Air France-KLM et Lufthansa visent TAP Air Portugal

Publié le 31 juillet 2026 par Toulouseweb

Air France-KLM et Lufthansa en compétition pour TAP Air Portugal : deux visions industrielles qui pourraient façonner l’avenir de l’aviation européenne

AeroMorning – John Smith — 30 juillet 2026

La privatisation de TAP Air Portugal est entrée dans une phase décisive, ouvrant ce qui pourrait devenir l’une des transactions aériennes les plus stratégiques en Europe depuis l’acquisition par Lufthansa d’une participation dans ITA Airways.

Le 29 juillet 2026, Air France-KLM a officiellement annoncé avoir soumis une offre engageante à la holding publique portugaise Parpública pour l’acquisition d’une participation comprise entre 44,9 % et 49,9 % de TAP Air Portugal. Le même jour, Lufthansa Group a confirmé avoir également déposé une proposition engageante, même si le groupe allemand n’a pas publié de communiqué de presse détaillé comparable à celui de son concurrent franco-néerlandais.

Le gouvernement portugais entend conserver une participation majoritaire dans TAP tout en sélectionnant un partenaire industriel stratégique capable d’accompagner le développement à long terme de la compagnie.

Les autorités ont répété à plusieurs reprises que la décision ne serait pas fondée uniquement sur les conditions financières. Le projet industriel présenté par chaque candidat, la préservation de l’identité de TAP, l’avenir de Lisbonne comme hub international et la contribution de la compagnie à l’économie portugaise seront autant de facteurs déterminants.

Bien plus qu’une simple opération financière, la privatisation de TAP représente un choix stratégique qui pourrait remodeler les dynamiques concurrentielles entre les plus grands groupes aériens européens pour les décennies à venir.

Pourquoi TAP est stratégique

Malgré une taille relativement modeste comparée aux plus grands groupes aériens européens, TAP occupe une position stratégique unique et représente de fait le dernier grand transporteur de réseau indépendant encore disponible en Europe occidentale.

La valeur de TAP repose principalement sur le réseau international développé par la compagnie depuis plusieurs décennies.

Le premier opérateur européen entre l’Europe et le Brésil

TAP est la première compagnie européenne entre l’Europe et le Brésil, desservant un large éventail de destinations brésiliennes, dont plusieurs marchés bénéficiant de peu ou pas de liaisons directes opérées par d’autres compagnies européennes de réseau.

Cette position offre un accès immédiat à l’un des plus grands marchés lusophones au monde, sans qu’un nouvel entrant ait besoin de construire sa propre présence commerciale à partir de zéro.

Pour Air France-KLM comme pour Lufthansa, TAP représente une plateforme déjà établie dans une région stratégiquement importante.

Un hub naturel sur l’Atlantique

La position géographique de Lisbonne offre à TAP un avantage unique.

Située à l’extrémité occidentale du continent européen, la capitale portugaise permet des connexions efficaces entre :

  • l’Europe ;
  • le Brésil ;
  • l’Amérique du Nord ;
  • l’Afrique de l’Ouest.

Comparé aux hubs d’Europe du Nord, Lisbonne permet à de nombreuses liaisons transatlantiques d’être opérées avec des trajectoires plus courtes et des conditions économiques attractives.

Cette position atlantique constitue l’un des principaux atouts stratégiques de TAP.

Une position unique en Afrique lusophone

TAP dispose également d’un réseau que peu de compagnies européennes peuvent reproduire.

La compagnie relie le Portugal avec :

  • l’Angola ;
  • le Mozambique ;
  • le Cap-Vert ;
  • la Guinée-Bissau ;
  • São Tomé-et-Príncipe.

Ces liaisons génèrent à la fois du trafic passagers et du fret tout en renforçant le rôle de Lisbonne comme principale porte d’entrée européenne vers l’Afrique lusophone.

Deux groupes aériens, deux visions industrielles différentes

Air France-KLM et Lufthansa considèrent toutes deux TAP comme une compagnie de réseau de grande qualité, disposant d’une marque reconnue, d’une position géographique forte et d’un potentiel stratégique important.

Cependant, leurs approches pour intégrer TAP dans un groupe aérien européen plus large sont fondamentalement différentes.

Air France-KLM : créer un troisième hub européen

Air France-KLM a historiquement développé son réseau principalement à travers des coentreprises, des partenariats commerciaux stratégiques et des prises de participation ciblées, plutôt qu’en constituant un vaste portefeuille de compagnies aériennes.

L’acquisition de TAP représenterait donc une évolution stratégique majeure en ajoutant un troisième transporteur de réseau important aux côtés d’Air France et de KLM.

La structure future à trois hubs serait :

Paris Charles de Gaulle
Le principal hub mondial du groupe.

Amsterdam Schiphol
La principale porte d’entrée vers l’Europe du Nord.

Lisbonne
Un hub spécialisé sur l’Atlantique Sud, concentré sur le Brésil et l’Afrique lusophone.

Dans ce modèle, Lisbonne compléterait Paris et Amsterdam plutôt que de leur faire concurrence.

L’objectif serait d’optimiser les flux de passagers en fonction de la géographie, de réduire les correspondances inutiles via l’Europe du Nord et de diversifier le réseau du groupe alors que des contraintes de capacité affectent déjà Paris et Amsterdam.

Lufthansa Group : développer un système multi-hubs éprouvé

Lufthansa Group a suivi une stratégie de croissance différente, fondée principalement sur les acquisitions et l’intégration de compagnies aériennes.

Son portefeuille actuel comprend : Lufthansa, Swiss International Air Lines, Austrian Airlines, Brussels Airlines, Eurowings et ITA Airways.

Le groupe exploite déjà une structure multi-hubs organisée autour de : Francfort, Munich, Zurich, Vienne, Bruxelles et Rome.

Une acquisition de TAP par Lufthansa constituerait donc la poursuite d’un modèle déjà établi.

Comme Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines et ITA Airways, TAP conserverait probablement sa marque historique et son identité nationale tout en bénéficiant de la puissance d’achat du groupe, de capacités de maintenance, d’une expertise en gestion de flotte, de plateformes numériques, de programmes de fidélisation et d’une coordination commerciale.

La dimension des alliances : SkyTeam contre Star Alliance

Au-delà de la question de la propriété, l’opération TAP possède des implications importantes pour les alliances aériennes mondiales.

TAP est actuellement un membre historique de Star Alliance.

Une victoire de Lufthansa préserverait cette structure avec une perturbation limitée des coopérations existantes avec les partenaires de l’alliance tels que United Airlines et Air Canada.

Les accords de partage de codes, les avantages des programmes de fidélité et les initiatives commerciales communes pourraient se poursuivre dans le cadre actuel, tandis que Star Alliance renforcerait sa position en Europe du Sud.

Une acquisition par Air France-KLM créerait un scénario stratégique différent.

La propriété ne déterminerait pas automatiquement l’avenir de TAP au sein d’une alliance, mais le positionnement stratégique à long terme de la compagnie pourrait être réévalué.

Un éventuel rapprochement avec SkyTeam renforcerait la position de l’alliance sur les routes de l’Atlantique Sud, notamment entre l’Europe, le Brésil et l’Afrique lusophone.

Tout changement d’alliance nécessiterait toutefois une évaluation approfondie des accords commerciaux existants, des contraintes réglementaires et des intérêts des partenaires internationaux.

Consolidation européenne et retrait d’IAG

Au cours des deux dernières décennies, les trois grands groupes aériens européens ont suivi des stratégies de développement différentes.

Lufthansa Group s’est principalement développé par acquisitions, en intégrant des compagnies tout en préservant leurs marques individuelles.

Air France-KLM s’est concentré sur le renforcement de son réseau grâce aux partenariats, aux coentreprises et aux investissements ciblés, tout en s’appuyant sur ses deux principales compagnies.

International Airlines Group (IAG) a construit un grand groupe aérien européen autour de British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling et LEVEL.

IAG avait initialement manifesté son intérêt pour TAP mais a finalement décidé de ne pas déposer d’offre engageante, invoquant une allocation disciplinée du capital, l’absence de garanties d’un contrôle total à terme et un environnement concurrentiel européen plus exigeant après l’abandon de l’acquisition d’Air Europa en 2024.

Les critères de sélection du Portugal

Parce que TAP est considérée comme un actif stratégique national, le gouvernement portugais a insisté sur le fait que la décision ne serait pas fondée uniquement sur le prix d’achat.

Le partenaire retenu devra répondre à plusieurs priorités :

  • préserver la marque TAP et son identité nationale ;
  • maintenir Lisbonne comme hub international ;
  • préserver l’emploi ;
  • protéger la connectivité avec le Portugal continental, Madère et les Açores ;
  • renforcer les liens stratégiques avec le Brésil et l’Afrique lusophone ;
  • soutenir le tourisme et le développement économique global du Portugal.

La proposition gagnante devra démontrer une véritable valeur industrielle à long terme plutôt qu’une simple attractivité financière.

Ce que chaque candidat peut gagner

  • Air France-KLM : Un troisième grand hub européen ; une présence renforcée dans l’Atlantique Sud ; un accès direct au réseau brésilien de TAP ; une meilleure connectivité avec l’Afrique lusophone ; une diversification accrue du réseau au-delà de Paris et Amsterdam.
  • Lufthansa Group : Un nouveau hub spécialisé dans son système multi-hubs ; une position renforcée de Star Alliance en Europe du Sud ; une profondeur accrue du réseau transatlantique ; un accès renforcé au Brésil et à l’Afrique lusophone ; une taille supplémentaire au sein du plus grand groupe aérien européen.

Défis réglementaires et prochaines étapes

Toute transaction fera l’objet d’un examen approfondi par les autorités portugaises et européennes.

Les autorités de la concurrence devraient analyser les liaisons Europe–Brésil, les liens entre le Portugal et les grands hubs européens, les services vers les marchés africains lusophones ainsi que les portefeuilles de créneaux aéroportuaires, notamment à Lisbonne, Paris Charles de Gaulle, Amsterdam Schiphol, Francfort et Munich.

Des mesures correctives pourraient inclure des engagements concernant l’emploi, le développement du réseau, le statut de hub de Lisbonne et le maintien d’une concurrence suffisante sur les liaisons affectées.

Après le dépôt des offres engageantes, le gouvernement portugais évaluera les conditions financières, les engagements industriels, les garanties en matière d’emploi, les plans de développement du réseau et la faisabilité réglementaire. Des négociations supplémentaires pourront avoir lieu avant la désignation d’un candidat privilégié. L’opération devra ensuite être approuvée par les autorités nationales et les régulateurs européens, un processus qui pourrait durer plusieurs mois.

Un moment décisif pour l’aviation européenne

La privatisation de TAP représente bien plus que la vente d’une participation minoritaire dans une compagnie nationale. Pour Air France-KLM, elle est l’opportunité de créer un troisième hub européen stratégique centré sur Lisbonne et de renforcer sa position dans l’Atlantique Sud. Pour Lufthansa, elle constitue une nouvelle étape dans l’expansion d’un modèle multi-marques et multi-hubs. Quelle que soit l’issue, TAP demeurera une porte d’entrée majeure entre l’Europe, le Brésil, l’Amérique du Nord et l’Afrique lusophone, avec un impact potentiel sur la prochaine phase de consolidation européenne.

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