Ce livre est le témoignage le plus autistiquement radical que j’ai lu dans ma vie
Fern Brady est écossaise et comédienne de stand-up.
Son récit est celui d’une femme autiste dans un monde où rien n’est fait pour elle, entre déboires familiaux, séjour en psychiatrie, passion pour les langues étrangères, travail dans un club de streap-tease et effondrements autistiques violents à répétition.
Avec un humour décapant et une sincérité absolue, Fern Brady montre à quel point la grille de lecture alliste passe complètement à coté du vécu des autistes (comme n’importe quelle grille de lecture d’un groupe dominant sur un groupe marginalisé) : que ce soit le corps médical totalement dépassé, l’entourage à qui elle doit cacher ce qu’elle ressent pour ne pas mettre les gens mal à l’aise ou les effondrements interprétés comme de la colère, des caprices ou de la bouderie, elle est toujours renvoyée à l’image d’une personne qu’elle n’est pas.
À aucun moment ce livre ne tombe dans le piège de la déstigmatisation, l’autre pendant du regard biomédical, celui de ne montrer que les côtés positifs, les soi-disant « super pouvoirs » qui n’intéressent que tant qu’ils rapportent de l’argent à la société capitaliste et cachent les besoins d’aménagements des autistes.
La conclusion de ce livre est parfaite : oui, ce monde absurde c’est bien trop souvent la merde pour les autistes, un parcours du combattant qui ne prend pas souvent de pause, des moments extrêmement difficiles, mais il y a aussi des joies incommensurables et surtout le soutien de sa communauté.
C’est grâce aux femmes autistes qui produisent du contenu en ligne que Fern Brady a pu mieux se comprendre, et elle remercie toutes celles qui font le boulot que le système de santé ne fait pas, qui nourrissent son optimisme et sa foi en l’avenir.
Son livre est une pierre majeure à cet édifice, une façon de se soutenir face à une norme qui broie ceux qu’elle rejette et ne comprend pas.
Si vous lisez ce livre, surtout ne vous arrêtez pas à la préface de Nancy Huston, qui est absolument catastrophique et une parfaite illustration du regard alliste totalement réducteur, vous passeriez à côté d’un livre extraordinairement réconfortant et galvanisant si vous êtes autiste, et certainement dérangeant et questionnant si vous ne l’êtes pas.