Truck

Publié le 08 août 2026 par Hunterjones

 On a jamais besoin d'être comme les autres. Favorisez l'unicité.

Il y a longtemps, quand j'ai découvert David Bowie, il m'a fait comprendre que je n'avais pas à être comme tout le monde, ce n'était pas complètement nécessaire. En concept de "gars" je ne suis pas complètement dans les critères habituels. Je ne m'intéresse aucunement, mais vraiment pas du tout aux voitures. Au point de ne jamais me rappeler facilement le modèle de ma propre voiture. Je ne suis pas bricoleur sur une maison. Tout son contraire. je n'ai pas de coffres à outils. J'en ai un, donné par mon beau-père, je n'aurais pas acheté. mais je réalise que je l'ai rempli de cassettes de musique, du passé.Ça c'est tout à fait moi. Je vais toujours préférer un film ou un livre à une activité de go-kart ou à un barbecue. Vous ne verrez jamais jouer au golf. Je méprise cet univers sévèrement. Désolé. It's a bitch.

J'avais besoin d'un tapis roulant. Parce que je ne suis pas gros, mais mon corps commence à tricher. Parce que je travaille trop assis et m'entraine moins. Et me permet plus dans le frigo. Pas envie que ça déborde. J'ai parlé de mon besoin du tapis roulant à voisin. Il a été acheté usagé mais est neuf. Son utilisateur est décédé et il venait tout juste de l'acheter. Et sa veuve n'en voulait plus. Je l'ai eu à très bon prix, Elle ne connaissait pas tellement ça. Dommage, j'ai eu l'impression d'exploiter une vulnérable. 

Mon voisin m'a dit "Tu connais quelqu'un avec un truck?

Non. Je ne connais personne avec un truck. Au travail, on a plusieurs camions, des Isuzu, je pourrais attendre la fin de mes vacances et prendre un des multiples camions, mais justement, je suis en vacances, pas envie de penser au travail et envie de courir sur tapis now.  Le voisin, quand je le lui ai dit que je ne connaissais personne avec un truck, m'a regardé avec un réel regard consterné. Pas un regard de pitié, un regard de vrai souci. Découragé. Abattu. J'avais un problème et il voulait me le faire sentir. Il me regardait comme on regarde quelqu'un qui est sans nom, sans prénom. Et qu'on essaie de solutionner des yeux. 

"Tu te DOIS de connaitre quelqu'un qui est propriétaire d'un truck!" m'a t-il semoncé. 

Je lui demandé naïvement comment on acquiert une telle personne. 

"Tu le fais, c'est tout!" a-t-il roté. 

C'est la 3e fois qu'on me répond ceci dans ma banlieue crasse. C'est la réponse à tout. Tu le fais, c'est tout. Y a pas de processus de présenté. Il n'y a que le fait d'avoir, de posséder. D'être un propriétaire de truck. 

Il m'a ensuite dit "Demande à Kevin". 

Je ne connais pas de Kevin. Le peu que je connais habite la Beauce. Ils sont 183 Kevin là-bas, je ne me trompe pas. Il m'a parlé de Kevin comme si j'était supposé le connaitre. Comme si on partageait un membre de la famille. 

J'ai rencontré Kevin, 4 jours plus tard. Kevin a bien un truck. Il n'a pas de truck pour lui-même. Il a un truck pour les autres. Il se valorise par le truck. Se rend indispensable. Personne ne prossède un truck pour lui-même. Tu possèdes un truck comme certaines portent du linge ou conduisent des voitures pour les autres. Kevin est propriétaire de truck pour un rayon de quelques 30 kilomètres. C'est le truck du secteur.

À l'intérieur, je me suis dit que cet homme avait fait serment d'utilité sans l'annoncer. Il n'a qu'acheter un truck pour pouvoir transporter des lits, des frigos, des canapés, des tapis roulants. Kevin n'était pas en vacances, il n'est donc venu que samedi. Il est arrivé avec le truck mais aussi avec un autre homme.

Je n'avais pas demandé d'autre homme. 

Le 2e homme était Tony. Un gars du coin. Travaille dans la mafia l'import-export. A souvent du temps devant lui. Tony était là parce que Kevin (originaire de la Beauce, je ne vous mens pas) était là.  Il ne me connaissait pas. Il n'avait même pas demandé ce "qu'on" déménageait, il avait des gants. Ils ont tout fait tout seul en quelques 12 minutes. Cueillette, embarquement, débarquement, livraison. Vite et bien. 

Je leur ai offert de l'argent, logiquement, je n'avais fait que pointer les choses du doigt. Ils ont éclaté de rire en même temps. Ça semblait pratiqué mais ce ne l'était pas. Je leur ai quand même demandé ce que je leur devais, Kevin a dit de simplement acheter la pizza. Ce que j'ai fait. C'était le prix. C'était l'entière économie. L'accès au truck coûtait une pizza, la pizza était non négociable et tout le monde savait le format et qu'il ne fallait pas la commander aux ananas. 

En moi, je me suis dit que ce prix a été fixé à travers toutes la banlieue, et par absolument personne. 

On a mangé la pizza assis dans le garage où se trouve notre tapis roulant. Je ne voulais pas les faire rentrer plus loin dans ma maison. Ils ne voulaient pas non plus. Ils ont insisté. Assis dans le garage. Tony a dit que sa fille jouait au soccer. Par politesse, je lui ai demandé si elle était bonne avant de tout de suite corriger et demandé si elle aimait ça. Il m'a répondu qu'elle était agressive. Je n'ai jamais su quoi en penser. 

3 semaines plus tard, Kevin m'a texté. 

"T'es libre dimanche ? Tony doit déplacer un frigo"

Il ne m'a pas demandé si ça me tentait, il m'a parlé du frigo.

Je me suis dit en moi que je n'avais rien signé comme papiers, que je ne m'étais engagé nulle part par contrat, qu'on avait rempli des papiers à ma place. 

J'y ai été, je n'ai pas de truck, ma contribution, comme toujours d'ailleurs, n'aura été que du jus de bras. Tony pointait les directions.

Un peu plus tard, un autre voisin que je ne connaissais pas m'a demandé si je connaissais un gars avec un truck pour un canapé et un fridge.

Je lui ai répondu que oui, j'avais un gars.  

J'avais un gars... 

Je suis aussi son gars de bras. 

Je n'ai pas de truck, je travailles encore trop assis, mais j'ai maintenant le superpouvoir le plus convoité de la région. Je connais maintenant mon 184e Kevin.