L’Atelier IMIS, éditeur de poésie contemporaine, avait publié en 2024 ce recueil d’Ihintza-Chloë Hargous Aranburu (née en 1992 à Saint-Jean-de-Luz).
M’étant particulièrement penchée sur les publications de cet éditeur, les dernières semaines, j’ai pu me le procurer, sans vraiment savoir ce que son titre présageait et sans connaître la poète/plasticienne.
Note sur les illustrations
Trois différents travaux plastiques se trouvent dans ce livre. Dans les premières pages c’est une série d’encres qui n’a pas de titre. Ensuite, ce sont des encres représentant des sortes de masques : elles proviennent d’un projet qui s’intitule Démons gardiens. Les images suivantes, en couleurs, sont des dessins au pastel sec et stylo-bille faisant partie de la série Tâtonnements.
(Source : éditeur)
Quatrième de Couverture
Ihintza-Chloë Hargous Aranburu est une artiste dont le travail est protéiforme, elle ne s’interdit aucun médium, vidéo, photo, peinture, techniques mixtes, écriture. Si Signes s’attache à l’écriture et à sa relation au dessin, la pensée d’Ihintza-Chloë Hargous Aranburu s’élance sur des chemins non balisés.
Signes est un lieu de réflexion, on y pénètre en invité, guidé par d’intrigantes figures, démons masqués capturés par l’artiste et déployés dans leur saisissante théâtralité. Chacun.e est libre de les laisser dialoguer avec les siens propres.
Des impressions se calligraphient, les mots se disent, se raturent, s’ajustent, cherchent à créer des correspondances, des glissements, un souffle traverse les pages, sensation de synchronicité, nous en sommes témoins, pris dans les rouages d’une mise en scène travaillée au cordeau. Puis se laisse deviner l’autre face de la proposition, son intériorité, parcours intime sans début ni fin, où œuvre finale et recherches ne font qu’un.
Mon avis
Ce joli livre, d’inspiration très contemporaine, nous parle des mots, nous montre des mots, en biffe parfois quelques uns pour nous dévoiler les repentirs, les hésitations de la poète au cours de son travail, dessine des signes d’encre noire à la façon d’un idéogramme, d’une calligraphie (extrême-) orientale. Elle utilise de temps à autre l’écriture inclusive – ce que le lecteur perçoit presque comme un ornement, une décoration typographique délicate –, met en regard des peintures colorées et des textes sensibles, réflexifs. Décrit de cette façon, vous pourriez imaginer un livre assez abstrait, détaché du réel, difficile d’accès, mais non : tout au contraire, c’est un livre où la poète est très présente, très consciente de cette vie et de ce monde, dans une proximité avec nous. Si elle nous parle du mâle (et du mal qu’il cause), si elle dépeint les démons du sexisme, en des figures frappantes, elle nous dit aussi que Lucifer est le « porteur de lumière » tout comme Vénus est l’étoile du berger. Cela rejoint probablement l’ambiguïté du réel, qu’elle compare aux sables mouvants, dans un des textes (cf. ci-dessous).
Un recueil qui se pare de concision et de simplicité pour mieux nous révéler un réel complexe.
**
CHOIX DE DEUX POEMES
(Page 10)
J’ai tenté une chimère que je poursuis depuis longtemps, mais elle n’a pas mordu à l’hameçon. Je cherchais à capturer du sens dans un objet limité, un petit objet que je puisse tenir dans mes mains et qui prenne le moins de place possible.
Ça devait être un mot. C’est un dessin.
**
(Page 57)
Le réel est un stimulus ambigu multistable. La réalité est ambiguë de manière inhérente. On est tous en train de la stabiliser en permanence avec nos a priori.
Nous avons besoin de réduire l’ambiguïté, remplir le vide de ce qui nous échappe, pour économiser de l’énergie et être fonctionnel.les.
Souvent, quand même, j’insiste, je veux marcher dans les sables mouvants. Mais, comme vous le savez peut-être, ce n’est pas recommandé.
Soit. Mesdames, Messieurs, rien ne va plus, faites vos jeux.
**