Le titre de la chronique fait référence à 4 albums que j'ai tant écouté dans ma vie que j'en connais tous les airs, toutes les tons, toutes les paroles, toutes les nuances, tous les tons. Bref cette musique est composante de mon ADN.
Par ordre de création:
Blonde on Blonde de Bob Dylan
The Idiot d'Iggy Pop
Low de David Bowie
The Unforgettable Fire de U2
Musique, je t'aime.
SPRAINED ANKLE de JULIEN BAKER.
Lancé il y a 11 ans, d'abord sur Bandcamp avant qu'un ami ne lui passe du temps en studio pendant son stage, le premier album de Julien Baker est une oeuvre émotionnelle rare et d'une simplicité désarmante. Enregistré lorsqu'elle était étudiante universitaire, cet album s'impose comme un manifeste de la vulnérabilité brute, redéfinissant les contours du folk confessionnel et du slowcore moderne au milieu des années 2010. Sans jamais s'appuyer sur des artifices de production, l'artiste y livre une instrospection profonde qui résonne comme un secret partagé dans le noir. Elle nous offre une esthétique du vide et du dépouillement.
Le squelette musical de l'album de 9 chansons repose entièrement sur 2 éléments : une guitare électrique (souvent teintée d'une légère réverbation) et une voix d'une clarté parfois déchirante accompagnée au piano. Amateurs de batterie et de base, ce n'est peut-être pas le bon rendez-vous. Ce minimalisme n'est pas un manque de moyens, mais un choix artistique radical. En refusant les arrangements complexes, les percussions lourdes ou les orchestrations denses, l'album crée un espace de silence autour de l'interprête.
La guitare ne cherche pas la démonstration technique. Elle tisse des boucles mélodiques hypnotiques, dea arpèges fragiles qui semblent s'effondrer sous leur propre poids. Ce vide instrumental amplifie chaque respiration, chaque tremblement dans la voix parfois très puissante de l'artiste. L'auditeur n'est pas face à un spectacle, mais assis par terre, dans une pièce vide , face à la détresse d'une âme humaine.
Parallèlement à ces démons terrestres, l'album est profondément habité par la question de la foi et de la spiritualité chrétienne. Élevée dans un environnement religieux du Tennessee, l'artiste utilise un vocabulaire théologique pour exprimer son sentiment d'indignité et sa quête de rédemption. La prière y est rarement un cri de joie, mais plutôt une supplique désespérée lancée vers un ciel silencieux. Cette tension entre l'identité queer de l'artiste, ses traumatismes et son éducation religieuse traverse tout le disque, créant une poésie de la culpabilité et de la grâce. Elle utilise sa voix comme vecteur de catharsis.
Cet album posait les fondations de la carrière de Julien, établissant sa réputation d'auteure-compositrice-intèrprète, hors-pair, capable de traduire les sentiments de marginalisation et de dépression avec une dignité universelle. Il a également ouvert la voie à une nouvelle vague d'artiste féminines explorant le folk, le country et le rock dans une forme confessionnelle, sans filtre, un mouvement qui culminera, quelques années plus tard, avec la formation du supergroupe Boygenius qui raflera 3 Grammys, celui de la chanson rock de l'année, de la meilleure prestation rock et du meilleur album de musique alternative.
Pour amateurs d'indie-folk, de minimalisme, d'émotion brute, de crescendos, de textes littéraires et confessionnels, de Bright Eyes, Lucy Dacus ou Phoebe Bridgers, d'Elliot Smith et Bon Iver, de Cat Power aussi, d'introspectif, d'intensité et de sadcore.
Et je la trouve sensationnellement belle sur la pochette, tout à fait le style de beauté qui me touche.