Le récit commence dans les Charentes, au sein d’une famille modeste et aimante. Il traverse ensuite trois décennies, des années 1970 à la fin des années 1990, jusqu’au moment où l’auteur écrit enfin la première phrase de son premier roman. Entre les deux, il y aura l’école, les vacances sur l’île de Ré, les humiliations du collège, les premières attirances pour les garçons, les études, Paris, l’ascension sociale et les rencontres amoureuses. Il y aura surtout les absences et les disparitions, depuis la mort accidentelle d’un cousin jusqu’aux amis emportés par le sida. Autant de blessures qui deviendront, bien plus tard, la matière de ses livres.
Philippe Besson suit une construction résolument chronologique, mêlant son histoire personnelle à la grande Histoire. L’élection de François Mitterrand, « La Boum », le disco, Jean-Jacques Goldman, la chute du mur de Berlin ou la peur du passage à l’an 2000 composent la bande-son et le décor d’une époque. Pour les lecteurs qui sont, comme moi, de la même génération que l’auteur, l’effet est immédiat. Une chanson, une émission télévisée ou un objet du quotidien suffit à ouvrir une porte que l’on croyait depuis longtemps refermée. Le livre devient alors moins l’autobiographie d’un homme que l’album de souvenirs de toute une génération.
Certains trouveront sans doute ce catalogue de références un peu envahissant. Ils pourront également reprocher à l’auteur de revenir sur des thèmes déjà largement explorés dans ses précédents ouvrages. La critique n’est pas totalement injustifiée. Le récit aurait parfois gagné à ralentir, à approfondir davantage certains épisodes plutôt qu’à égrener les années et leurs signes distinctifs.
Mais ces réserves s’effacent en grande partie devant le talent de conteur de Philippe Besson. Lire ce roman, c’est l’écouter raconter son enfance. Et comme il raconte bien, avec cette élégance simple, cette pudeur et cette manière très personnelle de laisser affleurer l’émotion sans jamais trop la souligner, on se laisse volontiers entraîner. Lorsqu’on appartient, en plus, à la même génération que lui, on reconnaît inévitablement quelque chose de soi dans ses souvenirs. On sourit, on se rappelle, on mesure le temps passé. Et l’on passe forcément un bon moment.
« La première phrase du premier livre » n’est peut-être pas le livre le plus romanesque de Philippe Besson, mais c’est probablement l’un de ses ouvrages les plus directement adressés au lecteur. Une conversation intime, nostalgique et souvent touchante, à découvrir comme on retrouve un ami qui raconte admirablement bien les années où tout a commencé.
La première phrase du premier livre, Philippe Besson, Julliard, 240 p., 21,00 €
Elles/ils en parlent également : Karine, Thierry, Puchkina, Marco