Lorsque Jake Crow Dog est retrouvé noyé dans le Mississippi, la police de Minneapolis classe rapidement l’affaire. Accident ou suicide, peu importe. Mais ses enfants, Winona et Duane, n’y croient pas un instant. En remontant le fil des derniers jours de leur père, ils découvrent qu’il enquêtait sur la disparition de nombreuses jeunes femmes amérindiennes. Leur quête de vérité les conduit alors jusqu’aux réserves lakotas du Dakota du Sud, sur une terre dont ils sont issus mais qu’ils connaissent à peine. Ce voyage devient autant une enquête criminelle qu’une exploration de leurs racines et de leur identité.
Comme dans « Okavango », on retrouve ce qui fait la force de Caryl Férey : une formidable capacité d’immersion. L’auteur ne se contente jamais d’utiliser un décor exotique comme toile de fond. Il s’y installe, l’explore, l’écoute et le restitue avec une impressionnante richesse documentaire. Ici, les réserves lakotas ne sont ni des cartes postales, ni des clichés hollywoodiens. Elles apparaissent dans toute leur complexité, mêlant pauvreté, addictions, corruption, mais également solidarité, spiritualité, humour et résistance.
L’intrigue policière fonctionne parfaitement comme moteur narratif, même si elle n’est sans doute pas le véritable cœur du roman. Caryl Férey s’intéresse avant tout aux blessures laissées par la colonisation américaine, aux massacres oubliés, à l’effacement culturel et à la situation dramatique que connaissent encore aujourd’hui les peuples autochtones. Le destin des femmes amérindiennes disparues, largement inspiré d’une réalité bien documentée, donne au récit une résonance particulièrement forte.
La grande réussite du roman réside également dans ses personnages. Winona, déterminée, combative et profondément meurtrie, porte le récit avec une énergie impressionnante. Duane, cow-boy de rodéo un peu perdu entre deux mondes, apporte davantage de fragilité, d’humour et d’émotion. Leur relation fraternelle constitue la colonne vertébrale du livre. À mesure qu’ils avancent sur la piste de leur père, ils découvrent aussi ce qu’ils ont longtemps ignoré d’eux-mêmes.
Lire « Lakota », c’est un peu comme écouter un ami passionné vous raconter une histoire qui lui tient profondément à cœur. On sent l’indignation, l’empathie et l’admiration de Caryl Férey pour ce peuple auquel il rend un hommage vibrant. Comme dans « Okavango », le romancier met le thriller au service d’un récit plus vaste, plus engagé, plus humain. Et lorsqu’on referme le livre, on a autant appris qu’on a vibré.
Lakota, Caryl Férey, Gallimard, 432 p., 21,00 €
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