La BCE devrait admettre une politique identique à celle de la FED

Publié le 13 décembre 2008 par Graphseo

«La BCE devra prendre des dispositions parallèles à celles de la FED»

Propos recueillis par Sylvain D’Huissel | JDF | 11.12.2008 | Mise à jour : 20H11

Antoine Brunet, responsable de la société de conseil AB Marchés, pense que la BCE devrait s’inspirer de l’attitude de la banque centrale américaine qui a récemment indiqué qu’elle pourrait acheter des bons du trésor, pour rendre la dette des Etats-Unis plus attractive.

Hier, une adjudication d’obligations de l’Etat allemand à deux ans a tout juste trouvé preneur. Est-ce un signal pour les Etats qui font appel à l’emprunt sur les marchés?

Oui, c’est un signal et il n’est pas isolé. C’est au moins le quatrième pays qui est confronté à ce problème. Le fait que cette fois-ci cela touche l’Allemagne, la meilleure signature européenne, est particulièrement préoccupant.

Que signifie cet évènement?

La signature d’Etat n’est plus considérée comme étant à risque zéro. Avec ces redoutables CDS* souverains, on se rend compte que la signature de l’Etat américain est considérée par les marchés comme étant porteuse d’un risque clairement non nul. C’est la même chose pour l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et la France. Les meilleures signatures souveraines sont contestées sur les marchés depuis que ceux-ci ont compris que les Etats n’échapperaient pas à la recapitalisation de leur système bancaire pour des montants importants, et qu’en même temps ils n’échapperaient pas non plus à des politiques de relance budgétaire. Mis bout à bout, cela fait peur aux investisseurs.

Certains estiment que le risque s’est désormais clairement déplacé vers les Etats…*

Ce qui s’est déplacé, c’est le risque bancaire vers les Etats. Les marchés se sont rendu compte que les banques étaient vulnérables. Les banques ont été sauvées par les Etats, mais ces derniers, en sauvant ces établissements, ont pris la maladie des banques.

Ne prend-t-on pas le risque d’avoir du coup des politiques budgétaires plus rigoureuses dans les mois à venir?

C’est déjà le cas. La France s’est limitée dans sa politique de relance, mais dans une moindre mesure que l’Allemagne. Je pense que ceci est en partie dû aux données que l’on vient d’évoquer. Si vous pensez que le financement n’est pas facile et que, par ailleurs, vous pouvez, pendant plusieurs semestres consécutifs, avoir à faire de la relance budgétaire pour éviter le pire, vous ne pouvez pas user de vos munitions d’un seul coup. C’est un peu comme cela que finalement les gouvernements ont surpris les économistes en procédant à des plans limités. Il sera intéressant de voir ce que fera Barack Obama. On dit qu’il va taper très fort, mais le problème qui se pose pour les pays européens se pose aussi aux Etats-Unis.

Y’a-t-il eu des adjudications aussi délicates récemment aux Etats-Unis ?

Non, mais il y a eu en amont une action préventive de la Fed. Sur les marchés, le risque de signature de l’Etat américain est le même que celui de l’Allemagne. Ce qui implique normalement qu’un jour où l’autre, les Etats-Unis devraient avoir le même problème. La différence c’est que la Fed a perçu que la politique de relance budgétaire massive à venir était porteuse d’une réaction haussière très défavorable des rendements obligataires américains. Et c’est là où Ben Bernanke a fait une annonce passée relativement inaperçue, où il indiquait que la Fed se préparait à acheter largement et éventuellement massivement des bons du trésor. Et c’est d’ailleurs au moment même où les besoins de l’Etat américain doivent s’accroître - on parle de 2000 milliards de dollars d’émissions obligataires - que le rendement des obligations du trésor américain à 10 ans est passé au dessous des 3%. On est désormais à 2.7%. Et je n’écarte pas que ce soit là le problème.

Aux Etats-Unis, la banque centrale ne cache pas son intention de prendre des initiatives en vue de prévenir tout dérapage à la hausse des rendements obligataires, élément qui n’existe pas en Europe. Les rendements américains du 10 ans, orientés à la baisse, ont, par contagion, tiré mécaniquement vers le bas les rendements européens, alors même qu’il n’existe pas de mécanisme de la BCE symétrique à celui de la Fed. Le rendement des obligations allemandes est revenu à 3.20%. Or ce taux n’est pas susceptible d’équilibrer les besoins des Etats européens et l’appétit des investisseurs mondiaux pour la dette européenne. De ce fait, sur la base de ces taux, il n’y a pas assez d’argent proposé par les investisseurs. Pour éviter que ce qui s’est passé hier se reproduise, il va falloir que les rendements respirent un peu à la hausse, ou que la BCE prenne des dispositions parallèles à la Fed.

Ce dernier point est-il un scénario probable ?

Probable non, possible oui. C’est en substance la réponse qu’avait fait le président de la Banque Centrale Européenne, Jean Claude Trichet, à une question d’un journaliste lors de sa dernière conférence de presse, lorsqu’il a indiqué que c’était envisagé. A mon avis, cela fait partie des mesures à prendre, avant même une énième baisse de son taux directeur. Il existe toutefois une difficulté : c’est qu’en Europe, la BCE ne pourra pas acheter que des Bunds. Ce qui s’imposerait dès lors c’est que la BCE achète un panel d’obligations proportionnel au poids des pays dans la zone euro.