Max payne

Par Rob Gordon
L'annonce d'un nouveau John Moore, c'est normalement l'assurance de voir arriver un nouveau navet, sinistrement premier degré, pas très bien filmé, pas dirigé du tout et chiant comme la pluie. S'agissant qui plus est d'une adaptation de jeu vidéo, il n'y avait guère de doute sur la qualité du produit fini. Sauf que, sans aller jusqu'à dire qu'il s'agit d'un bon film, Max Payne n'est pas si mauvais que cela. Peut-être constitue-t-il une hérésie pour ceux qui passèrent jadis des heures à s'acharner sur une manette de console pour diriger Max Payne ; mais pour qui se moque des jeux vidéo comme de sa première culotte, le problème de l'adaptation ne se pose pas. On peut voir le film comme une sorte de MR 73 à l'américaine, mais en moins con. On y voit un flic blasé et mis au placard partir à la recherche de ses vieux démons. La trame est simplissime, ses rouages pas passionnants : mais, une fois n'est pas coutume, Moore fait le boulot et rend ça à peu près supportable.
Visuellement, il y a même quelques idées pour le moins intéressantes, notamment dans les scènes se déroulant à l'extérieur. L'image à dominante rouge et grise donne un petit côté comic book au film, qui manque malheureusement de cohérence sur ce plan comme sur les autres. À une "belle" scène peut soudain succéder une sorte de gros pâté un rien vulgos, comme si deux metteurs en scène s'étaient partagé le travail. La prestation de Mark Wahlberg est à cette image : l'acteur, qui n'est bon que s'il est extrêmement bien dirigé, passe du ridicule au très crédible en un clin d'oeil. Plus convaincante que dans le James Bond, olga Kurylenko disparaît malheureusement après une demi-heure de film, laissant le champ libre à une Mila Kunis qui peine à s'imposer en héroïne dramatique. À part ça, shoot'em up oblige, ça défouraille crescendo, ça pète dans tous les sens, mais ça finit de façon sensible et presque émouvante. Après une série de devoirs salement bâclés (dont un piteux remake de La malédiction), l'élève Moore a fini par se réveiller, même s'il dispose encore d'une gigantesque marge de progression. L'avenir nous dira si Max Payne restera comme le chef d'oeuvre de son réalisateur ou s'il constitue un premier pas vers moins de médiocrité.
4/10