Budget 2027 : L'année où l'on vous demande de serrer la ceinture pendant que les actionnaires débouchent le champagne

Publié le 15 octobre 2026 par Guy Deridet


Alors que le gouvernement Lecornu nous promet un "petit effort pour tout le monde", le projet de Loi de Finances 2027 dessine en réalité une France à deux vitesses : austérité maximale pour les classes moyennes et populaires, open-bar fiscal pour les grandes fortunes et les multinationales. Bienvenue dans le grand spectacle de l'hypocrisie budgétaire.



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I. L'effort collectif : un mythe bien ficelé

 

Vincent Jeanbrun, ministre du Logement, nous assure que le PLF 2027 demande "un petit effort à tout le monde". Traduction : pendant que vous, contribuable lambda, allez voir votre pouvoir d'achat fondre comme neige au soleil, les actionnaires du CAC 40 continuent de trinquer à votre santé. Et pas qu'un peu.
 

Pendant que le gouvernement annonce 43 milliards d'euros d'économies – chiffre pharaonique qui ferait pâlir un chirurgien –, il décide simultanément de réduire la contribution des grandes entreprises de 2 milliards d'euros, soit près d'un tiers de moins que l'an dernier. 
 

Pourquoi ? Parce que la "surtaxe" exceptionnelle, déjà timide, a été édulcorée. Résultat : alors que la France se hisse au deuxième rang mondial des versements de dividendes (derrière les États-Unis, quelle classe), avec 61 milliards d'euros distribués entre avril et juin, l'État préfère aller chercher des centimes dans la poche des fonctionnaires et des bénéficiaires d'APL.
 

Car oui, pendant que les dividendes coulent à flots, les allocations familiales et les aides au logement seront gelées à leur niveau 2026, malgré une inflation à 3%. 
 

Les salariés de la fonction publique, eux, subiront le gel du point d'indice – comprenez : leur salaire réel fondra un peu plus chaque année. L'effort, voyez-vous, c'est très démocratique : il frappe toujours là où ça fait le moins mal aux portefeuilles bien garnis.
 

II. La grande braderie de la solidarité : quand la France ferme les robinets du monde

 

Emmanuel Macron adore les tribunes onusiennes. Entre deux discours grandiloquents sur le multilatéralisme et la coopération internationale, le président aurait pu glisser un mot au Premier ministre sur l'Aide Publique au Développement (APD). Apparemment, le message n'est pas passé. Le PLF 2027 prévoit une baisse de 43% des autorisations d'engagement pour l'APD, soit 1,9 milliard d'euros envolés en fumée. Depuis 2024, plus de la moitié du budget de la solidarité internationale a été supprimée. Une première historique, paraît-il. On se demande bien pourquoi.
 

Cette hémorragie budgétaire n'est pas qu'une question de principes : elle a un coût humain. Selon les estimations, ces coupes pourraient coûter la vie à 3,5 millions de personnes. Trois millions et demi. C'est le prix de notre "rayonnement diplomatique" version low-cost. 
 

Pendant ce temps, la France continue de prêter – et non donner – à des pays déjà étranglés par la dette, transformant l'aide au développement en business juteux où les prêts préférentiels servent surtout à garnir les caisses françaises. 
 

En 2022, 92% des financements bilatéraux étaient des prêts. La solidarité, chez nous, se mesure au taux d'intérêt.
 

III. Le climat, cette variable d'ajustement qu'on sacrifie sur l'autel du déficit

 

Si vous pensiez que la transition écologique était une priorité nationale, détrompez-vous. Le Fonds vert, créé en 2023 pour aider les collectivités à rénover les écoles et protéger les habitants des canicules, verra son enveloppe divisée par plus de deux : moins d'un milliard d'euros en 2027, contre 2,5 milliards en 2024. Pendant ce temps, la chaleur tue déjà plus de 5400 personnes par an en France, et les catastrophes climatiques engendrent plus de 2 milliards d'euros de dégâts annuels
 

Mais le gouvernement a décidé que la prévention coûtait trop cher. Il prévoit de réduire d'un huitième les investissements dans la prévention des risques climatiques – alors même qu'un euro investi en prévention évite trois euros de dégâts. C'est ce qu'on appelle de la gestion de bon père de famille, n'est-ce pas ? Sauf que le "bon père" ici préfère attendre l'incendie pour éteindre les braises avec des billets de banque.
 

Pire : Météo France, l'organisme chargé de nous prévenir des canicules, inondations et cyclones, subit des suppressions de postes. On économise sur les vigies pendant que la maison brûle. C'est ce qu'on appelle la stratégie du sparadrap.
 

IV. La révolte fiscale : 69 milliards pour changer la donne

 

Face à ce tableau noir, Oxfam ne se contente pas de dénoncer : l'ONG propose 19 mesures fiscales capables de rapporter plus de 69 milliards d'euros – soit plus que les économies demandées aux Français. Parmi elles, cinq mesures phares qui feraient trembler les banques d'affaires :
 

🔷La taxe Zucman : un impôt-plancher de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros (15 à 25 milliards de recettes)

🔷La fin du Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) sur les dividendes (9 milliards)

🔷L'ISF climatique (15,6 milliards)

🔷La rénovation de la Taxe sur les Transactions Financières (11 milliards)

🔷La taxation des super-héritages (14 milliards)
 

Imaginez un instant : au lieu de geler les salaires des infirmières et de couper dans l'aide aux pays pauvres, on pourrait taxer équitablement ceux qui ont profité de la crise pour s'enrichir. Au lieu de laisser les collectivités se démerder seules face aux canicules, on pourrait financer la rénovation thermique de millions de logements. Au lieu de prêter à des taux usuraires aux pays du Sud, on pourrait leur offrir des dons pour la transition écologique.
 

Mais non. Le gouvernement a choisi. Il a choisi de faire porter le poids de la rigueur sur ceux qui n'ont pas les moyens de se défendre, pendant que les grandes fortunes et les multinationales continuent de bénéficier d'un système fiscal troué comme un gruyère. 
 

Le bilan des deux quinquennats Macron est sans appel : la pauvreté a atteint son plus haut niveau depuis 30 ans, avec 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (15,4% de la population). Un record.
 

Conclusion : Jusqu'où ira le cynisme ?

 

Le PLF 2027 n'est pas un budget. C'est un manifeste. Celui d'une France qui a décidé de sacrifier son avenir – climatique, social, international – sur l'autel d'une orthodoxie budgétaire dépassée. Celui d'un gouvernement qui confond austérité et courage, et qui espère que personne ne remarquera que l'effort n'est décidément pas demandé à tout le monde.
 

Alors oui, il faudra bien réduire le déficit. Mais pas comme ça. Pas en étranglant les services publics, pas en abandonnant les plus vulnérables, pas en fermant les yeux sur les milliards de dividendes qui s'envolent vers les paradis fiscaux ou les 200 milliards d’aides aux entreprises accordées chaque année depuis le CICE de Hollande, concocté par Macron.. 
 

La vraie question n'est pas de savoir si nous pouvons nous le permettre. C'est de savoir jusqu'où nous sommes prêts à aller pour défendre une certaine idée de la justice – avant que la facture climatique et sociale ne devienne tout simplement impayable.
 

 

 


 

Source : Oxfam.org/fr

 


 

Commentaires sur le graphique qui illustre cet article

 

Ce graphique illustre parfaitement la politique qui a été suivie dans notre pays depuis 2003. Nul besoin de vous le commenter. Il suffit de regarder la ligne rouge et de la comparer aux autres.

Vous noterez que, très précisément depuis 2017, la courbe rouge est devenue vertigineuse. 

 

Le graphique s'arrête en 2022, mais, pour ce qui concerne la courbe rouge, on peut raisonnablement penser qu'elle a continué son irrésistible ascension.


Elle fera forte impression dans le curriculum vitae de Macron lorsqu'il aura quitté la présidence et qu'il retrouvera ceux qui ont largement participé à son élection. De ce point de vue, et uniquement de celui-là, on peut dire que leur protégé a vraiment bien travaillé.
 

Macron restera sans conteste dans l'histoire de notre pays, le président qui a le plus contribué à enrichir les très riches et à appauvrir les moins riches. 
 

C'est inscrit, rouge sur noir, dans le graphique qui illustre cet article.

Et, ce n'est plus un slogan partisan, c'est un graphique indiscutable.