Ah le bon auteur qui répond à toute question, tout commentaire !

Par Georgesf

Ah le bon auteur qui répond à toute question, tout commentaire !
 Il n’y a pas un prix littéraire pour récompenser cela ?

 

La photo, c’est moi, dans ma chambre d’hôtel préférée à Buenos Aires. Chic, hein ? À côté de moi, B.H.L. ne fait vraiment pas le poids…

Je reçois aujourd’hui ce commentaire si beau que je préfère en faire un billet. Remercions le valeureux scripteur « ta d loi du cine ». Oui, ça se prononce comme ça se lit, c’est un prénom étranger, c’est à la mode. Ta d loi du cine pose plusieurs questions, je vais donc y répondre, et dans le même ordre, ce sera plus compréhensible.

À l'attention de Georges Flipo.

Parle, ô lecteur, ton auteur écoute. Toute son attention t’est consacrée.

Bonjour, je viens d'avaler en 2 jours de trajets en métro "Qui comme Ulysse", et m'autorise à vous faire part de quelques rapprochements ou questionnements qui me sont venus à l'esprit.

Autorisez-vous, je vous en prie. Asseyez-vous, après deux jours de métro, vous l’avez bien mérité, non pas sur ce fauteuil, aïïïïe, bon, il n’a pas souffert, tant pis, je n’y tenais plus vraiment à ce vieux chat. Vous l’emporterez en partant, ça ne vous dérange pas ? Attention, ne vous trompez pas de poubelle, ils sont très pointilleux pour le tri. Allons-y.

1/ Avez-vous des attaches particulières avec l'Argentine, citée dans plusieurs nouvelles ? Votre site (consulté aussi !) signale une scolarité de Grande Ecole française (sauf erreur de ma part).

Réponse : j’ai plusieurs attaches avec l’Argentine, où je suis allé une quinzaine de fois. J’éprouve notamment une grande passion pour le tango argentin, les empanadas argentins et une femme argentine — la mienne, rencontrée lors d’un voyage en Amérique du Sud.

La scolarité n’a rien à voir avec tout ça : je n’ai d’ailleurs jamais eu grand chose à voir avec ma scolarité. En tout cas, ce n’est pas là que j’ai appris à écrire, au contraire. Mais j’y ai appris à lire.

2/ La nouvelle qui donne son nom au recueil (Qui comme Ulysse) est je crois celle où le recueil a vraiment commencé à me plaire. Où va se nicher la vocation...

Réponse : ouf ! Cette nouvelle, j’avais hésité à la mettre en dernière position dans le recueil.

3/ La partie des petits saints : je suppose que vous connaissez "Le joueur d'échecs" de Stefan Zweig. Maintenant, seriez-vous capable de "reconstituer" réellement la partie jouée (à mettre en annexe dans la prochaine édition?).

Réponse : vous supposez excellemment, oui, je connais et j’apprécie "Le joueur d'échecs" de Stefan Zweig. Mais je n’y ai jamais pensé en écrivant cette nouvelle, qui m’a demandé plusieurs mois de travail (non continu, mais quand même…).

Le cadre est, comme chez Zweig, celui d’un voyage : je l’ai situé dans le nord de l’Équateur que je connais bien (je suis allé, ville par ville, dans tous les lieux où passe Zlatko).

L’histoire m’a été inspirée à la fois par la folie du grand Steinitz qui ne voulait plus jouer qu’avec Dieu (et encore, en lui rendant un pion !) et par une anecdote authentique, celle d’un grand joueur russe qui, dans une petite gare slovaque, joua une partie serrée contre un inconnu à la défense surprenante. L’inconnu obtint le nul, et confessa alors au champion qu’il avait le plus grand mal… à déplacer les cavaliers.

La partie décrite en est une autre, elle existe jusqu’au quinzième coup. J’ai eu du mal à la trouver car je voulais une partie de haut niveau commençant par une ouverture déconcertante (j’ai choisi le très baroque contre-gambit Greco), et dans laquelle la dame jouerait très vite un rôle essentiel. Je peux vous retrouver les références de cette partie si vous le souhaitez. Au-delà du quinzième coup, je m’en suis écarté pour aboutir à la surprise finale.

4/ Le voyage vers le frère : avez-vous entendu déjà la chanson de Maxime Le Forestier "Mon frère"?

Réponse : non. Les seules chansons qui m’aient inspiré des nouvelles sont des tangos. Le voyage vers le frère une nouvelle écrite à l’époque où je participais aux concours. Je l’avais écrite pour un concours sur le thème « Un homme lit dans le journal un avis de décès le concernant ». Cette nouvelle a été blackboulée dans tous les concours où je l’ai présentée. J’ai fini par l’envoyer à Flammarion qui m’en a fait un commentaire élogieux. Comme quoi, hein, les concours, quand on les perd, pff, c’est de la rigolade. Les seuls sérieux sont ceux qu’on gagne, c’est évident.

5/ Une incartade : cette nouvelle m'a fait penser à du Maupassant du 21ème siècle (avec portables et sport d'hiver). j'espère que ce n'est pas vexant ? J'adore les recueils de nouvelles de Maupassant.

Réponse : non, ce n’est pas vexant. Devenir le Maupassant du XXIème siècle, ça ne se refuse pas. Moi aussi, j’aime Maupassant. Mais pas tous ses textes, car il en a écrit d’exécrables, dans la panique quotidienne du bouclage de journal.. Lui-même le reconnaissait

6/ Et à l'heure de notre mort : m'a fait penser à "La puissance et la gloire"; mais aussi à l'épisode de l'histoire d'Alvaro dans "La femme pressée", un des romans signés P.L. Sulitzer (désolé! J'espère que...).

Réponse : là, c'est vexant ; vous m’auriez dit « L’homme pressé » de Paul Morand, j’aurais été tout content, mais sa conjointe de P.L. Sulitzer, je suis offensé, car ce type écrit avec ses pieds. Je me console avec « La Puissance et la gloire » : là, je vous suis. Les deux prêtres ont un truc en commun. Peut-être parce qu’ils sont prêtres, ça doit aider.

7/ La route de la soie : la nouvelle la plus courte (sauf erreur de ma part). Mais là, je souriais aux anges tout seul dans le métro. Probablement parce que c'est celle qui parle le plus à qui fréquente le monde des blogs...

Réponse : oui, c’est de loin la plus courte, elle l’a même été dans sa phase d’écriture. Je l’ai mise bas en quelques heures, et corrigée en deux jours. Mais il m’a fallu aller loin pour cela : à Buenos Aires. Je ne sais pourquoi, les idées me viennent plus aisément à Buenos Aires. C’est bien, c’est chic, ça fait grand auteur. Mais ça revient cher le kilo d’idées.

J’ai écrit ce recueil pour faire sourire dans le métro. Je suis donc heureux. Grâce à vous, je peux sourire, comme dans le métro, merci.

 
Vivement un prochain recueil.

Commençons par « Vivement le dix millième lecteur de Qui comme Ulysse », je compte sur vous, le bouche-à-oreille est tout entier suspendu à votre bouche, merci.