Le blues des prostituées de la rue Saint-Denis

Publié le 27 octobre 2008 par Chictype

Une semaine après l’assassinat d’une prostituée par un client déséquilibré, l’émotion est vive chez les « filles » du centre de Paris

LA FILLE DE JOIE est triste. Depuis la mort de Saloua * , sa voisine de trottoir poignardée jeudi dernier par un déséquilibré, Blanche porte le deuil. Bottines à talons, minijupe et top noirs sous une grande parka sombre, cette blonde opulente de 60 ans dont trente à vendre ses charmes attend les clients au pied du numéro 3, rue du Ponceau (II e ).

Une douzaine de prostituées officient dans cette petite voie perpendiculaire à la célèbre rue Saint-Denis.

L’immeuble décrépi où Blanche fait commerce de son corps est aussi celui où sa copine a été assassinée. « C’était vers 20 h 35, je venais de finir avec un habitué, témoigne-t-elle, émue. Le mec, un Noir imposant qui portait une grande cape, faisait les cent pas depuis un petit moment. Il est monté avec Saloua dans son appartement au deuxième étage. Trente secondes après, j’ai entendu un grand cri… » Malgré l’intervention de Mokhtar, le vigile (lire encadré), qui maîtrise l’agresseur et tente de secourir Saloua, la victime, mortellement touchée au thorax, décède avant l’arrivée des secours. La police retrouvera plusieurs couteaux de boucher sur le meurtrier. « Il était venu pour faire un massacre. Ça aurait aussi bien pu être moi », frissonne encore Blanche. Choquée, elle a changé ses horaires et ne travaille plus que la journée : la lumière et la compagnie des autres filles la rassurent. Dès que la nuit tombe, la belle de jour monte désormais s’enfermer dans son studio du sixième étage.



« Des jeunes viennent nous insulter »

Toutes les prostituées ont été touchées par la mort de Saloua. Certaines ont déposé des roses ou des bougies devant le pas de sa porte. Plusieurs envisagent d’abandonner le trottoir. « Le boulot a beaucoup changé. Nous étions trois cents il y a vingt ans. Nous ne sommes plus qu’une douzaine », estime Blanche. Le soir du drame, elles n’étaient que deux à faire le pied de grue dans la rue… « Les clients ne sont plus les mêmes. Avant, on nous invitait au restaurant. Aujourd’hui, des jeunes viennent en groupe juste pour nous insulter », raconte Blanche. Sa décision est prise. « Cela fait trente que je bosse ici, et j’en ai vu des choses. Des règlements de comptes ou des crimes passionnels. Mais un meurtre gratuit et horrible comme celui de Saloua, jamais. J’arrête. » D’ici à quelques semaines, Blanche mettra son studio en location pour quitter Paris et le monde des « traditionnelles » de Réaumur.

* Les prénoms ont été modifiés.

Source : http://www.leparisien.fr/paris-75/le-blues-des-prostituees-de-la-rue-saint-denis-24-10-2008-287314.php