Nourrices, Séverine Cressan… coup de coeur et lecture commune avec le Booklub !

Par Antigone

❤ J’ai acheté ce titre lors de mon passage au dernier Printemps du livre de Montaigu. J’étais curieuse de lire ce roman qui a beaucoup fait parler de lui sur la blogosphère. Et puis j’avais raté le passage de l’autrice au festival Rue des Livres de Rennes. J’ai eu l’idée aussi de créer un club de lecture virtuel, dernièrement, sur Booklub et lancé une lecture commune dans la foulée, autour de ce roman. Elle s’arrête d’ailleurs aujourd’hui avec la publication de ce billet et les avis des autres participantes plus bas. Un grand merci d’ailleurs pour votre accueil formidable à cette idée ! Je pense proposer ainsi une lecture commune tous les mois (pour l’instant). Si ça vous intéresse vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous, et bien sûr c’est gratuit . Sinon, vous pouvez toujours vous inscrire au club et attendre qu’un livre vous fasse envie. C’est également un endroit où l’on peut déposer des avis de lecture. Lien de partage : https://booklub.fr/…/08670be3-b631-479a-9f2d-7f15a30f29a6

Le résumé
Fut un temps où certains enfants étaient confiés à des nourrices, à la campagne. Dans le village dans lequel le lecteur est convié, c’est une véritable industrie, qui rapporte quelques pécules aux jeunes ménages. Le lait maternel est vendu quand leur propre enfant est sevré. C’est le cas de Sylvaine qui décide d’être nourrice chez elle, tandis que d’autres se louent à la ville. Une nuit, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et n’hésite pas à substituer le nourrisson à celui qu’on lui a confié et qui est décédé subitement. L’enfant mystérieuse prend la place de Gladie. Sa mère naturelle avait déposé près d’elle un carnet.

Mon avis
J’ai adoré l’atmosphère très sensuelle et parfois mystique de ce livre qui raconte le corps des femmes, sa richesse, mais aussi son asservissement. L’écriture de Séverine Cressan est très belle, c’est une belle découverte que ce premier roman très marquant et féminin. La sororité a en effet une grande place dans cette histoire car Sylvaine n’est pas seule, elle fait partie d’un groupe. D’ailleurs, le titre du roman est écrit au pluriel. Une lecture qui me restera certainement en mémoire et que j’ai été heureuse de partager avec d’autres lectrices.

Editions Dalva – 21 août 2025

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…     

Et maintenant place aux avis des participants de la lecture commune (merci beaucoup !). Vous verrez les avis sont très tranchés :

Gambadou
Ce qui m’a plu dans ce livre, c’est toutes les questions d’amour maternel et d’humanité. C’est un univers sombre avec une vie rude, mais il y a aussi énormément d’amour, de poésie et d’émotion. J’ai aussi apprécié le côté historique. Savoir que les nouveau-nés de la bourgeoisie citadine ne vivent pas avec leurs parents mais avec leur nourrice à la campagne. C’est une pratique professionnelle qui met le corps des femmes à rude épreuve. Il se trouve que mon arrière grand-père a été élevé par une nourrice, sa mère étant morte en couche. Et quand elle a du partir (il avait 5/6 ans), ça a été un déchirement et pour lui, et pour sa nourrice et son frère de lait. Mais à cette époque on ne prenait pas en compte tout l’aspect psychologique. J’ai beaucoup aimé ce livre (qui est un premier roman) très bien écrit et plein de force et de solidarité féminine. Juste un bémol sur le côté fantastique qui ne m’a pas convaincu. A découvrir.

Framboise
J’ai apprécié ce conte pour le lien qu’il tisse entre les femmes, pour leur solidarité, leur combat et aussi pour le milieu dans lequel il se déroule. Cependant, je suis restée à distance du début à la fin. Je n’ai pas adhéré aux incursions du fantastique et je n’ai pas cru un seul instant à l’aspect « industriel » du métier de nourrice. De plus, certaines revendications actuelles sur les rapports hommes-femmes m’ont semblé plaqué. Les femmes qui décident de prendre le leadership à la mort du meneur, ce n’est pas vraisemblable à cette époque. De même, du point de vue historique, il me semble qu’il y a de nombreuses inexactitudes.

Alex Mot À Mots
J’ouvre enfin ce roman dont le sujet ne m’intéressait pas spécialement, mais que tous les lecteurs avaient apprécié. J’ai aimé Sylvaine qui n’est pas trop enthousiaste à l’idée de devenir nourrice et de ne plus allaiter son petit Jehan. J’ai aimé le bébé de lune rousse qu’elle trouve dans la forêt, mais je n’ai pas aimé le père qui veut récupérer sa fille en faisant croire à la mère que c’est la sienne. Il apparait peu, ce père, et pourtant c’est lui qui décide de tout. J’ai eu de la peine pour sa femme qui ne peut se remettre du décès de son enfant. De même, les hommes du village sont peu présent, toujours au bistro, mais ce sont eux qui décident pour les femmes et qui gardent l’argent. J’ai aimé que Sylvaine parle de la douleur de la séparation d’avec son fils, à l’instar de toutes les nourrices dont c’est la première fois. J’ai aimé leur chaine d’humanité dans les bois pour que Sylvaine ne se perde pas. J’ai aimé suivre l’histoire de la mère du bébé de lune rousse, Zaïg, qui devient à son tour un peu sorcière. J’ai aimé les prénoms : Zaïg, Jehan, Andoche le mari de Sylvaine, Avel le second fils du couple, le bébé de lune rousse Gladie qui devient Aglaé. J’ai moins aimé l’enfant-vent qui hurle presque tout le temps (cela m’a rappelé de mauvais souvenirs). J’ai découvert le mot de nourrice sèche, celles qui élèvent des enfants qui ne sont plus au sein. J’ai aimé les sages femmes : Margot et Zaïg, puis Gladie. Bien sûr, il est question d’allaitement et de mise au sein qui m’ont rappelé bien des souvenirs heureux ; mais il est également question de câlins et de tendresse pour les nourrissons payants, et je me suis demandé tout au long de ma lecture si réellement ces femmes avaient le temps de tant d’attention pour des bébés qui n’étaient pas les leur en cette époque difficile. Au final, ce fut une belle découverte pleine d’émotions. L’image que je retiendrai : Celle de la forêt qui joue un rôle dans ce roman.

Christine
J’ai beaucoup aimé l’écriture de Séverine Cressan, fluide, poétique et emplie d’émotions. Je trouve la couverture absolument sublime et d’une grande originalité et c’est ce qui m’a attirée en tout premier lieu dans ce roman. J’ai beaucoup apprécié ce récit qui fait la part belle aux femmes, à la maternité, la sororité aussi, tous ces sujets tellement intemporels…. Je connaissais fort peu les « nourrices » et leur mode de fonctionnement, ce fut donc à la fois une lecture fort agréable mais également fort enrichissante. Je pense que ce roman puissant résonnera longtemps en moi….

Katell
Une histoire émouvante et poignante parfois. Les héroïnes sont parfaitement incarnées, leur histoire empreinte d’humanité malgré leur désarroi. J’ai appris beaucoup sur le système des nourrices dans les campagnes. Le sordide n’est jamais loin et pourtant il y a des moments lumineux. Une très belle lecture.

Sandrine D
Un avis en demi-teinte. J’ai aimé les relations et la solidarité féminine. J’ai beaucoup moins accroché à la partie fantastique et poétique, je suis un peu trop terre à terre 😉 Une belle découverte quand même de ce métier de nourrice, c’était une époque bien cruelle….

Une comète
Au XIXe siècle, ou bien au Moyen-Age, l’époque du récit est indéterminée, des femmes louent leurs seins pour nourrir les bébés des autres, ceux des dames de la ville, ou encore les bébés trouvés qui mourraient sans un sein à téter. Les quelques sous que gagnent ces nourrices grâce à leur lait vont dans la poche de leurs maris et elles sont malmenées par celui qu’on appelle »le meneur », un salopard qui gère le commerce du lait maternel. Leur existence est bien rude et il leur faut rester solidaires car les hommes qui les entourent sont violents, abuseurs, malhonnêtes, profiteurs. Sylvaine est de ces femmes, mariée à un brave homme, ce qui semble être l’exception. La jeune nourrice, un soir de lune, trouve un bébé abandonné, une petite fille à laquelle elle va passionnément s’attacher. Près du nourrisson, se trouve un cahier qui raconte les circonstances de cette naissance et de cet abandon. L’histoire de Sylvaine et de la petite fille alterne avec celle de l’autrice du cahier, une histoire douloureuse dont Sylvaine n’a pas connaissance car elle ne sait pas lire. Les deux récits s’entrelacent et finissent par se rejoindre… ou pas. Je dis ou « pas » car je ne suis sûre de rien après avoir refermé le livre (la fin est d’une confusion totale…) si ce n’est que je suis passée totalement à côté. J’en suis désolée, c’était une lecture commune pour le club d’Antigone que j’ai pourtant démarrée dans la joie. Malheureusement, rien ne m’a séduite dans ce roman hybride, ésotérico-fantastique, où le lyrisme poussé à son maximum – des poèmes pas très réussis parsèment bizarrement le texte- se mêle au réalisme le plus cru. Le mélange ne m’a pas semblé heureux du tout et j’ai trouvé l’écriture poussive et agaçante le plus souvent. Les personnages sans la moindre nuance semblent tout droit sortis d’un conte, c’est un choix d’auteur tout ce qu’il y a de plus respectable, mais de fait, il m’a été impossible de croire une seconde en ces personnages plongés dans une réalité sinistre que l’autrice a à coeur de dénoncer. A une certaine époque, le lait maternel se monnaye, de tout temps le corps des femmes est exploité, violenté par des hommes sans scrupules. Face à cette vérité implacable, des femmes caricaturales et stéréotypées : la riche qui devient totalement folle (sans doute parce qu’elle n’allaite pas…) la gentille nourrice à la détermination si forte qu’elle en devient improbable, la vieille et brave femme aux pouvoirs de sorcière. Impossible de s’attacher, impossible d’y croire. L’ennui et l’énervement au bout du compte. Quel dommage. J’attendais tout autre chose, ma déception n’en est que plus grande. Je me demande si je suis la seule.