Insomnies de John Cheever

Par Sylvie

ETATS-UNIS

Recueil de nouvelles

John Cheever (1912-1982) est le plus grand nouvelliste américain avec Raymond Carver. beaucoup moins connu en France que ce dernier, on doit à Dominique Mainard la redécouverte et la traduction de ses nouvelles en France à partir de 2000. 
Il est le chef de file de l'Ecole dite du New Yorker : il décrit les espoirs déçus et les névroses de la middle class américaine, de New York et de sa banlieue. Les récits sont souvent à la première personne : un homme établi d'une cinquantaine d'années nous parle en présentant son métier, sa femme, ses enfants et...ce qui ne va pas  !
Ces nouvelles ont souvent pour sujet la vie en couple qui se désagrège peu à peu après des années de vie commune. Quelques exemples : une homme croit que sa femme va l'empoisonner ; un autre se crée une chimère pour supporter son épouse. Un autre spécimen se retrouve seul après un divorce mais accourt chez sa femme car il fait des insomnies la nuit !
Ces récits sont souvent très cruels : un ancien coureur est réduit après un accident à faire le pantin lors de soirées et à sauter les obstacles que sont les canapés et les tables basses. J'ai adoré Les malheurs du gin où une petite fille décide de fuger après avoir observé en douce que son père est alcoolique et qu'il renvoie les gouvernantes en les accusant de voler les bouteilles. 
John Cheever sait aussi jouer sur les cordes de l'émotion en mettant en scène ce couple qui attend désespérément la promotion du mari ; après moultes tentatives, ce dernier découvre que c'est l'amour de sa femme qui constitue tout l'or du monde. 
On rit aussi ! La dernière nouvelle fait entrer en scène un mari bien embété après que sa femme ait choisi de jouer dans une pièce où tous les acteurs et les spectateurs doivent être nus !

Ainsi, Cheever regarde avec un regard à la fois tendre et cruel les défaites de l'américain moyen. Il remet ainsi en question le modèle WASP (White Anglo Saxon Protestant) en insistant particulièrement sur les névroses ; ainsi, l'alcool et secondairement le tabac apparaissent comme les remèdes idéaux pour oublier ses déboires. Sous un voile de bonnes apparences, se cachent toutes les déroutes possibles ; la première nouvelle qui met en scène une radio qui capte tous les secrets des voisins est ainsi très significative : elle diffuse tout ce que l'on voudrait taire au monde : le vol, les disputes, les violences conjugales....
Des nouvelles très bien ficelées qui auscultent avec brio les symptômes d'une société malade. Une sérieuse remise en question du rêve américain !