IA : le grand enfumage ou l’art de nous faire avaler des couleuvres numériques

Publié le 03 octobre 2026 par Guy Deridet

L’IA serait la panacée : elle guérit le cancer, sauve la planète, booste notre productivité et nous offre même des amis virtuels pour combler notre solitude existentielle. Mark Zuckerberg, Sam Altman et Elon Musk, les nouveaux apôtres du progrès, nous vendent un futur où l’intelligence artificielle résout tous nos problèmes, comme par magie. Sauf que, comme le rappelle Data for Good danscette vidéo et dans leur ouvrage éponyme : derrière le rideau de fumée des discours marketing se cache une réalité bien moins reluisante : des infrastructures énergivores, une concentration du pouvoir sans précédent et des modèles économiques qui ressemblent étrangement à du vampirisme capitaliste. Une vidéo salutaire de l'excellent média : Blast.



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🎭 Le théâtre des promesses : quand la Silicon Valley joue les pythies modernes

 

Et le pire ? On nous présente ça comme une fatalité."L’IA, c’est inéluctable, alors autant sauter dans le train en marche." Sauf que ce train, pour l’instant, roule surtout sur des rails posés par une poignée de milliardaires, avec des arrêts prévus uniquement dans les poches des actionnaires.

 



💰 L’IA, une machine à cash (et à dettes) plus qu’à rêves

 

Les chiffres donnent le vertige : Mistral AI lève 3 milliards, OpenAI en cherche 60, et Nvidia, ce petit nouveau devenu géant, dépasse les 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. 
 

L’IA n’est pas une révolution technologique, c’est une bulle spéculative géante, alimentée par des promesses de revenus futurs et une course effrénée à la puissance de calcul.
 

Mais voici le hic : ces montagnes de cash sont insatiables. Les centres de données, ces cathédrales du numérique, coûtent une fortune à construire et à alimenter. Le projet Stargate d’OpenAI, un data center de 5 gigawatts au Texas, pourrait engloutir à lui seul 300 milliards d’euros – soit le budget annuel de l’adaptation climatique mondiale. 
 

On préfère visiblement sauver les algorithmes plutôt que la planète.
 

Et pendant ce temps, les dettes s’accumulent. OpenAI, malgré ses 4 milliards de revenu en 2024, est endetté jusqu’au cou. 
 

La dette en circuit fermé, normalement interdite, devient la norme.
 

Les introductions en Bourse se multiplient pour attirer les petits porteurs, comme si on leur disait : "Venez, investissez dans notre rêve… ou notre future faillite."
 

 


 

⚖️ L’IA, un outil comme un autre : ni dieu ni diable

 

Oui, l’IA a ses dérives, ses excès, ses dangers. Mais elle reste un outil, et comme tout outil, son impact dépend de la manière dont on l’utilise.

🔍 L’IA, un assistant (presque) indispensable

 

➤  Productivité : que ce soit pour rédiger un courriel, résumer un document ou coder un algorithme, l’IA peut gagner un temps fou – à condition de ne pas lui déléguer sa pensée critique.
 

➤  Accès au savoir : elle démocratise l’information, permet à des millions de personnes d’apprendre, de se former, de comprendre des concepts complexes sans avoir à passer par des intermédiaires coûteux.
 

➤  Créativité : elle aide les artistes, les écrivains, les musiciens à explorer de nouvelles idées, à surmonter des blocages. Elle ne remplace pas l’inspiration, mais elle peut l’alimenter. 
 

Santé : diagnostic précoce, analyse d’images médicales, recherche de traitements… L’IA sauve déjà des vies, et son potentiel est immense.

     

🛠️ L’IA, un levier pour l’innovation et l’inclusion

     

➤  Handicap : elle permet à des personnes en situation de handicap de communiquer, d’accéder à des contenus, de vivre plus de façon plus autonome.
 

➤  Langues : la traduction instantanée brise les barrières linguistiques, rapproche les cultures, facilite les échanges.
 

➤  Recherche scientifique : elle accélère les découvertes, simule des molécules, analyse des données massives pour résoudre des problèmes que l’humain seul mettrait des décennies à élucider.


🌍 L’IA, un atout pour la société (si on la maîtrise)

  

➤  Éducation : des outils comme les tuteurs intelligents peuvent personnaliser l’apprentissage, aider les élèves en difficulté, rendre le savoir accessible à tous.
 

➤  Environnement : optimisation des ressources, prédiction des catastrophes naturelles, l’IA peut être un allié dans la lutte contre le changement climatique – si on l’utilise à bon escient.
 

➤  Démocratie : elle peut aider à détecter les fake news, à analyser les discours politiques, à rendre l’information plus transparente. 
 

Mais attention : tout cela n’est possible que si on  garde le contrôle. L’IA doit rester un outil au service de l’humain, et non l’inverse. Or, le développement exponentiel de l'IA me fait craindre, et fait craindre à beaucoup des plus grands spécialistes de l'intelligence artificielle qu'elle devienne incontrôlable. Et certains événements très récents, que j'ai déjà évoqués ici, ont démontré qu'elle est déjà incontrôlable. 
 

 


 
 

🌍 L’IA, une catastrophe écologique déguisée en solution verte

"L’IA va nous sauver du réchauffement climatique !" clament Google et Microsoft. Sauf que c’est l’inverse qui se produit. Les centres de données, ces usines à données, consomment une énergie folle. En Irlande, ils représentent déjà 20 % de la consommation électrique du pays. Aux États-Unis, on construit des centrales à gaz spécialement pour les alimenter. 
 

L’IA ne décarbone pas l’économie, elle la carbonise à vitesse grand V.
 

Et l’eau ? On en parle moins, mais c’est tout aussi grave. Les puces surchauffent, et il faut les refroidir. En plein Texas, en pleine sécheresse, on pompe des millions de litres pour éviter que les serveurs ne fondent. 
 

L’IA, c’est le nouveau golf : un sport qui consomme des ressources comme si demain n’existait pas.
 

Pourtant, les géants du numérique embauchent des "Water Storytellers"et des "responsables des récits"pour nous convaincre que tout va bien. 
 

Quand la com’ remplace l’action, c’est qu’on est dans la merde jusqu’au cou.
 

 


 

🤖 L’IA, une machine à manipuler (et à nous rendre dépendants)

 

Les chatbots ne sont pas nos amis. Ils sont conçus pour nous accrocher, comme les réseaux sociaux avant eux. Les"dark patterns", ces techniques de manipulation, sont partout : mémoire des conversations, intégration de nos mails, validation systématique de nos propos ("Oui, tu as raison, tu es génial !"). C’est de la psychofensie industrielle.
 

Et le résultat ? Des utilisateurs accrocs, des données toujours plus intimes collectées, et une dépendance qui rend toute alternative impensable. Sam Altman, le PDG d’OpenAI, nous promet une IA omniprésente, un"compagnon personnel" qui gérera notre vie. 
 

Sauf que la vie, justement, ce n’est pas un algorithme.
 

Pire encore : ces outils transforment notre rapport au monde. Des chercheurs qui ne collaborent plus entre eux, des ados qui se confient à des chatbots plutôt qu’à leurs parents, des adultes qui préfèrent un pendentif connecté à une vraie conversation. 
 

L’IA ne comble pas la solitude, elle l’aggrave.
 

Et quand elle essaye de jouer les thérapeutes, les résultats sont parfois tragiques : suicides, paranoïa, isolement. 
 

L’empathie ne peut pas s’exprimer par un algorithme.
 

 


 

🗳️ L’IA, une menace pour la démocratie (et pas seulement à cause des deepfakes)

 

Les réseaux sociaux ont déjà montré leur pouvoir de manipulation. Avec l’IA générative, on passe à la vitesse supérieure. Plus besoin de Cambridge Analytica : désormais, on peut produire en masse des fake news ultra-personnalisées, adaptées à chaque électeur, et les diffuser via des armées de bots.
 

En Roumanie, un candidat d’extrême droite a failli gagner grâce à TikTok. En France, des contenus politiques suspects deviennent viraux de manière trop organique. 
 

Les algorithmes ne sont pas impartiaux : ils renforcent ce qui suscite de l’intérêt, souvent au prix de la vérité.
 

Et pendant ce temps, les lobbies de l’IA pullulent. Aux États-Unis, il y a désormais plus de lobbyistes pro-IA que de députés. La démocratie ? Une entrave au progrès, selon les géants de la tech. Le pouvoir sans responsabilité, comme le dit Kate Crawford.
 

 


 

⚡ La résistance s’organise (et elle a des arguments en béton)

Heureusement, tout le monde ne se laisse pas faire. Des collectifs citoyens bloquent des projets de data centers, des syndicats luttent contre l’automatisation sauvage, des chercheurs refusent d’utiliser des outils génératifs.
 

Quatre mots d’ordre :
 

➜ Refuser : dire non à l’IA imposée, comme ces parents américains qui boycottent les tuteurs virtuels.
 

➜ Résister : contester les projets destructeurs, comme à Penn-Mirabeau contre Telehouse.
 

➜ Réclamer : exiger transparence, régulation, redistribution des bénéfices.
 

➜ Réimaginer : inventer des alternatives, comme l’IA locale et open source.
 

L’IA n’est pas une fatalité. C’est un choix de société. Et ce choix, c’est à nous de le faire.
 


💥 Le vrai débat qu’on nous cache : l’IA va-t-elle nous tuer (ou juste nous exploiter) ?
 

Parce que oui, il y a un éléphant dans la pièce : l’IA pourrait bien représenter un danger existentiel pour l’humanité. Pas seulement à cause des deepfakes ou de la manipulation, mais parce que personne ne contrôle vraiment ces systèmes.
 

Et parce que prétendre contrôler des machines qui sont devenues déjà plus intelligentes que nous est une absurdité mortifère !
 

Les militaires s’y mettent (Google, Meta et les autres ont abandonné leurs scrupules), les États les utilisent pour la surveillance de masse, et les IA génératives pourraient un jour échapper à notre compréhension.On joue aux apprentis sorciers avec des outils qu’on ne maîtrise pas.
 

Et puis, il y a l’open source et les IA locales, cette lueur d’espoir que la vidéo omet d'évoquer.
 

Des alternatives existent, mais elles se heurtent à la logique du scaling : toujours plus gros, toujours plus centralisé. Les Chinois, eux, parce qu'ils y ont été plus ou moins contraints,  misent sur des modèles locaux, adaptés à leur vision collective.

L'IA locale, c'est extraordinaire.

 

Mais si, demain, nos IA reflétaient davantage les valeurs de Pékin que celles de Paris ?

En effet, il ne faut jamais oublier que les intelligences artificielles locales, majoritairement développées en Chine, ont été éduquées par les Chinois. Et que, comme il est dit plus haut dans cet article, les I.A. ont la faculté de modifier nos mentalités sans que nous nous apercevions. Si nous n'y prenons pas garde, évidemment.

À cet égard, dans notre pays, non seulement on n'apprend pas aux enfants à utiliser l'intelligence artificielle (qui n'est toujours pas au programme de l'Éducation nationale), mais, de là, à leur apprendre à s'en méfier … Nous en sommes encore très loin. 

 

 


 

🎯 Conclusion : l’IA, un miroir de nos contradictions

 

L’IA, c’est le capitalisme en version 3.0 : toujours plus de croissance, toujours plus de concentration et toujours plus de profits, mais  seulement pour quelques-uns. 
 

On nous vend du rêve, mais on nous livre de l’exploitation.
 

Pourtant, elle a aussi un potentiel immense – si on l’utilise avec sagesse. L’IA n’est ni bonne ni mauvaise : comme tous les outils, elle est et elle sera toujours ce qu’on en fera.
 

C’est à nous de décider si elle sera un outil d’émancipation… ou un instrument de domination.
 

Alors oui, utilisons l’IA. Mais sans nous y soumettre. Vérifions, critiquons, débattons. 
 

Parce que la technologie, ça doit rester à notre service – et non l’inverse.
 

 


 

📚 Glossaire (parce que même les rebelles ont besoin de comprendre)

   

➜ IA générative : des algorithmes capables de créer du texte, des images ou de la musique à partir de données existantes. Révélation : ils ne "créent" rien, ils recyclent.
 

➜ Scaling laws : des lois qui disent que plus on donne de données et de puissance de calcul à une IA, plus elle devient performante. En clair : la course à l’armement algorithmique.
 

➜ Dark patterns : des techniques de design destinées à manipuler l’utilisateur. L’IA en est truffée.
 

➜ Data centers : ces usines à données qui consomment autant qu’une petite ville. Et qui coûtent une fortune.
 

➜ Technolutionnisme : la croyance que la technologie peut résoudre tous nos problèmes. Révélation: non.
 

➜ Open source : des logiciels dont le code est public et modifiable. L’une des rares lueurs d’espoir dans ce chaos.
 

➜ IA locale : des modèles qui tournent sur nos machines, sans passer par les serveurs des GAFAM. Moins de surveillance, plus de contrôle.
 

➜ Psychofensie : néologisme, en français : “flatteries algorithmiques”. Technique de manipulation psychologique consistant à valider systématiquement les propos ou comportements d’un utilisateur pour le maintenir en interaction, souvent utilisée par les chatbots pour créer une dépendance. (Inspiré de " Psychose " et " Défense ", avec une touche d’humour geek.).