qui me concerne.