FLIPPANT mais TELLEMENT VRAI

Publié le 29 octobre 2008 par Zelast

La France en faillite ?

                                                                                                            

La crise financière planétaire prend une dimension particulière en France. Car elle s'ajoute à celle, endémique, de nos finances publiques.

Une “spirale folle”. Pour mesurer la gravité particulière de la situation française, il faut comprendre ce qui se cache derrière cette expression trop souvent galvaudée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1980, le montant de la dette de la France était de 91 milliards d’euros. En 2007, il atteint 1 210 milliards.

Les seuls intérêts de cette somme nous coûteront, l’an prochain, 44 milliards d’euros. Sans compter l’addition du plan de sauvetage des banques, dont on ne mesure pas encore l’impact sur la dette.

En outre, si le ministre du Budget évoque cette charge d’intérêts, il ne dit jamais un mot du remboursement du capital. Lequel n’apparaît pas davantage dans le budget de l’État.

Il y a lieu de s’en étonner. Quand un particulier s’endette pour acheter son appartement, il rembourse chaque mois des mensualités, décomposées en deux parties : le remboursement d’une fraction du capital et les intérêts à payer pour disposer de ce capital.

Pourquoi la partie consacrée au remboursement du capital est-elle absente des documents budgétaires publics ? Parce que la France réemprunte chaque année l’intégralité du montant du capital qu’elle est censée rembourser. Et cette situation dure depuis vingt-huit ans, durant lesquels nous n’avons pas remboursé un euro de capital des 1 210 milliards que nous devons aujourd’hui. Nous nous contentons de verser des intérêts, toujours plus lourds, et de creuser notre déficit.

                              

C’est que, depuis 1981, la France n’a pas disposé d’un seul budget en excédent. La dernière loi de finances en équilibre fut votée, à l’automne de 1980, quand Raymond Barre était à Matignon. De Pierre Mauroy à François Fillon, aucun de ses successeurs n’est parvenu à l’imiter.

Plus le temps passe, plus la contrainte devient redoutable. « La France et sa dette, c’est un peu comme la scène des trois mousquetaires, dans le film où Philippe Noiret joue d’Artagnan, s’amuse (tristement) un inspecteur des finances. Face à son valet, Planchet, d’Artagnan explique qu’il a besoin de 1 000 livres. Planchet lui rappelle qu’il lui doit déjà 2 000 livres. “Où caches-tu ton argent ?”, lui lance d’Artagnan. Planchet sort 4 000 livres d’une cassette. D’Artagnan les prend et lui dit : “C’est simple. Je te rembourse les 2 000 que je te dois, j’en garde 1 000 pour mes frais et il te reste 1 000 en réserve. »

Voilà comment ce spécialiste des finances publiques résume les vingt-huit dernières années de gestion très “politiques”du budget de la nation !

Comment un État peut-il se permettre de se trouver dans cette situation ? Tout simplement parce que, disposant de la faculté de lever l’impôt, ses ressources sont en théorie illimitées et qu’il peut, malgré tout, continuer de se financer sur les marchés internationaux. Ce qui lui évite formellement d’être en faillite comme pourrait l’être une entreprise, mais peut le conduire à un appauvrissement accéléré. Car même si l’on veut bien continuer à lui prêter, ce sont les conditions du prêt qui peuvent devenir insupportables pour l’État débiteur.

De fait, il arrive un moment où les prêteurs considèrent que le niveau de risque représenté par un pays devient angoissant. L’Argentine des années quatre-vingt-dix, par exemple.

Comment ce sentiment se traduit-il ? Par le fait que les marchés financiers prêtent aux États qu’ils considèrent “à risque” à des taux plus élevés.

C’est pourquoi il est instructif de comparer notre signature financière à celle de nos voisins. Les spécialistes appellent cela le spread. Autrement dit, l’écart entre les taux proposés par les marchés aux différents États.

En Europe, depuis la guerre, l’Allemagne a toujours bénéficié de la meilleure signature, grâce à ses traditions d’orthodoxie financière et à la solidité de son économie. La France bénéficiait elle aussi d’une signature prestigieuse jusqu’au milieu des années quatre-vingt, contrairement, alors, à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce, qui venaient de rejoindre l’Union européenne et que l’on taxait sans charité de “pays du Club Med”…

Aujourd’hui, tout a changé : le spread de l’Espagne est, depuis 2005, régulièrement meilleur que le nôtre : Madrid emprunte à des taux plus favorables que Paris ! Le spread nous permet d’avoir une idée, sur la longue durée, de la signature financière des pays. Or, la tendance française est, depuis une dizaine d’années, à la dégradation constante. Ce qui a plus ou moins d’importance selon la conjoncture. En période de baisse des taux, le constat est désagréable pour notre ego puisqu’il témoigne d’un début de défiance des prêteurs. Mais en période de hausse des taux, l’addition est plus salée pour ceux dont la signature s’est dégradée.

Pourquoi l’Espagne, l’Allemagne et d’autres pays européens sont-ils mieux traités que la France ? Tout simplement parce qu’ils sont parvenus à l’équilibre budgétaire ou s’en approchent. Pendant que la France restait collée dans une zone de déficit comprise entre 2,5 et 3 % du PIB, c’est-à-dire à la frontière des critères de Maastricht, nos partenaires, dans les périodes de croissance plus soutenue, ont fait les efforts nécessaires pour assainir leurs finances et revenir à l’équilibre.

En ratifiant le traité d’Union de 1992 et en signant le pacte de stabilité de 1996, la France a souscrit à une règle du jeu qui, quoi qu’on puisse penser des disciplines imposées par la Banque centrale, exprime désormais la crédibilité de l’économie de la zone euro. Pour que le dispositif fonctionne, les pays qui en font partie doivent respecter des règles communes et ne pas suivre de politiques opposées. En s’affranchissant de cette discipline et en s’autorisant un déficit budgétaire qui ne cesse d’accroître son endettement, la France s’est mise dans une situation qui, sous l’effet de la crise, pourrait, plus rapidement que prévu, se retourner contre elle. Au nom des principes de rigueur qu’elle a ratifiés, traité après traité, pour mieux les oublier en reportant, année après année, l’heure de vérité.

Vu sur: www.contribuables.org