Les Secrets des Chambres de la mort en Irak

Publié le 17 octobre 2008 par Tanjaawi
Comme pour toutes les guerres, les sombres histoires secrètes du conflit irakien s'écoulent de ce paysage de désolation comme les eaux sales du Tigre. Un flot incessant.gouvernement.  Exécutions sommaires dans les prisons de haute sécurité du gouvernement.  

  Par Robert Fisk / 16 octobre 2008 / Altermonde-levillage

Le journal The Independent a appris que des exécutions secrètes se déroulaient dans les prisons dirigées par le gouvernement « démocratique » de Nouri al-Maliki.

Les pendaisons sont régulièrement effectuées - sur un échafaud en bois dans une toute petite cellule - à l'ancien siège des services de sécurité de Saddam Hussein à Kazimiya. Il n'existe aucune trace officielle de ces mises à mort dans ce qu'on appelle désormais le « centre de détention de haute sécurité » de Bagdad mais la majorité des victimes - il y en a eu des centaines depuis que les États-Unis ont introduit la « démocratie » en Irak - seraient des insurgés, à qui est appliquée la même justice expéditive qu'eux mêmes dispensent à leurs propres prisonniers.

Les secrets des chambres de la mort irakiennes sont pratiquement inconnus à l'étranger mais quelques occidentaux courageux nous racontent cette horreur carcérale. Ces histoires ne donnent qu'un faible aperçu de la réalité en Irak, certaines s'interrompent brutalement avant la fin, d'autres se concluent d'une manière trop tristement prévisible. Et ceux qui les racontent sont aussi déprimés que désespérés.

« La plupart des exécutés sont des présumés insurgés, d'un camp ou d'un autre,  » m'a raconté un occidental qui a vu la chambre d'exécution à Kazimiyah. « Mais une pendaison n'est pas une chose simple ». Comme toujours, le diable se cache dans les détails.

« Il y a une cellule avec un barre sous le plafond et une corde accrochée et un banc où la victime se tient avec les mains attachées » m'a raconté un ancien officiel britannique la semaine dernière. « Je suis déjà entré dans la cellule, à chaque fois vide. Mais peu de temps avant une visite, ils y avaient emmené ce type pour le pendre. Ils l'ont mis debout sur le banc, lui ont mis la corde autour du cou, puis l'ont poussé. Mais il a sauté par terre. Il pouvait se tenir debout. Alors ils ont raccourci la corde et l'ont remonté et poussé encore une fois. Encore raté. »

Les exécutions brutales ne sont pas une nouveauté au Moyen Orient – dans la ville libanaise de Sidon, il y a 10 ans, un condamné n'arrivait pas à mourir lors d'une pendaison. Un policier a du s'accrocher aux jambes du condamné pour faire poids et l'achever. Mais à Bagdad, une mort cruelle semble être la spécialité.

« Ils ont commencé par creuser le sol sous le banc afin que le type tombe d'assez haut pour se briser le cou, » raconte l'officiel. « Ils ont creusé le carrelage et le ciment en dessous. Mais ça n'a pas marché. Il pouvait encore se tenir debout. Alors ils l'ont emmené dans un coin de la cellule et ils lui ont tiré une balle dans la tête. »

Parmi les prisonniers condamnés à Kazimiyah, un quartier Chiite de Bagdad, on compterait aussi des violeurs et des assassins en plus des insurgés. Un prisonnier, un Tchétchène, réussit un jour à s'évader avec un complice après s'être fait livrer une arme. Ils ont tué deux gardes. Les autorités ont du faire appel aux Américains pour les capturer. Les Américains en ont tué un et blessé le Tchétchène à la jambe. Il refusa les soins médicaux et sa blessure se gangréna. A la fin, les Irakiens ont du l'opérer et retirer tous les os de sa jambe. Lorsqu'il reçut sa première visite d'un visiteur occidental, «  il se baladait avec des béquilles et sa jambe sans os, souple, jetée par-dessus l'épaule. »

 

Dans de nombreux cas, il semblerait que les Irakiens ne gardent aucune trace des véritables noms des prisonniers ou des pendus. Pendant des années les Américains – dans leur fameuse prison d'Abou Ghraib prés de Bagdad – ne connaissaient pas l'identité de leurs prisonniers. Voici, par exemple, le témoignage recueilli par The Independent auprès d'un ancien officiel occidental du Groupe de Surveillance Anglo-Americano-Irakien, le groupe chargé de trouver les fameuses armes de destruction massive : « Nous sommes entrés dans les salles d'interrogatoire à Abou Ghraib en demandant un prisonnier précis. Au bout de quarante minutes environ, les Américains nous ont amené un type encagoulé, les pieds et les mains attachés. Ils l'ont assis sur une chaise en face de nous et ont retiré la cagoule. Il portait une grosse barbe. Nous lui avons demandé où il avait fait ses études. Il a répondu à plusieurs reprises « Mossoul ». Ensuite il a dit qu'il avait quitté l'école à 14 ans – et ce type était censé être un spécialiste en missiles. Nous avons dit : « nous savons que vous avez un Doctorat et que vous avez étudié à la Sorbonne – nous aimerions que vous nous donniez des informations sur le projet de missiles de Saddam. » Mais je me suis dit « ce type ne connaît rien de rien aux missiles. » Finalement il s'est avéré que le type n'avait pas le même nom que celui que nous cherchions, qu'il avait été ramassé au bord de la route par les Américains quatre mois plus tôt, il ne savait pas pourquoi. Alors nous avons dit aux Américains « c'est pas notre gars ! » Alors ils l'ont enchainé à nouveau et l'ont ramené à sa cellule et au bout de 20 ou 30 minutes encore, ils nous ont emmené quelqu'un d'autre. Nous lui avons demandé où il avait étudié et le type répondait qu'il n'avait jamais été à l'école. «  Ce n'est toujours pas le bon ». C'était une farce. L'incompétence des militaries US était époustouflante, criminelle. Ils ont quand même fini par nous emmener le bon. Il respirait difficilement, un petit gros, désorienté et légèrement effrayé.

A cette occasion, les Américains avaient trouvé le bon. Les enquêteurs Britanniques et Américains ont demandé aux gardiens de lui retirer ses chaines, ce qu'ils ont fait – mais ils lui ont attaché une jambe au sol. Oui, il avait bien un diplôme.

L'officiel témoigne : « Nous avons passé en revue sa biographie, les projets sur lesquels il avait travaillé – il n'était à l'évidence qu'un petit fonctionnaire au sein du programme de missiles de Saddam. Les scientifiques Irakiens n'avaient ni les compétences ni le financement requis pour fabriquer des missiles nucléaire. Ce n'était qu'un rêve de Saddam. »

Ce scientifique-prisonnier à Abou Ghraib a misérablement raconté comment il avait été arrêté lorsque les Américains ont défoncé sa porte à Bagdad et ont trouvé deux Kalashnikovs, une djihab de femme, des versets du Coran et sur les étagères des « livres scolaires traitant de physique et de missiles », ce qui a évidemment attiré l'attention de ses geôliers. Mais ce prisonnier, soi-disant de valeur, n'avait jamais été inculpé ni interrogé même après qu'il ait reconnu être un spécialiste en fusées.

« Je ne sais pas ce qu'il est devenu, » m'a déclaré l'ancien officiel. « J'ai essayé de dire aux militaires britanniques et américains qu'on avait arrêté cet homme mais qu'il avait une femme et des enfants, une famille. J'ai dit qu'en emprisonnant cet innocent, on allait se retrouver avec 50 rebelles. Non, je ne sais pas ce qu'il est devenu. »

Pour de nombreux enquêteurs travaillant pour les autorités anglo-américaines à Bagdad, le procès du dictateur Irakien, accusé des crimes qui lui ont valu une condamnation à mort, fut une expérience effrayante qui se conclut d'une manière choquante. Grâce aux documents confisqués, ils avaient une idée des sombres rouages de la police secrète de Saddam. L'idée derrière le procès de Saddam était moins de trainer en justice les responsables de l'ancien régime que de montrer aux Irakiens comment une Justice et un état de Droit fonctionnent.

« C'était exaltant de voir Saddam être interrogé, » a dit un des enquêteurs. « L'aspect négatif fût son exécution. Ce qui m'a motivé c'était de voir comment Saddam traitait ses victimes – et j'avais sous mes yeux un microcosme de tous les morts qui se déroulaient en Irak. Mais son exécution fut d'une réelle sauvagerie. »

Saddam Hussein fut pendu dans la même unité de « haute sécurité » à Kazimiyah où les hommes de M. al-Maliki pendent à présent leurs victimes, comme un rappel de la terreur du régime baasiste de Saddam.

Source : independent
Traduction VD pour legrandsoir