airBaltic dépose une demande au titre du Chapter 11

Publié le 15 septembre 2026 par Toulouseweb

airBaltic dépose une demande au titre du Chapter 11 : pourquoi la compagnie nationale lettone a choisi une procédure de restructuration américaine

AeroMorning – John Smith – 14 septembre 2026

Riga, Lettonie – 14 septembre 2026 – La compagnie aérienne nationale lettone airBaltic a volontairement engagé une procédure de Chapter 11 devant le tribunal des faillites des États-Unis (Southern District of New York) afin de restructurer ses obligations financières, avec un processus dont l’achèvement est visé aux alentours de juin 2027.

Les opérations et les services aux clients vont se poursuivre

La procédure de Chapter 11 n’est pas censée perturber les passagers ni les opérations quotidiennes. Les vols doivent continuer à être assurés comme prévu, les billets et réservations restent valides et les passagers n’ont pas besoin de reconfirmer leurs réservations. Les remboursements, bons d’achat, cartes‑cadeaux et crédits continuent d’être traités conformément aux politiques existantes.

Le directoire et le conseil de surveillance d’airBaltic restent en place pendant la restructuration. La compagnie entend continuer à honorer normalement ses obligations envers ses employés, ses fournisseurs et ses autres partenaires dans le cadre habituel de ses activités.

Le PDG Erno Hildén a souligné la volonté de poursuivre les vols et la vente de billets tout en mettant en œuvre un nouveau plan d’affaires. Le président du conseil de surveillance, Andrejs Martinovs, a insisté sur l’importance de préserver la connectivité internationale de la Lettonie et de parvenir à des accords durables avec les créanciers et les autres parties prenantes.

Pourquoi le Chapter 11 américain ?

Bien qu’airBaltic ait son siège à Riga et soit majoritairement détenue par la République de Lettonie, ses relations financières et contractuelles sont internationales et impliquent des prêteurs, des détenteurs d’obligations, des bailleurs d’avions, des fournisseurs et d’autres parties prenantes basés dans différentes juridictions.

Dans ce contexte, airBaltic a choisi le cadre américain du Chapter 11, qui fournit un mécanisme supervisé par un tribunal, adapté aux restructurations complexes impliquant des créanciers dispersés géographiquement et des obligations contractuelles internationales. Ce cadre autorise aussi la levée de nouveaux financements, tout en permettant la poursuite des opérations pendant la restructuration.

Ceci est particulièrement important pour une compagnie aérienne, qui doit continuer à financer le carburant, la maintenance, les dépenses de personnel et les redevances aéroportuaires, tout en négociant avec ses créanciers et en restructurant son bilan.

Le choix du Chapter 11 ne signifie pas qu’airBaltic devient une entreprise américaine. Elle reste une compagnie aérienne lettone, basée à Riga et majoritairement détenue par l’État letton. Elle utilise un cadre juridique et financier américain dans le contexte de ses relations internationales de financement et de location d’avions.

350 millions d’euros de nouveau financement DIP

Le dépôt s’accompagne d’un engagement portant sur 350 M€ de financement Debtor‑in‑Possession (DIP), arrangé par Strategic Value Partners, avec Barclays, Hayfin Capital Management, Morgan Stanley et Oaktree Capital Management comme prêteurs additionnels. Ce financement reste soumis à l’approbation du tribunal des faillites américain.

Ce financement porterait un taux d’intérêt d’environ 12 %, reflétant le risque important assumé par les prêteurs qui apportent des capitaux neufs à une compagnie en restructuration.

Le financement DIP — « Debtor‑in‑Possession » — correspond à de l’argent frais fourni après l’entrée en Chapter 11, permettant à l’entreprise de poursuivre ses activités pendant que ses obligations existantes sont restructurées.

Pour airBaltic, cette facilité fournit des liquidités essentielles pendant la restructuration. La compagnie doit continuer à payer le carburant, la maintenance, ses employés, les aéroports et autres besoins d’exploitation tout en négociant avec ses créanciers.

Les prêteurs DIP peuvent bénéficier de protections renforcées dans le cadre du Chapter 11, notamment des créances prioritaires et, lorsque le tribunal l’autorise, des sûretés sur les actifs du débiteur. Ces protections facilitent l’apport de capitaux malgré la détresse financière, sans constituer une garantie inconditionnelle de remboursement.

Les pressions financières à l’origine de la procédure

Avant le dépôt, airBaltic avait recherché jusqu’à 257 M€ de dette super senior arrivant à échéance en 2027, suscitant des inquiétudes parmi certains investisseurs en raison de sa priorité sur la dette existante. La compagnie a également reçu un prêt de 30 M€ du gouvernement letton, tandis que toute aide supplémentaire est contrainte par les règles européennes sur les aides d’État et par des considérations politiques.

La hausse marquée des prix du carburant aviation liée au contexte géopolitique a ajouté une pression supplémentaire, y compris sur les dispositifs de couverture du carburant.

La compagnie fait état d’environ 583 M$ de dette financière et d’obligations de location‑financement, ainsi qu’environ 106 M€ d’impôts et taxes. En 2025, airBaltic aurait généré environ 779 M€ de revenus et enregistré une perte nette de 44,3 M€.

Dans le cadre de sa restructuration et de son nouveau plan d’affaires, la compagnie vise environ 44 M€ d’amélioration annuelle de son résultat.

Une flotte A220‑300 monotype et un réseau recentré

airBaltic exploite une flotte 100 % Airbus A220‑300, avec 54 appareils en service. La compagnie a été le client de lancement mondial de ce type, colonne vertébrale de sa stratégie flotte. Avant la restructuration, elle visait près de 100 appareils et disposait d’un carnet ferme d’environ 90 A220.

Dans le cadre de la restructuration, airBaltic prévoit de réduire la flotte à environ 36 appareils d’ici fin 2026, afin d’aligner la capacité sur la demande et d’ajuster les engagements de location.

Le réseau est centré sur Riga, avec une présence à Tallinn, Vilnius et Tampere. Il s’étendait à plus de 70 destinations reliant la région baltique et la Finlande à l’Europe, au Moyen‑Orient, à l’Afrique du Nord et au Caucase. La restructuration devrait aboutir à un réseau plus ciblé autour de Riga, tout en préservant la connectivité internationale de la Lettonie.

Actionnariat et perspectives

La République de Lettonie détient 88,37 % d’airBaltic, Deutsche Lufthansa AG 10 %, et 1,63 % sont détenus par des actionnaires privés. L’investissement de Lufthansa confère une position minoritaire stratégique tout en laissant l’État letton aux commandes. Lufthansa n’envisage pas d’augmenter sa participation à court terme, tandis que le gouvernement letton étudie l’option d’un investisseur stratégique.

Priorités immédiates

  • Assurer la continuité des vols et des services aux clients.
  • Sécuriser les liquidités via le financement DIP de 350 M€.
  • Restructurer la dette et négocier avec bailleurs d’avions, prêteurs et porteurs d’obligations.
  • Réduire la base de coûts et la capacité flotte.
  • Mettre en place une structure de capital à long terme plus durable.
  • Préserver la connectivité internationale de la Lettonie en appliquant le nouveau plan d’affaires.

Le dépôt au titre du Chapter 11 constitue une restructuration financière majeure plutôt qu’une cessation d’activité. airBaltic demeure une compagnie lettone, continue d’exploiter sa flotte d’A220‑300 et utilise le cadre judiciaire américain pour obtenir des liquidités, restructurer ses obligations et viser un modèle plus durable à long terme.

Veuillez laisser ce champ vide

Abonnez-vous à notre newsletter

Nous ne vous enverrons jamais de spam ni ne partagerons votre adresse électronique.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.