Affaire DSK : l’incroyable complaisance française

Publié le 21 octobre 2008 par Hmoreigne

Le traitement médiatique et politique réservé à l’incartade avérée de Dominique Strauss-Kahn est plus que complaisant pour le Directeur du FMI. Le goût des Français pour les « aventures sentimentales » semble inversement proportionnel avec leur sens de l’exemplarité. L’image de « Latin Lover » collée à DSK est symbolique d’une vision franco-française plutôt ringarde qui permet de justifier des écarts de conduite aux relents de droit de cuissage.

Retour sur l’affaire. DSK est-il un pauvre égaré, VRP du système financier international, qui dans la solitude d’un soir, loin de son foyer, serait laissé allé à un dérapage malencontreux ? La réponse est non. Certes, l’ex-leader socialiste français est un homme brillant doté de réelles qualités. Même ses adversaires le reconnaissent. Suffisamment pour lui trouver un poste prestigieux particulièrement bien rémunéré (495 000 $ net par an) et surtout très éloigné de Paris.

La face sombre de l’ancien député-maire de Sarcelles est connue de longue date. Une obsession pour les femmes qui confine à la déviance. Jean Quatremer journaliste à Libération est l’un des rares à avoir osé évoquer le sujet publiquement sur son blog ce qui lui avait valu à l’époque une volée de bois vert. Lors de la candidature de DSK au FMI, le journaliste avait prévenu que la persistance de ce travers était susceptible de conséquences fâcheuses.

Nous y voilà. L’affaire Nagi constitue la parfaite illustration de la « lourdeur » prêtée à DSK. Aujourd’hui, les rédactions bruissent de faits rapportés de façon off. Vous n’en trouverez pas trace. L’investigation a ses limites. L’autocensure fonctionne à plein avec, la peur de s’attaquer à un trop gros client. L’unanimité de la classe politique à défendre le Directeur du FMI en rajoute à celle-ci.

A cet égard, la vision du dossier du quotidien Marianne est consternante de la part d’un hebdomadaire toujours prompt à crucifier une personnalité ou à donner des leçons à la terre entière : « Un scandale international. Pourquoi ? Parce que cela se passe aux Etats-Unis, pays où l’on considère apparemment qu’il est impossible que deux personnes qui travaillent dans la même entreprise puissent se plaire et coucher ensemble sans autre but que le seul plaisir. Donc, on fouille partout en espérant trouver un truc, n’importe quoi, qui montre que derrière tout ça, il y a autre chose que du plaisir. De l’argent, par exemple - Piroska Nagy est-elle partie avec un pactole indu ? Ou un abus de pouvoir - DSK l’a-t-il flanquée dehors à cause de leur incartade ? Bref, à partir d’une histoire simple, on déroule le fil pour voir s’il n’y aurait pas autre chose. Les amants d’une nuit sont des suspects a priori. »

Derrière le folklore collé à l’affaire et le soupçon entretenu de machination des américains hostiles à une réforme du système financier international, il y a bien une faute du patron du FMI. Peut être pas du népotisme mais, une faute quand même. Celle constituée par une personne en situation d’autorité qui va user, de fait (la qualité de patron l’emporte sur celle de prétendant), de celle-ci pour obtenir les faveurs sexuelles d’une subordonnée.

Dans cette histoire  DSK véhicule l’image de ces puissants qui se permettent tout parce qu’ils se pensent intouchables. Le regard des français serait-il le même si demain, des faits semblables étaient rapportés entre un patron de supermarché et une caissière ?

En homme intelligent DSK a réalisé que le regard des Français n’est pas celui du monde. Il n’a pas ménagé ses peines, allant jusqu’à reconnaître la relation et présenter ses excuses au personnel du FMI. Anne Sinclair elle même aura été mise à contribution, contrainte de ravaler sa fierté d’épouse et de servir un discours à l’eau de rose que n’aurait pas renié Hillary Clinton quelques années plus tôt.

Le tableau n’est pas catastrophique pour DSK. Au pire il perdra son poste mais pourra rentrer en France auréolé de son statut de grand séducteur et de victime des capitalistes américains. Une situation que la classe politique de droite comme de gauche redoute suffisamment pour tresser en cœur des louanges au Directeur du FMI.

Henry Moreigne pour Intalk.fr