Divorce à la française au théâtre avec Caroline Vigneaux

Par A Bride Abattue @abrideabattue
Je suis un peu perplexe au moment d'écrire ma chronique à propos de Divorce à la fançaise.
Certes, la qualité de jeu de Caroline Vigneaux laisse augurer d'autres grands moments de théâtre. Certes, l'humoriste fut aussi avocate, dans une vie antérieure, et on peut supposer que non seulement elle a vérifié chaque point judiciaire mais aussi qu’elle a toute compétence pour camper une juge, une avocate ou une plaignante. Certes, j'ai compris qu'Eliette Abécassis avait elle-même adapté son roman pour le théâtre sous la forme d'un seule-en-scène.
Elle intervient régulièrement en off pour donner son point de vue (comme elle le fait tardivement dans le roman tandis qu'ici elle affirme d'emblée son soutien).
Je me souvenais parfaitement du livre, que j’avais lu et chroniqué à sa sortie il y a un an, et pour lequel j’avais exprimé denombreuses réserves. Malgré le témoignage charmant et positif de Véronique, la nouvelle épouse d’Antoine, tout allait dans le sens d’une culpabilité sans doute possible de cet homme, dont la perversité me semblait sans limites au fur et à mesure des différents autres témoignages, y compris ceux des enfants. Il faut reconnaitre qu'en matière de violences conjugales la production littéraire est abondante, avec tout dernièrement l'exceptionnel Dans la jungle d'Adeline Dieudonné tout en spoilant la fin sans ambiguïté.Le spectacle se focalise sur Margaux. Encore une fois, et sans remettre en cause la qualité d’interprétation de Caroline Vigneaux, il me semble que le résultat aurait gagné en puissance si le spectateur pouvait avoir un doute sur la culpabilité de cet homme. Pour cela, il aurait fallu qu'on l'entende autrement qu'en paroles rapportées par son ex-épouse. Evidemment c'aurait été un tout autre spectacle. Peut-être davantage semblable, trop peut-être, aux fameux duos Palmade/Laroche. Et qui aurait pu interpréter Antoine ? En tout cas, les artistes ont choisi une autre approche tout en conservant du roman ce qui qui concerne les difficultés rencontrées dans le monde de l'édition (depuis 10 ans les ventes de livre baissent, c'est un fait de société dont tous les éditeurs se plaignent) et la critique de la garde alternée. Le sujet a tenu à coeur à la comédienne dans sa carrière d'avocate, et à juste titre. Si c'était les parents qui changeaient de domicile une semaine sur deux et pas les enfants combien de temps tiendraient-ils ?En théorie, le spectateur est pris à parti et placé dans la posture du juge face à une bataille déchirante pour la garde des enfants. Mais leurs voix sont discordantes et épouvantables, finalement peu crédibles, et surtout ne donnant pas envie d’en demander la garde (ce n’est que mon ressenti).Connaissant déjà le roman, je savais que je serais privée de l'effet "waouh" auquel tient particulièrement Caroline Vigneaux et qui tombe comme un couperet après qu'on ait lu le rendu du jugement sur le rideau de scène.Je me suis donc concentrée sur son jeu et j'ai davantage eu le sentiment d'assister à un moment de stand-up qu'à une pièce de théâtre. Ceci posé, et au risque de me répéter, Caroline Vigneaux est absolument irréprochable dans sa partition, qu'elle interprète avec de multiples nuances, et je reviendrai très volontiers la revoir sur une scène de théâtre.Elle raconte -et c'est plutôt drôle- la cystite qui lui a fait faire connaissance avec son ancien mari. L'homme ne lit pas. Ç'aurait dû être direct un red flag (élément rédhibitoire comme l'emploient les humoristes) se reproche-t-elle. Elle mime incroyablement une belle-mère odieuse en déformant son visage.Contrairement au roman, il me semble que le spectateur ne peut pas avoir le moindre doute par rapport à la perversité du mari. Même si Margaux est hors d’elle, invectivant le public, hurlant J'ai le droit de vivre!?, on ne peut que prendre son parti et la croire totalement. A constater la pression qu'elle subit nous aussi on craquerait.Les détracteurs, y compris son propre père, voudraient la faire passer pour folle. Le doute n'est pas permis pour le public. Elle justifie très bien tout par le fait qu'elle écrit des romans policiers. On ne va pas reprocher à un boucher de savoir découper la viande !Nous sommes dans une empathie profonde avec elle. Avec pour conséquence le soulagement apporté par la lecture du jugement à la fin de la pièce, qui rend d’autant plus tragique le dénouement final (que je vous laisse découvrir). Cependant, on a tellement lu de romans sur le thème des violences conjugales et tellement vu de films qu’on sait bien comment ça se termine … hélas. Sur ce point le suspense n’est plus plausible.C’est pourtant ce que le metteur en scène Jean-Louis Benoit a tenté de construire. Et c’est sans doute pour cela que le décorateur, Jean Haas, bien connu pour l’inventivité de ses scénographies, a cherché à concrétiser en imaginant deux décors quasiment identiques, à la couleur près, pour chacune des deux parties. Quant au choix des musiques il est formidable.Au début, une femme emménage joyeusement dans son nouveau chez-soi, qu’elle pense être un havre de paix. Elle pend les vêtements sortis de cartons. Jusqu'au choc de la découverte de sa robe de mariée (celle avec laquelle elle pose pour l'affiche).On apprend qu'elle a été libraire, pianiste, enseignante, et puis écrivaine, mais c’est surtout une femme "éprouvée par son divorce" qui s’adresse au public comme à des amis. Pourtant elle a conservé sa capacité à danser et chanter et son désir d'écrire : De sa boue je vais faire de l'or, se promet-elle.En apparence, son mari Antoine était l’homme idéal : chirurgien reconnu, père aimant et attentif. Il réclame lui aussi la garde des enfants. Tous deux s’accusent mutuellement des pires comportements, y compris de vouloir tuer l’autre. Le texte d'annonce du spectacle dit clairement qu'un seul ment. A vous de voir … mais vous n'aurez à votre disposition que la version de Margaux.Divorce à la françaiseD’après le roman d’Éliette Abécassis Divorce à la française (paru en 2024 chez Grasset)
Mise en scène Jean-Louis Benoit
Assistante à la mise en scène Ninon Brétécher
Décors Jean Haas
Lumières Olivier Oudiou
Costumes Aurore Gasnot
Au Théâtre des Nouveautés - 24 boulevard Poissonnière - 75009 Pariswww.theatredesnouveautes.fr
À partir du 24 septembre 2026 jusqu’au 15 janvier 2027
A 19h ou 18h30, voir le calendrier