Compte-rendu et photos : Emmanuel
Le samedi commence avec des guibaules lourde comme des poteaux, des valises diplomatiques sous les yeux et un sommeil qui commence franchement à manquer. Quatre jours de Hellfest, ce n’est jamais anodin, surtout lorsque le soleil refuse obstinément de lever le pied. Il cogne déjà fort, très fort, et à voir les visages que je croise sur les allées, les premiers morts tombés au combat jeudi et vendredi ne semblent toujours pas complètement remis. Pourtant une chose qui me surprend d’années et en années : la sobriété est de plus en plus de mise. Pour un festoche de cette ampleur, il y a de moins en moins de gens attaqués comme j’avais pu le voir les années précédentes.
Ci dessus, un magnifique olivier. Les décors naturels sont très soignés.
Avant de rejoindre la Temple, impossible de ne pas passer saluer cette étrange statue de l’immense Ozzy Osbourne, figé dans un curieux « six seven ». Me voilà à nouveau plongé dans cette caravane de l’étrange (si vous n’avez pas vu ce banger de 2007, il est temps de vous y mettre !) où les héros du metal deviennent peu à peu des monuments.
Direction la Temple.
On entend régulièrement les éternels grincheux expliquer que le Hellfest serait devenu trop mainstream, qu’il aurait perdu son âme ou abandonné les musiques les plus extrêmes au profit des têtes d’affiche grand public.
Ci dessus, le fameux Ozzy exécutant son “six seven” !
Curieusement ces Gatekeeper sont les premiers à ne rien faire pour soutenir les niches. Je puis témoigner que devant les scènes obscures, il y a encore de la place. Il suffit pourtant de regarder le programme de ce samedi pour comprendre que cette critique ne tient pas. Aujourd’hui, il sera question de black metal, de brutal death, de blasts et de violence sonore. Bref, une journée qui ne cherche en aucun cas à séduire le plus grand nombre.
Hulder — Temple
Premier arrêt sous la Temple avec Hulder et son black metal glacial, porté par Marliese Beeuwsaert, silhouette fantomatique, longue, maigre, aux interminables cheveux blonds qui semblent presque toucher le sol. L’un des guitaristes paraît d’ailleurs engagé dans une compétition officieuse de longueur capillaire.
La musique avance lentement, presque cérémoniellement. Les mid-tempo installent une tension permanente avant d’être brutalement balayés par des blasts d’une précision chirurgicale. Rien n’est démonstratif. Tout repose sur l’atmosphère.
Ce qui frappe surtout, c’est ce contraste permanent entre la musique et le moment de la journée. Le black metal qui appelle naturellement la nuit, le brouillard, les forêts humides, les caves, les églises abandonnées rencontre ce matin le soleil qui a décidé d’écraser la toile de la Temple. La lumière semble presque contredire ce que raconte la musique.
Et pourtant, Hulder ne lutte jamais contre cette contradiction.
Au contraire, le groupe impose progressivement son univers jusqu’à faire oublier la chaleur extérieure. Après quelques morceaux, la pénombre paraît presque s’être invitée sous la tente. Le public, pourtant éprouvé par plusieurs jours de festival, reste remarquablement concentré. Peu de mouvements, peu d’agitation. Chacun semble accepter de se laisser entraîner dans cette lente descente aux enfers. Mention spéciale à la concentration de son guitariste qui semble totalement habité.
Une entrée en matière particulièrement convaincante.
Cabal — Altar
Voilà un groupe que j’attendais avec impatience.
Cabal représente assez bien cette génération de metalcore/hardcore/deathcore moderne qui a parfaitement assimilé les codes du deathcore contemporain : riffs massifs,, breaks qui écrasent tout et surtout un chanteur dont le charisme suffit (presque) à remplir la scène.
Une absence saute pourtant immédiatement aux yeux : il n’y a pas de bassiste.
Il y a encore quelques années, cette remarque aurait probablement semblé anecdotique. Aujourd’hui, elle raconte presque une évolution entière du metal contemporain. Les effectifs se réduisent, les séquences prennent une place de plus en plus importante, certaines parties instrumentales disparaissent physiquement de la scène tandis que le son, lui, paraît toujours plus énorme.
On se surprend presque à chercher instinctivement ce musicien absent avant de comprendre que cette organisation est désormais parfaitement assumée. Si pendant longtemps, la puissance d’un groupe se lisait aussi dans ce que l’on voyait : quatre ou cinq musiciens, chacun participant visiblement à cette masse sonore. Désormais, une partie de cette puissance devient invisible (Le cas BMTH est symptomatique : Oui Sykes est une bête de scène et porte le groupe à lui tout seul, c’est une évidence).
Cabal démontre aussi que cette nouvelle manière de construire un concert fonctionne lorsqu’elle repose sur une véritable présence scénique. Le groupe ne perd jamais en impact. Il déplace simplement les repères auxquels nous étions habitués.
Non Est Deus — Temple
Retour sous la Temple pour l’un des concerts les plus théâtraux de cette journée.
Dès les premiers instants, Non Est Deus transforme la scène en véritable cérémonie anticléricale. Pupitre, liturgie détournée, bénédictions inversées, symboles religieux retournés contre eux-mêmes : le groupe ne cherche jamais la subtilité. Mais il ne tombe jamais non plus dans la caricature.
Les musiciens me semblent immenses, je me demande même à un moment s’ils sont perchés sur des échasses. La présence dégage quelque chose d’écrasant, et le rituel de « Flagellation » a quelques chose d’effrayant. On s’y croirait ! et cette mise en scène montre précisément ce qu’elle dénonce : l’extrémisme religieux. Si le Hellfest n’est plus attaqué par cette ordre de religieux fanatique (je pense à l’équipe de Christine Boutin et celle de Philippe de Villier), on ne peut/doit pas oublier que cette musique anticonformiste n’est pas là pour séduire.
Dans bien des formations de BM, l’accumulation de symboles finit par tourner au folklore voire au cringe. Ici, chaque élément sert une mise en scène cohérente : musique et décor avancent dans la même direction.
Lorsque retentit « Fuck Your God », impossible de ne pas constater que le public répond immédiatement à cette liturgie inversée.
Un bien bon moment.
Defeated Sanity — Altar
Defeated Sanity rappelle immédiatement pourquoi le brutal death n’est pas seulement une affaire de vitesse ou de décibels. Derrière cette avalanche de violence se cache une sophistication remarquable.
Impossible de ne pas penser au Suffocation des grandes années pour la brutalité et très vite apparaissent d’autres références. Certaines cassures rythmiques, certains développements presque progressifs évoquent davantage Atheist, voire Cynic, que les groupes habituellement associés au brutal death. Les riffs explosent dans tous les sens, se réorganisent, repartent ailleurs, j’adore. Et pourtant, jamais le groupe ne donne l’impression de vouloir démontrer quoi que ce soit. Tout reste incroyablement lisible.
Defeated Sanity offre probablement l’une des démonstrations les plus convaincantes de ce jeudi. Une musique extraordinairement technique, d’une brutalité physique qui ne perd jamais son intelligence d’écriture.
Lorsque le concert s’achève, une chose est déjà certaine : la barre vient d’être placée très haut pour le reste de cette journée.
Severe Torture — Altar
S’il y avait un groupe à ne manquer sous aucun prétexte aujourd’hui, c’était bien celui-là.
Les Bataves de Severe Torture font partie de ces formations qui n’ont jamais vraiment cherché à suivre les modes. Pas de révolution esthétique, pas de virage opportuniste. Du death metal brutal, joué avec une régularité presque insolente depuis plus d’un quart de siècle. Après Defeated Sanity, la comparaison est inévitable. Les deux groupes jouent dans un registre voisin, mais ne racontent pas la même histoire. Là où les Allemands construisent une violence complexe, labyrinthique, Severe Torture frappe beaucoup plus directement. La précision devient ici l’arme principale. Le premier responsable de cette impression est évidemment la batterie, et quelle démonstration !
Rien ne flotte, rien ne déborde. Les blasts restent parfaitement lisibles et l’immense Damiën Kerpentier, prodigue une leçon de technique avec, il faut le dire, une certaine nonchalence. Il faut être clair, Feasting on blood est très représenté cet après midi et malgré une vitesse ahurissante et des accélérations qui donnent constamment l’impression que le groupe pourrait encore monter d’un cran sans jamais perdre le contrôle, la maîtrise générale du combo n’en finit pas de devenir inquiétante.
À plusieurs reprises, je me surprends à regarder un public sous hypnose, quasi psychotique avec des gestes répétitifs qui consistent à secouer la tête de gauche à droite.
On entend parfois dire que le Hellfest s’adoucit, qu’il devient un festival de têtes d’affiche ou de curiosités grand public, il fallait assister à cette démonstration de violence gratuite pour se convaincre du contraire. Le Hellfest demeure extrêmement exigeant en terme de musiques extrêmes, et une violence aussi maîtrisée finit par devenir une forme de raffinement. Mon avis.
Enhancer — Mainstage 1
Voilà LE concert qui nous ramène vingt-cinq ans en arrière sans même me demander mon avis.
Je savais que ce retour d’Enhancer allait réveiller quelque chose, mais je ne pensais pas prendre une telle claque émotionnelle et je ne parle pas de ce petit échange privé avec David.
Il suffit de quelques minutes pour que reviennent les Yvelines, Vernouillet, Cergy, les copains, les concerts, les années lycée, cette époque où le néo-metal français explosait dans tous les sens avec Pleymo, Watcha, AqME, Mass Hysteria, Lofofora et toute cette génération qui parlait de notre quotidien, de nos galères, de cette difficulté de devenir un adulte, avec une sincérité désarmante.
À l’époque, ces groupes étaient souvent regardés avec une certaine condescendance. Trop urbains, trop adolescents, pas assez metal. Avec vingt-cinq années de recul, je me rends compte que les gatekeepers qui râlent ont oublié que 20 piges plus tôt, nous étions montré du doigt avec nos pantalons trop larges, nos boutons, notre fougue d’ado.
Tout y est. Tout. « Electrochoc », « Street trash » un crossover de malade avec les gars de Pleymo « Nowhere » et un certains Joey Star qui vient taper le boeuf ! Je constate que Mark, qui affiche une cinquantaine insolente n’a pas pris une putain de ride, pas de cheveux blancs et un six pack à faire pâlir les plus sérieux go muscu du pit !
Les textes parlent toujours du ras-le-bol, du travail qui broie, des relations qui échouent, de cette colère sociale que beaucoup ressentent sans forcément réussir à la formuler. Hélas, rien n’a changé. Les choses se sont même bien aggravées.
Finalement, cette musique a beaucoup mieux vieilli que certains ne voulaient bien l’admettre.Et puis il y a cette étrange sensation que seuls certains concerts savent provoquer.On ne replonge pas seulement dans des chansons. « Cinglés » nous ramène dans une époque entière.
Ces morceaux sont des machines à remonter le temps et ça s’amuse sur scène . Chaque refrain fait revenir des visages oubliés, des salles aujourd’hui disparues, des trajets en voiture, des copains perdus de vue. On ne mesure jamais vraiment le poids de certains souvenirs avant qu’une chanson ne vienne les réveiller sans prévenir.
Je dois bien reconnaître une chose : je suis officiellement nostalgique. Derrière les baggys, les chaînes et les casquettes se cachait finalement une génération qui racontait une putain d’époque : la nôtre. Et cette époque revient aujourd’hui avec une force étonnante.
A Perfect Circle — Mainstage 1
Changement radical d’atmosphère. Après l’énergie presque adolescente d’Enhancer, A Perfect Circle impose immédiatement un tout autre rythme. On ralentit. Le concert semble flotter. Tout devient plus lent et contemplatif.
Maynard James Keenan dont la discrétion maladive n’est plus à discuter apparaît comme à son habitude en retrait, vouté sur son pied de micro les yeux rempli d’un blush noir gras, le regard presque effrayé, rarement placé au centre de la scène. Voilà des années qu’il refuse les codes habituels de frontman et continue d’assumer cette posture étrange consistant à disparaître derrière sa propre musique. Au début, cela peut presque dérouter, puis on comprend que c’est précisément le principe.
Chez A Perfect Circle, le chanteur n’est pas forcément le centre du regard. L’attention circule naturellement entre les musiciens, les éclairages et cette musique incroyablement aérienne qui semble parfois flotter plusieurs mètres au-dessus du public. J’ai souvent entendu dire que Maynard serait arrogant et je ne partage pas cette lecture. J’y vois surtout une immense pudeur. Une manière presque maladive de ne jamais vouloir s’exposer davantage que nécessaire.
Lorsqu’il remercie finalement le public à la fin du concert, le geste de prière les mains jointes et la révérence paraîssent d’autant plus sincère qu’il n’a jamais cherché à séduire la foule pendant tout le concert. Cette retenue devient finalement sa manière d’habiter la scène.
Un concert tout en tension contenue.
Megadeth — Mainstage 2
Si Megadeth s’est déjà produit à Clisson un très grand nombre de fois en compagnie du plus français des belges : Dirk Verbeuren, c’est la première fois qu’un détail attire mon attention. Je veux parler de la chemise blanche de Dave Mustaine.
Cela peut paraître un détail, mais dans un Hellfest saturé de cuir, de battle jackets, de tatouages et de noir intégral, voir débarquer Megadeth en pantalon à pinces et chemise (y compris pour les autres membres excepté « la pieuvre » Dirk!) sans taouages, avec cette élégance presque démodée, produit un effet immédiat. Mustaine semble complètement hors des codes.
Aucune volonté de jouer les vieux guerriers du metal. Le groupe n’a plus rien à prouver depuis longtemps. Le très efficace « Tipping Point » ouvre le bal et force est de constater que ça fonctionne plutôt bien. L’éponyme sorti un an plus tôt prouve que Mustaine dont le personnage donne plutôt l’impression d’un homme profondément pudique, parfois raide, parfois difficile à lire, est monté en gamme en terme technique et tout simplement toujours capable de faire de très bonnes chansons, là où certains de ces homologues n’y parviennent tout simplement plus.
Les chansons parlent pour lui.
« Hangar 18 », « Tornado of Souls », « À tout le monde », « Holy Wars… The Punishment Due »… difficile de faire beaucoup mieux lorsqu’on possède un catalogue pareil.
On observe également avec beaucoup d’attention le travail du guitariste soliste Teemu Mäntysaari dont la succession des plans techniques est absolument impressionnante. La virtuosité reste toujours au service de la composition. Les morceaux respirent et le public ne s’y trompe pas.
À l’heure où la tournée d’adieu du groupe commence à prendre forme, difficile de ne pas ressentir une légère mélancolie pour ce groupe dont l’énergie et le talent n’en finissent pas de grandir. Si une génération entière de musiciens arrive doucement au terme de son histoire, ce soir, rien ne ressemble à un enterrement.
Limp Bizkit
Il existe des groupes qui gagnent avec le temps. Et puis il y a ceux qui prennent une revanche. Limp Bizkit appartient clairement à la seconde catégorie.
Je me souviens très bien de l’époque où il était presque de bon ton de cracher sur l’inénarrable Fred Durst et sa bande. Trop commerciaux. Trop MTV. Trop rap. Pas assez metal. On leur préférait volontiers les groupes « sérieux », ceux qui jouaient en noir, tiraient la gueule, avec des pochettes parfois illisibles. Les américains ont eu des couilles en vibranium et cela, vingt-cinq ans plus tard, le verdict reste sans appel : les compos font toujours mouche.
Lorsque Fred Durst arrive sur scène avec son immense barbe blanche et une perruque carrément cringe je prends soudain conscience d’un détail tout bête : nous avons vieilli. Nous et une bonne partie de cette foule. Pourtant, dès les premières mesures de « Faith », tout s’efface. La reprise de George Michael est toujours aussi insolente, toujours aussi absurde et jouissive. Puis arrivent le très solide « Break Stuff », « My Generation », « Livin’ It Up » et « Hot Dog ». Là, impossible de lutter. La Mainstage entière se transforme en gigantesque machine à remonter le temps, et sans en arriver aux extrémités d’un certain Woodstock 99, ça commence à pousser fort sur la barrière. Très fort même. Ça évacue fort.
Ce qui me frappe surtout, c’est la transmission. Les types de quarante ou cinquante ans chantent avec les gamins qui n’étaient même pas nés lorsque Chocolate Starfish and the Hot Dog Flavored Water écrasait les ventes de disques. Les paroles de « My Way » ou « Nookie » sont reprises avec la même conviction qu’au début des années 2000. Elles parlent toujours du même ras-le-bol, des mêmes histoires d’amour qui tournent mal, de cette impression universelle d’être pris pour un con. Finalement, ces chansons ont mieux vieilli que beaucoup de leurs détracteurs.
Musicalement, la machine est impressionnante. Wes Borland demeure un extraterrestre. Même lorsque tout le monde regarde Fred Durst, on revient toujours vers ce guitariste improbable, maquillé comme un personnage sorti d’un cauchemar industriel, qui continue de produire des riffs immédiatement reconnaissables. Derrière, John Otto groove comme si le temps n’avait aucune prise sur lui. Seul bémol au tableau, l’air hagard d’un Fred Durst dont le jeu de scène consiste à regarder le public d’un air hébété en restant voûté dans sa chemise. On pourrait aussi reprocher le manque de scénographie exception faite pour le regretté bassiste.
La deuxième partie du concert enfonce définitivement le clou. « Full Nelson », « Eat You Alive », l’immense, que dis-je, le maxi tube « Rollin » c’est officiel il fait 50°c dans le pit.
Le groupe balance « Boiler », « Behind Blue Eyes » puis « Take a Look Around » et si les titres s’enchaînent avec des temps mort un peu curieux ou Durst se singe lui-même, tout le monde passe vraiment un bon moment, les plus jeunes comme les plus vieux, tout le monde comprend qu’il est en train d’assister à un morceau d’histoire. Qu’adviendra t-il du biscuit mou ? Qui peut le dire? Un rappel évident « Break Stuff » pointe le bout de son nez. Oui, c’est attendu. Oui, c’est presque caricatural de jouer deux fois le même morceau mais qui en a cure? Lorsque des dizaines de milliers de personnes hurlent le refrain ensemble, on comprend que certaines chansons dépassent depuis longtemps le simple statut de tube. Elles sont devenues une mémoire commune.
Je l’écrivais déjà à propos d’Enhancer quelques heures plus tôt : il existe des musiques qui parlent d’une génération entière. Limp Bizkit en fait partie, qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, il en est ainsi. Les mépriser aujourd’hui reviendrait à nier un pan entier de l’histoire du metal des années 2000. Le Hellfest l’a parfaitement compris.
Deicide
Quelques centaines de mètres suffisent pour passer d’une gigantesque fête populaire à l’Altar oùun certain Glen Benton hurle comme un beau diable dans son micro.
Après le côté fédérateur de Limp Bizkit, retrouver Deicide fait presque l’effet d’une douche froide. Ici, pas de nostalgie bon enfant, pas de second degré, mais une heure de death metal exécuté avec une rigueur quasi militaire.
Ce qui me fascine chez Deicide, c’est cette capacité à continuer de progresser techniquement. Beaucoup de groupes historiques vivent aujourd’hui sur leur légende. Eux donnent l’impression inverse. Malgré les départs successifs des frères Hoffman, de Jack Owen, malgré la disparition de Ralph Santolla, malgré tous les bouleversements qu’a connus la formation, la violence semble encore gagner en précision.
À cinquante-huit ans, Glen Benton impressionne toujours. Il ne joue pas le rôle de la légende vivante venue toucher le cachet. Il attaque chaque morceau avec une férocité diabolique (je me souviens encore de son passage sur TF1 (et oui ça date!) où le chanteur venait expliquer avoir pactisé avec Satan… Quant au batteur… je crois sincèrement que rares sont les groupes pouvant se targuer de cette efficacité. J’avais déjà trouvé le groupe redoutable il y a plusieurs années, mais cette fois, j’ai presque eu le sentiment qu’il jouait encore plus vite, encore plus fort. C’en devient presque absurde.
Il n’y a pratiquement rien à raconter en matière de mise en scène à part ce backdrop non sophistiqué, et c’est précisément ce qui fait la force du concert. Pas d’écrans géants, pas de vidéos, pas de discours interminables. Seulement quatre musiciens qui montent sur scène pour pulvériser tout ce qui se trouve devant eux.
En quittant l’Altar, je repense finalement à toute cette journée. Le samedi devait, sur le papier, opposer les anciens aux modernes. Il raconte en réalité tout autre chose. A Perfect Circle, Megadeth, Limp Bizkit puis Deicide : quatre manières radicalement différentes de faire du metal mais une même histoire qui continue de s’écrire.
Cette fois : dodo.