Interview de Silvio Cadelo

Par Manuel Picaud
Silvio Cadelo est un artiste italien à part dans le paysage de la bande dessinée. Le dessinateur de Libera, la série futuriste de Pierre Boisserie proposée aux éditions Zenda, revient sur cette collaboration avec ses joies et ses peines… Découverte d’un artiste atypique au parcours bien peu ordinaire.
Quelles activités avez-vous exercées avant la bande dessinée ?
Il serait plus correct de demander quelles vies j’ai eues avant la bande dessinée. Je vous les énumérai sans les développer : après les beaux-arts, j’ai été dessinateur technique et publicitaire, j’ai intégré une troupe de théâtre expérimental et j’ai été peintre. Au début des années 70, j’ai été « agit-prop » (contraction des mots agitation et propagande) dans une organisation révolutionnaire d’origine brechtienne. J’y participais en chantant devant les usines, en faisant du théâtre révolutionnaire, etc. Et j’ai continué ensuite la scène théâtrale. Je ne suis arrivé à la BD qu’en 1979. C’était un mode d’expression alternatif qui s’épanouissait. Le poids de la distribution commerciale y était plus libre que dans la peinture. J’avais le sentiment de pouvoir faire passer des idées à travers ce medium.


Que représente la série Libera pour vous ?
« Représentait » vous voulez dire, car il faut en parler au passé. La série a été abandonnée par l’éditeur qui a rompu la promesse d’aller jusqu’au bout du troisième album à cause d’un changement de direction éditoriale. Donc, il représente une promesse non tenue, une trahison. J’aime ces personnages : ils représentent une humanité blessée, réduite au degré zéro de son existence et pourtant sa « persistance à être » reste immuable. J’ai pensé à Samuel Beckett : le handicap n’est-il pas la condition « normale » de l’humanité ? Et le désir de puissance sa « monstruosité » ?
Retrouvez la suite de cet entretien rare et original avec Silvio Cadelo dans le cadre du dossier Éric Stalner et Pierre Boisserue sur Auracan.com.
Dessin du mercredi © Silvio Cadeloet extraits des planches 10 et 5 de Libera T2 © Cadelo - Boisserie / Zenda