Scooterreurs de la nature

Publié le 17 juillet 2007 par Jay

Aujourd’hui, nous étudierons l’une des innombrables composantes de notre quotidien qui, bien que banalisées au point d’en devenir transparentes, ne nous en pourrissent pas moins l’existence. Nous parlerons du scooter.

Le scooter est un véhicule imbécile, inventé au Japon, puis commercialisé en Italie au lendemain de la seconde Guerre Mondiale. Il s’agit donc de l’invention de deux nations écrasées par la défaite militaire, et qui ne savaient plus quoi foutre des pièces détachées jonchant leurs aéroports désormais inutiles. Allez vous étonner que le résultat soit catastrophique. Certainement une vengeance sournoise des anciens pays de l’Axe.

Deuxième petit rappel historique : le nom original de « Vespa », choisi par monsieur Piaggio himself, signifie « guêpe », un insecte qui ne produit pas de miel, qui pique par méchanceté gratuite, qui squatte les verres de bière ou les assiettes de grillades et globalement fait chier son monde plus qu’à son tour. Au moins, le nom était foutrement bien choisi, c’était d’avance tout un programme.

Une arnaque dès le début : sans maquillage (c’est-à-dire sans payer plus que ce que vous demandait le vendeur), vous vous traînez sur le bitume à une allure de tintebin à roulettes. Non content d’avancer moins vite que la tondeuse à gazon familiale, l’engin se permet en outre de faire un boucan abominable. On est loin du ronflement colossal d’une 950, ce n’est même pas le bourdonnement ténor d’une 125 digne de ce nom : la pollution sonore qu’émet cette insulte à locomotion évoque une gigantesque mouche à bouse qui viendrait violer vos oreilles en pleine sieste.

Ce n’est pas seulement inaudible, c’est également parfaitement laid ; la ligne originelle était laide à crever, la vue de face évoquant un gigantesque plastron surmonté d’une loupiotte grossière et emballé dans les décombres d’une deux-chevaux hors d’âge. Les nouveaux modèles n’ont guère évolué, avec cette silhouette en Z gothique, où le conducteur doit se ramasser en position quasi fœtale.

D’ailleurs, la plupart du temps, c’est bien fait pour leur gueule. Qui dit véhicule imbécile dit conducteur crétin. La moyenne d’âge des usagers est inférieure à la majorité légale, et chacun sait à quel point on atteint des cimes de connerie délibérée à cette époque grotesque du développement humain. Y a-t-il sur Terre un animal plus con, plus obtus, plus sectaire, plus horripilant qu’un adolescent ? Une adolescente, peut-être, et encore ! Ça ne change rien, elles aussi conduisent des scoots.

 

Pourtant, cette espèce nuisible et pas du tout en voie d’extinction est plus que protégée, de nos jours. Pas question, donc, de lancer un parpaing sur le casque des merdaillons qui déchirent quatre fois par jour le silence déjà précaire de la cour de mon immeuble : il se pourrait bien que ça me vaille une amende pour vivisection.

De toute manière, même si l’agression de jeune blaireau semi-motorisé était encouragée par la loi et récompensée par des médailles officielles, j’en serais quand même pour mes frais. Quand on a une épaule bousillée, on ne peut pas lancer grand-chose à part des insultes, qui sont de toute manière couvertes par les vomissements sonores de ces boguets du diable. Figurez-vous qu’un récent accident du travail m’a forcé à prendre de longues vacances, pour cause d’une fort belle et fort nette fracture, récoltée en me ramassant la gueule sur le goudron suite à un freinage d’urgence.

Ce qui permet de souligner un énième travers de ces enfoirés de scooters, principalement ceux qu’on vous oblige à conduire pour le boulot : c’est absolument instable dans les virages, même sur sol sec et à trente à l’heure.