C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien [La rentrée littéraire]

Par Antigone

J’ai acheté ce roman de rentrée car il s’est retrouvé dans la liste des cinq derniers livres en lice pour le Prix Fnac et qu’il m’intriguait. Et puis, ce titre est fort, il interpelle. Ici, il s’agit de survie, de prendre le risque de rencontrer la mort à chaque pas pour se donner une chance d’une existence possible, ailleurs. En matière de migration, j’avais déjà lu « Eldorado » de Laurent Gaudé et bien sûr « Entre deux mondes » d’Olivier Norek qui nous plongeaient à la fois dans l’enfer du départ et dans celui des camps de transit. Ce roman de Thélyson Orélien propose d’accompagner Jonas Dorléon dans son périple. Si vous tentez le voyage à votre tour, accrochez-vous, ça secoue.

Le résumé
Jonas Dorléon est professeur d’histoire-géographie en Haïti, quand un jour son quartier de « Carrefour-Feuilles » à Port-au-Prince s’embrase. En quelques minutes, sa maison est détruite par les flammes, et des coups de feu éclatent autour de lui. Il se dépêche de partir, avec pour tout bagage son diplôme, un cahier de poèmes, une photo de sa mère et un slip propre. Sa vie entière tient dans un simple sac de plastique, qu’il échangera d’ailleurs un peu plus tard pour un plus solide. Il se réfugie tout d’abord en République Dominicaine, qu’il devra quitter, traversant l’Amérique du Brésil au Mexique, espérant rentrer aux Etats-Unis, rêvant finalement du Canada. Les kilomètres défilent et il franchit les frontières dans des conditions invivables, à bord d’autobus surchauffés, à pied. Des compagnons de route tombent autour de lui. Des rencontres fugitives lui donnent un peu d’espoir. Et dans tout ce chaos, il choisit le rire et la poésie.

Mon avis
J’ai lu ce livre dans de mauvaises conditions, très lentement, luttant contre une panne de lecture et préoccupée par des évènements extérieurs. Et puis, j’ai compris peu à peu que je devais aussi digérer à chaque chapitre ce qu’il advenait de Jonas Dorléon. L’écriture de Thélyson Orélien est absolument magnifique, inventive, poétique, pleine d’humour. L’enfer n’est pas dans le texte, il est dans les faits racontés. Je suis certaine que ce roman essentiel va obtenir des prix, en tous les cas je le souhaite. Il éveille et permet un regard sans fards sur la condition des migrants, leurs motivations. Nous ne mesurons que très rarement notre chance de vivre là où nous vivons. J’ai parfois été intriguée par l’apparition soudaine de chaussures ou d’un téléphone mais Thélyson Orélien aménage quelques ellipses temporelles pour s’appesantir sur la route, la survie, le rire qui sauve et la poésie qui montre le chemin. Et en racontant l’histoire de son personnage, il rend hommage à tous les migrants, fait entendre leurs voix. Un roman de rentrée, bouleversant, qui n’a pas fini de faire parler de lui, j’en prends le pari.

« C’est ce qu’on oublie souvent quand on parle de nous – les migrants, les réfugiés, les déplacés. On croit que nous voulons des papiers, du riz, un toit, un visa. Oui, c’est vrai. Nous voulons tout ça. Mais avant tout, nous voulons raconter , dire ce que nous avons vu, partager l’horreur. Pour ne pas devenir fous. »

 Editions Grasset – 19 août 2026

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…

D’autres lectures chez… L’île aux trésors et Moka