J’ai découvert Duos Volatils huit ans après sa sortie, grâce à YouTube Music. À 79 ans et demi (!), je danse encore comme un jeune homme, et Véronique Sanson, 77 ans et malade au moment de l’enregistrement, vient de se faire une place dans ma routine quotidienne de danse… et de santé.
Duos Volatils est un album de 2018 où Véronique Sanson revisite une quinzaine de ses chansons en duo avec des artistes de plusieurs générations.
Sur le papier, cela ressemble à un énième album de duos « patrimonial », comme on en voit beaucoup. À l’écoute, c’est autre chose : un disque vivant, souvent dansant, où les invités s’intègrent dans son univers au lieu de le recouvrir.
Une claque tardive signée YouTube Music
J’utilise YouTube Music depuis des années, et je n’en suis jamais déçu. J’y trouve toujours ce que je veux, avec des goûts qui vont de la musique classique à la bossa nova, au rock, au funk. Bref, mon algorithme est aussi éclectique que moi.
C’est ainsi que, ce matin, je tombe sur Duos volatils. Je clique par curiosité… et je me retrouve à l’écouter trois ou quatre fois d’affilée dans la matinée, ce qui ne m’arrive quasiment jamais.
À 79 ans, je ne danse pas comme quelqu’un de 79 ans.
Contrairement à Véronique, qui avait 77 ans et était malade lorsqu’elle a enregistré cet album, je vais très bien et je danse encore comme un jeune homme. Quand je danse, je n’ai pas 79 ans. Je n’ai pas d’âge. Je suis juste dans la musique.
Depuis que j’ai découvert, dans un de mes articles récents, à quel point la danse est bénéfique pour la cognition, surtout à un âge certain, je danse très souvent le matin, pendant mes exercices quotidiens. Et j’adore ça. C’est devenu une sorte de médicament joyeux, sans ordonnances ni effets secondaires, à part la bonne humeur.
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Désormais, je sais que Véronique fera partie de mes compagnes de danse matinale. Certaines pistes de Duos volatils sont parmi les morceaux les plus dansants de son répertoire, en tout cas pour moi.
La danse et moi, des années 60 à aujourd’hui
Je suis plutôt funky quand je danse. Quand j’étais plus jeune, les directeurs de night-clubs me repéraient très vite. Il m’arrivait même fréquemment de ne pas payer l’entrée, parce que j’ouvrais le bal tout seul quand tout le monde se regardait dans le blanc des yeux au lieu d’aller sur la piste.
Aujourd’hui, je constate qu’on ne danse plus vraiment. On lève les bras, serrés les uns contre les autres, avec un air extatique et un peu de drogue au passage, mais sans vraie danse. Pour faire cela, effectivement, il n'y a pas besoin d'apprendre à danser ou d'avoir naturellement le sens du rythme. Rien à voir avec la vraie danse que je pratique depuis les années 60 et que j’adore toujours.
Depuis les années 60, avec l’apparition du yé-yé, je n‘ai plus eu besoin de quémander des cavalières, on pouvait enfin danser tout seul, sans passer pour des fous ou des demeurés. C'est depuis ces temps reculés que j'ai commencé à danser tout seul. Et, à aimer cela.
À Madagascar, en 2018 encore, après que j’ai dansé avec les Malgaches sur la piste, les danseurs venaient parfois me serrer la main. Ce qui, croyez-moi, est plutôt rare de la part des Malgaches, surtout dans certains dancings de Madagascar que j'ai souvent fréquenté durant les onze années que j'ai passées à la Réunion en qualité d'intendant de lycée.
Et de célibataire. Mais, la Réunion, c'était pour le travail et je n'ai jamais mélangé le travail et la gaudriole. À Mada, en revanche, j'étais Mr Hyde, qui dansait régulièrement sur la piste des plus grands dancings de Tana. Et parfois même sur les tables du cabaret le Glacier avec de charmantes cavalières.
Par la suite, quand j'étais en Thaïlande, toujours célibataire et pendant sept ans, je dansais souvent le premier, au Reggae Pub, sur l'immense piste de la plus grande boîte de Koh Samui, à l'époque. Ça a peut-être changé depuis.
Je n'avais pas besoin d'aller chercher une cavalière. Elles venaient toutes seules et, à l'évidence, pour le plaisir de danser, avant tout. Même si elles avaient bien sûr, et comme moi, des idées bien précises derrière la tête, si on peut appeler ça comme ça.
À Madagascar, où, contrairement à la Thaïlande, le sexe n’est absolument pas tabou, je me rappelle avoir loué une chambre dans le plus grand dancing de Diégo Suarez et y avoir passé une nuit mémorable à faire l’amour en musique. Normal ! La chambre donnait directement sur la piste de danse. Il y avait tellement de bruit que l’on ne pouvait pas dormir. Et les bons danseurs et danseuses, quand ils se rencontrent et que les circonstances sont favorables, font souvent de mémorables amants.
Mais, revenons à l'album Duos Volatils de Véronique Sanson.
Vianney, Julien Doré & Cie
Belles surprises et belles confirmations. Parmi les duos, deux pistes m’ont particulièrement accroché : celles avec Vianney et avec Julien Doré. Vianney, je ne l’avais jamais vraiment écouté. Là, je découvre une très belle voix, une présence, et surtout une façon de se fondre dans l’univers de Véronique sans le vampiriser.
Julien Doré, lui, apporte son grain un peu décalé, mais reste respectueux de la chanson. On n’est pas dans le numéro d’ego : c’est toujours du Sanson, augmenté par Doré, et non l’inverse. Dans les albums de duos, c’est assez rare pour être signalé.
Dans l'ensemble, les duettistes sont bien choisis et servent les chansons. On sent une vraie envie de musique, pas seulement une opération marketing où chacun vient « placer son couplet » pour faire joli sur l’affiche.
Lavilliers : un immense artiste… qui ne chante pas
Et puis il y a Bernard Lavilliers. Je l’adore. J’écoute tous ses albums depuis très longtemps. Pour moi, c’est un des plus grands artistes français, et un véritable poète.
Mais chaque fois que je l’écoute, y compris dans cet album, je fais la même constatation : il ne chante pas, il parle. Il parle très bien, avec une voix magnifique, un phrasé inimitable, mais il ne pousse jamais vraiment une note. Et, dès que ça monte un peu, sa voix perd de sa superbe.
Ce n’est pas une critique, c’est un constat qui me surprend encore à chaque écoute. Je suis persuadé que beaucoup de gens ne se sont jamais rendu compte que Lavilliers, techniquement, ne chante pas au sens classique du terme. Et si je dis ça à la plupart des gens, ils vont probablement me regarder comme un fou.
Pourtant, c’est la réalité : on peut avoir une grande carrière avec une voix très particulière à partir du moment où l’on a des textes, une présence, un univers. Lavilliers a tout cela. C’est précisément pour çela que je l’adore.
Vieillir en dansant sur Véronique
Ce qui me touche dans Duos volatils, c’est le contraste : Véronique avait 71 ans quand elle a sorti cet album, elle était malade, sa voix avait changé, et pourtant, elle a sorti un album qui me donne envie de danser le matin.
Je remercie sincèrement Véronique de me donner envie de danser tous les matins, ce qui, je le sais, est excellent pour la santé. À un âge où l’on est censé ralentir, ce genre de disque est plus qu’un plaisir : c’est une invitation à rester vivant, debout, et, si possible, en rythme.
Les duos de Duos volatils :
Voici la liste des chansons de l’album et des partenaires en duo :
« Chanson sur ma drôle de vie » — Vianney
« Besoin de personne » — Christophe Maé
« Bahia » — Alain Souchon
« Vols d’horizons » — Bernard Lavilliers
« C’est long, c’est court » — Zaz
« Visiteur et voyageur » — Patrick Bruel
« Une nuit sur son épaule » — Juliette Armanet
« Amoureuse » — Julien Doré
« Tu sais que je t’aime bien » — Jeanne Cherhal
« Toute une vie sans te voir » — Tim Dup
« Redoutable » — Hubert-Félix Thiéfaine
« Doux dehors, fou dedans » — Michel Jonasz
« Celui qui n’essaie pas (ne se trompe qu’une seule fois) » — Louis, Matthieu, Joseph et Anna Chedid
« Alia Soûza » — Tryo
« Avec un homme comme toi » — Eddy Mitchell