Troupes d’élite – La cité de Dieu côté flics

Par Bebealien

Je commence aujourd’hui par un gros coup de gueule. Troupe d’élite est une tuerie. Et seulement quatre salles en France (toutes à Paris) le diffusent ! Pour nous inonder les écrans de guimauve les distributeurs s’arrachent… mais quand il s’agit de diffuser un film très dur mais nécessaire, ils sont aux abonnés absents. Une honte. Pour ceux qui auraient la possibilité d’aller le voir au ciné, courrez-y et pour les autres pour une fois je ferai l’apologie du piratage. Faut pas déconner !

Troupes d’élites – Horrible mais nécessaire

1997. Rio de Janeiro. La situation est tendue dans les favelas. Le pape Jean Paul II ayant décidé d’y passer une nuit, les hommes du BOPE, le groupe d’intervention d’élite de la police, doivent sécuriser les lieux. Tâche difficile quand il est quasi-impossible de faire la différence entre policiers et trafiquants tant les premiers sont corrompus et mêlés aux deuxièmes. Le capitaine Nascimento souhaite lâcher son poste et doit pour cela trouver et former son remplaçant. Il va suivre et entraîner deux jeunes recrues : Neto un va-t-en-guerre et Matias un idéaliste. Mais l’appartenance au BOPE est synonyme de violence quotidienne et le taux de mortalité y est très élevé…

L’affiche mettant en avant le capitaine Nascimento. Le film a été ours d’or à Berlin…

Troupes d’élites fait mal. Très mal. Il se pose comme le complément parfait de La Cité de Dieu, décrivant les favelas de l’intérieur. Et il pose une question essentielle : que faire pour assurer la sécurité des gens dans une zone de non droit où mêmes les policiers sont corrompus à 90% ? Le Brésil a trouvé la solution en créant une police d’élite, le BOPE, composé d’une centaine d’hommes intègres, surentraînés et ayant tous les droits.

Fernanda Machado, une bobo gérant une ONG implantée dans une favela. Elle va vite déchanter…

Détestés et craints par les trafiquants comme par la population civile ils sont la garants de la paix. Mais avec des méthodes expéditives, proche du totalitarisme, peut on vraiment parler de solution ? Le film de José Padhila se garde bien de prendre parti. Il décrit le système, sa corruption, la violence quotidienne… et pose le BOPE comme un remède possible. Mais doit-on respecter des hommes capables de ramener la paix, où doit-on les détester lorsqu’ils torturent des gosses ? Car au final leurs méthodes sont peu éloignées de celles des hommes qu’ils pourchassent.

Matias (André Ramiro), jeune recrue déchirée entre sa vie dans la troupe et son envie de devenir avocat

Et le film pose intelligemment sa caméra de tous les côtés. Une partie du scénario s’intéresse donc à quelques nantis tentant de gérer une ONG dans les favelas, et ayant une vision extrêmement bobo des choses, se plaignant du BOPE tout en dealant de la came. Une façon de faire qui rappelle l’attitude et la position de certains bien pensants en France. Et de l’autre côté, en se positionnant du côté de la population des favelas, on comprend la difficulté pour vivre au quotidien, coincé entre flics et voyous, et à la merci de la première balle perdue.

En décrivant les différentes facettes du problème, Padhilla ne cherche pas à trouver la solution. Au contraire, il fait un état des lieux et constate qu’avec les différentes données, le BOPE est la moins pire des solutions. Il ne la cautionne pas pour autant.

Le BOPE lors d’une arrestation musclée

Il faut savoir que Troupes d’Elite est l’adaptation d’un bouquin éponyme écrit pas des anciens du BOPE cherchant à décrire leur quotidien. On peut donc lui concéder aisément une certaine véracité. Surtout qu’il n’épargne personne. En prenant du recul, impossible de ne pas penser que la situation là-bas est un cul-de-sac. Car en effet, la militarisation du BOPE et ses méthodes amène une flambée de la violence en même temps qu’elle rétablit l’ordre… Du coup le film nous pousse à nous interroger, chacun avec notre conscience propre : que ferions nous à leur place ?

Bref, vous l’aurez compris, pour moi Troupes d’Elite est un film indispensable. Ne vous arrêtez pas sur les quelques critiques idiots disant que ce film fait l’apologie d’une idéologie d’extrême droite… ils n’ont rien compris. Ce film a été le plus gros carton du box-office brésilien, et il est facile de comprendre pourquoi.