Le samedi à Saint-Cloud a démarré dans les règles de l’art du festivalier : une après-midi boueuse à souhait, agrémentée d’un petit crachin bien tenace qui venait nourrir les mares déjà copieusement piétinées par la foule. Heureusement, le ciel a fini par se dégager en soirée, mais l’essentiel était ailleurs. La vraie chaleur, celle qui décrasse, est venue de la scène.
Lambrini Girls : La claque politique nécessaire
Il est encore tôt, mais la foule est déjà compacte pour accueillir les Lambrini Girls. On adore ce combo féministe et antifasciste pour sa capacité à balancer un son lourd, brutal, sans la moindre concession. Et le duo ne déçoit pas. Après quelques morceaux balancés comme des pavés, l’écran géant affiche un sans-équivoque « Fuck Marine Le Pen ». Ça fait du bien de voir des artistes qui utilisent leur micro pour réveiller les consciences, à une heure où l’extrême droite frappe à la porte du pouvoir.
Beaucoup s’imaginent encore que la haine est une solution et désignent l’étranger comme le bouc émissaire parfait. Pourtant, qu’on se le dise : un Sénégalais qui ramasse nos poubelles au petit matin ou une Syrienne qui nettoie les toilettes dégueulasses de la gare Montparnasse pour trois sous seront toujours infiniment moins dangereux pour la France et son économie que des ultra-riches qui usent de l’évasion fiscale, des PDG qui délocalisent sans vergogne pour gratter sur les coûts de main-d’œuvre, ou des lobbys qui flinguent notre santé et notre écologie pour imposer leurs produits dans l’agriculture et les médicaments. Le vrai danger, il est là, et il porte les couleurs de l’extrême droite. Merci aux Lambrini Girls d’avoir posé les points sur les i.
Amyl and the Sniffers : Énergie brute et regard noir
On reste dans l’énergie punk avec les Australiens d’Amyl and the Sniffers (et leur nouvelle bassiste installée au groove). Amy Taylor, égale à elle-même, s’impose en patronne incontestée du plateau. Elle sautille dans tous les sens, enchaîne les grands sourires communicatifs lorsqu’elle s’adresse au public, pour pivoter la seconde d’après vers des regards noirs électriques dès que les morceaux démarrent. On raffole de cette bipolarité scénique, servie par un look excentrique et un maquillage outrancier qui viennent sublimer la puissance dévastatrice de leur répertoire. Le genre de gus avec qui on se voit bien boire des bières juste après.
Turnstile : La messe punk hardcore
Si la majorité du festival semblait piétiner dans l’attente de Deftones, une part énorme du public n’avait d’yeux que pour Turnstile. Au fil des tournées, Brendan Yates s’est métamorphosé en un véritable prêcheur devant une armée d’apôtres prêts à en découdre. La messe démarre sur “Birds”, histoire de nous coller une immense tarte d’entrée de jeu.
Pendant plus d’une heure, la scène BoursoBank a littéralement cramé sous les assauts de “Blackout”, “Sole” et des autres cartouches abrasives des mecs de Baltimore. Mais réduire Turnstile à de la sueur et des stroboscopes serait une grave erreur. Le groupe véhicule une tolérance et une acceptation de l’autre qui rappellent fortement le discours d’IDLES, le tout enrobé d’une poésie lumineuse. L’exemple parfait reste ce final planant sur “Look Out For Me”, qui vous extrait d’un coup de la fureur initiale.
Turnstile, c’est beau, c’est nerveux, c’est profondément engagé. Bref, la bande-son idéale pour traverser ce climat ambiant bien anxiogène.
Crédits photos : Olivier Hoffschir & Antoine Jaussaud