Quantum of solace

Par Rob Gordon
Si ça n'était pas déjà pris, Casino royale aurait pu s'appeler Les promesses de l'ombre : on y voyait un 007 neuf, à la fois plus impitoyable et plus vulnérable, loin du faux dandy qui sirotait des cocktails en balançant des vannes misogynes. Anéanti par une trahison doublée d'une perte conséquente, Bond se retrouvait complètement dévasté, prêt à gâcher sa carrière et sa vie pour assouvir sa soif de vengeance et de réponses. Quantum of solace est la suite directe du film de Martin Campbell, là où les précédentes aventures bondiennes s'enchaînaient sans véritable articulation. Mieux vaut donc avoir revu Casino royale pour tenter de piger quelque chose à ce nouvel opus.
Clairement, Quantum of solace est une déception, ne reprenant que très superficiellement les caractéristiques qui faisaient le sel du film précédent. Oui, Bond est toujours un homme blessé ; non, il n'agit plus comme une simple machine à sauver le monde. Mais tout cela est orchestré avec un tel manque de finesse que l'on en vient presque à regretter l'époque où un James Bond était aussi éphémère et explosif qu'une aventure sans lendemain. La psychologie de l'ensemble reste relativement limitée. Marc Forster montre un Bond qui agit avant de réfléchir, envoyant à trépas ceux qui auraient pourtant pu l'aider dans sa quête. Un trait de caratère nouveau, qui s'inscrit dans la continuité de Casino royale. Sauf qu'on n'entrevoit jamais vraiment la multitude de dilemmes intérieurs qui devrait régir l'agent. On se contente alors de l'observer, lui qui enchaînement mollement les péripéties aux quatre coins du globe.
Assez indigeste, le scénario de Paul Haggis se contente de reprendre les recettes du volet précédent, d'où l'impression d'assister à une photocopie dépressive de Casino royale. Les rares moments de vraie action ne viennent même pas relancer la machine, Forster les filmant avec une réelle tiédeur. On sent l'envie de faire ce qu'avaient réussi Doug Liman puis Paul Greengrass dans la trilogie Bourne : un filmage agité pour mieux faire ressortir la violence froide transcendée par la fureur du personnage. Au jeu des comparaisons, Forster sort largement perdant, d'autant qu'à cette louable intention se mêle une obsession visible de rester dans un carcan hollywoodien (un James Bond doit rester un film familial). Si bien qu'on s'y perd.
Cela n'enlève rien à la puissance de Daniel Craig, qui relègue tranquillement les Brosnan, moore et autres Dalton au rang de vieux agents défraîchis. Ici, il paraît malheureusement bien seul, les James Bond girls choisies manquant de dimension. Trop apprêtée pour être crédible, Olga Kurylenko perd un peu de son charme (on est loin de sa prestation moite dans L'annulaire) et se révèle inapte à nous faire croire à son personnage de vengeresse. Ne parlons même pas de Gemma Arterton, rapidement expédiée dans un simulacre d'hommage à Goldfinger. On regrette sérieusement Eva Green. Quant à Mathieu Amalric, bloqué par un personnage presque trop sobre, il doit se contenter du minimum syndical, c'est-à-dire de jouer de ses inquiétants yeux ronds.
On peine à voir comment la franchise James Bond pourra se relever de ce faux pas qui réduit en fumée tout ce que Casino royale avait patiemment mis en place. Paradoxalement, la résurrection de Bond entamée en 2006 est peut-être un premier pas vers sa mort prochaine. Artistiquement en tout cas, puisque tout se passe extrêmement bien côté tiroir-caisse. Tant mieux pour la famille Broccoli, et tant pis pour nous.
4/10