Hwyl ! Jour de Gloire par Richard Escot

Publié le 29 octobre 2008 par Ansolo

Hwyl, c’est un terme gaélique qui signifie tout à la fois communion, fusion, complicité, enthousiasme et ferveur.

Dans Jour de Gloire, son dernier opus, Richard Escot, bien connu des aficionados d’ovalie littéraire, a choisi de mettre cette exclamation, Hwyl !, en exergue de la série de chapitres détaillant le déroulement de la rencontre France – Nouvelle-Zélande en quart de finale la dernière Coupe du Monde de rugby.

Certains trouveront très « Français » de commémorer des victoires sans lendemain, de préférer célébrer le soleil d’Austerlitz et d'éluder le crépuscule de Waterloo.

C’est peut-être vrai, notamment pour le rugby, qui offre aux supporters Français plusieurs exemples de succès « inutiles » ou d’exploits qui n’auront pas eu les suites espérées : ainsi en est-il des demi-finales des Coupes du Monde 1987 et 1999, ou de l’essai du siècle inscrit contre l’Angleterre lors du Tournoi 1991 mais qui n’a pas empêché la défaite tricolore à Twickenham ni a fortiori le grand Chelem Anglais.

Pour autant, comment ne pas aimer revenir sur ces moments uniques, qui nous ont procuré des instants de bonheur qu’on qualifierait volontiers d’extatique si on n’était pas enclin à un peu de retenue...

Aussi, avouons-le tout net, on a adoré le dernier ouvrage du maître Escot, habile confesseur d’internationaux et parfait connaisseur de l’envers du décor rugbystique. Voyage au bout de l’envers, donc ? Non, c’est bien plutôt à « nous irons tous au Paradis » que nous convie cet opus.

En un peu moins de 220 pages, Richard Escot nous livre une autopsie sans fard ni concession (en particulier à l'égard de l'encadrement tricolore) de ce qui restera comme un succès majeur du XV de France, bâti dans la douleur et la haine du renoncement.

On est dans le drame : l’auteur nous invite à une représentation en trois actes et deux mi-temps.

Richard Escot connaît ses classiques. Il sait qu’une tragédie doit respecter les canons du genre : unité de temps, de lieu et d’action. Mais il n’ignore pas non plus que les personnages doivent avoir le relief psychologique suffisant pour que le spectateur puisse éprouver l’empathie qui lui fera vivre le drame et pas seulement y assister. Aussi, ne vous étonnez pas de constater qu’il faille attendre la 96ème page pour aborder les rives de la Rhonda, qui baigne les pieds du monumental Millenium Stadium. Pendant près de la moitié du livre, l’auteur nous transporte de l’Essonne et son Centre National du Rugby, à la Seine-Saint-Denis et son Stade de France, pour nous expliquer les raisons d’un échec, celui du match inaugural de la Coupe du Monde face à l’Argentine, et les causes du succès en quart de finale face aux Blacks. Car tout est lié...

Une fois le décors planté, Richard Escot nous prend par la main pour nous conduire dans les entrailles du Millénium. Nous prenons place dans le vestiaire chargé d'électricité, avant de pénétrer sur le terrain et d'affronter, "dans le blanc des yeux", le Haka des Blacks. Au passage, l'auteur nous gratifie d'une explication tout à fait éclairante de ce chant rituel.

Puis vient le temps de l'affrontement, du combat sans merci entre les Français qui défendent comme des diables et des Blacks qui, peu à peu, perdent l'essence même de leur rugby. Jusqu'à cette course endiablée de Jean-Baptiste Elissalde, propulsant le ballon dans les tribunes et l'explosion de joie du camps Français.

On est, à la lecture de ces pages, transporté, ému, touché.

Certes, cette victoire fut suivie d'une douloureuse élimination face à l'Angleterre, une semaine plus tard. Mais à l'instar des glorieux précédents de 1987 et 1999, le match de Cardiff postule forcément à une place au panthéon des moments rugbystiques d'exception.

Quant on referme le livre de Richard Escot, on éprouve ce sentiment comme une évidence.

Jour de Gloire

Richard Escot

Editions Phillippe Rey

17€